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Brisons le cliché de la guerre bonne pour l’économie

juin 22, 2008

Certains trouvent comme rare point positif à la guerre le fait qu’elle serait bonne pour l’économie. Cette vision est héritée de la Seconde Guerre Mondiale où l’effort de guerre avait exigé une mobilisation totale de toutes les populations, notamment aux États-Unis, ce qui avait permis de sortir de la Grande Dépression en relançant l’économie et en stimulant l’industrie.

Mais aujourd’hui cette assertion est complètement fausse !

En effet, de nos jours, seule une minorité d’industries est concernée, de plus, pour la guerre en Iraq par exemple, une grande part des tâches d’approvisionnement et de logistique nécessaires à l’action américaine est confiée à des sous-traitants philippins ou népalais, ces dollars dépensés ne profitant clairement pas à l’économie américaine.

En fait l’effet « positif » que peut avoir la hausse des dépenses militaires sur l’économie est plus que mis à mal par au moins trois autres effets pernicieux:

  • Un climat d’incertitude géopolitique qui se traduit par une hausse des prix de l’énergie (si le conflit implique des pays producteurs, ou voisins de producteurs, ou même voisins de zones de transit, comme le détroit d’Ormuz). Ainsi, le prix du pétrole s’est remis à monter depuis 2003, date de l’invasion de l’Iraq par les Américains. Certes les experts s’attendaient à une hausse du fait de la demande chindienne (Chine + Inde), mais personne n’aurait imaginé voir le prix du baril passer de 25 dollars à 135 dollars en 5 ans ! (à ce titre, lire l’article « Mais pourquoi le pétrole monte-t-il autant ? »)
  • Un renoncement à d’autres dépenses. Ainsi Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie 2001, et Linda Bilmes, brillants auteurs de « Une guerre à 3 000 milliards de dollars » dénoncent que cette somme aurait pu servir à la construction de 8 millions de logements, à embaucher 15 millions de professeurs, à payer les soins de 530 millions d’enfants et les bourses d’études de 43 millions d’étudiants, ainsi qu’à fournir une couverture sociale pour cinquante ans à chaque Américains. Le Prix Nobel raille que les États-Unis ne donnent que 5 milliards de dollars par an pour la coopération et le développement en Afrique, 5 milliards de dollars, soit dix jours de combat de l’armée américaine…
  • Des coûts de long terme sur l’économie (pensions pour les vétérans, femmes/mères de vétérans obligés d’arrêter de travailler pour s’occuper de leur mari/fils devenu infirme, etc). Ainsi Joseph Stiglitz rapporte que près de 40% des 700 000 hommes engagés dans la première guerre du golfe, qui a duré juste un mois, peuvent prétendre aux pensions d’invalidité. La guerre actuelle dure depuis 5 ans…

Au final, en restant sur l’exemple américain, alors que l’économie américaine souffre de la vétusté de ses infrastructures, il est clair que « la guerre stimule moins l’économie que la construction de ponts ou d’hôpitaux » affirme Joseph Stiglitz.

« La guerre peut être nécessaire à la sécurité d’un pays, mais elle n’est pas bonne pour son économie, ni à court ni à long terme. » martèle notre ami Joseph Stiglitz !

Triste ironie, il faut aussi et malgré tout reconnaître à cette guerre d’Iraq d’immenses progrès scientifiques dans la conception et l’efficacité des prothèses médicales. Ce qui renforcera peut-être certains dans leur conviction que la guerre est le meilleur des stimulateurs pour l’innovation. C’est totalement faux ! Oui l’innovation à besoin d’incitations, mais la guerre n’est qu’un moyen d’en donner ! L’économie de marché en est un autre, que ce soit avec la recherche du profit pour les entreprises traditionnelles d’une part, ou la volonté de produire des bénéfices sociaux pour les « social businesses » de Mohammed Yunus d’autre part !

Ou mieux : des concours avec d’immenses primes à la clef ont toujours constitué de puissantes incitations à relever toutes sortes de défis pour les inventeurs et chercheurs de tous bords. Joseph Stiglitz propose de procéder ainsi pour pousser chercheurs et scientifiques à trouver les remèdes aux maladies qui s’abattent principalement sur le Tiers-Monde et dont se désintéressent les compagnies pharmaceutiques.

Pour conclure ce billet, voici quelques chiffres et faits en vrac qui font froid dans le dos et démontrent, si besoin en était, le cynisme de nos grands pays donneurs de leçons :

  • Les 5 plus grands exportateurs déclarés d’armes conventionnelles (avions, navires, véhicules blindés, canons, système radar, fusils, etc, toutes les armes sauf celles nucléaires, bactériologiques et chimiques) sont les cinq membres permanents du conseil de sécurité de l’ONU, à savoir États-Unis, Russie, Chine, France et Grande-Bretagne
  • Pendant la guerre Iran-Iraq (entre 600 000 et 1.2 million de morts), les pays occidentaux ont vendu des armes aux deux camps
  • Pendant la guerre des Malouines qui opposa Angleterre et Argentine en 1982, la France vendit des armes aux Argentins, et les moyens de les neutraliser aux Anglais….
  • La guerre civile en République Démocratique du Congo, largement nourrie par les trafics d’armes légères, a fait, entre 1996 et 2003……3,8 millions de morts !!!! (International Rescues Comitee), 3,8 millions de morts, rendez-vous compte, jamais le rapport (nombre de morts)/(couverture médiatique et conscientisation des opinions sur ce massacre) n’aura été aussi élevé il me semble !
  • Chaque année, 500 000 personnes en moyenne meurent à cause des armes légères (fusils, mitraillettes, pistolets, etc)
  • 900 millions d’armes légères circulent dans le monde, beaucoup sont issues des anciens stocks de l’armée rouge dispersés et objets de tous les trafics après l’écroulement de l’Union Soviétique
  • Les dépenses d’armement sont en hausse depuis 5 ans, plus du fait de la solvabilité des pays acheteurs que de la nécessité de se prémunir contre une menace avérée

(sources: SIPRI, institut de recherche basé à Stockholm)

Venez lire l’appel du 18 janvier 2008 et signer la pétition pour une mondialisation plus juste

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