Posts Tagged ‘mondialisation’

Les trois composantes de notre temps (1/2)

septembre 7, 2008

Notre monde est en pleine mutation : jamais les repères n’ont bougé aussi vite, jamais les idées n’ont autant circulé, jamais les Hommes n’ont eu une telle conscience d’eux-mêmes. Et jamais autant de Terriens ne sont sortis aussi vite de la pauvreté, 400 cents millions ces 30 dernières années, surtout en Chine.

Nous vivons une époque fascinante et dans ce dédale d’implications complexes, trois grandes composantes définissent à mon sens la situation dans laquelle se trouve l’Humanité : l’avènement de l’économie de marché au niveau mondial, l’accélération du progrès technique et la dernière, conséquente des deux premières, l’émergence d’une Nation humaine.

1. L’économie de marché s’est imposée aux yeux de tous comme la façon la plus efficace de créer et répartir la richesse depuis la chute de l’Union Soviétique, épuisée par une « guerre des étoiles » que le fiasco communiste ne pouvait plus financer. Malgré les errements du FMI des années 90 qui a voulu imposé sa doctrine ultralibérale à tort, tous les pays qui ont adopté les canons de l’économie de marché (liberté d’entreprendre, respect de la propriété privée, accès au crédit, liberté de fixer les prix, liberté de choisir son travail, maintien d’un contexte concurrentiel, état de droit, etc), par étape et sans tomber dans l’excès (sans s’ouvrir complètement par exemple aux flux de capitaux à court terme particulièrement déstabilisateurs) ont largement amélioré leur sort. Hormis l’Occident qui domine le monde (même si c’est bientôt terminé) parce qu’il a été le premier à appliquer ces principes, c’est le Japon qui a ainsi inauguré ce vent nouveau de modernisation, ont suivi les quatre dragons asiatiques (Taïwan, Hong-Kong, Singapour et la Corée du Sud), puis la Chine, et l’Inde, le Brésil…ce souffle de modernité ne tardera pas à balayer le monde islamique contrairement à ce que prophétisent les Cassandres obnubilées par une menace terroriste exagérée, et ce en passant par le pivot que constitue le Pakistan. L’Afrique aussi, qui sort de la décennie du chaos, fait preuve d’une dynamique encourageante.

Même si les Hommes aiment repousser toujours plus loin les limites du capitalisme en éprouvant de nouveaux instruments financiers (les Américains les premiers, ces apprentis-sorciers du capitalisme !), force est de reconnaître que les nombreux retours de flamme et autres crises économiques traversées ont considérablement apporté à notre compréhension de tous ces mécanismes complexes, et les économistes en ont développé une connaissance suffisamment poussée pour ne pas reproduire les erreurs majeures du passé. Ainsi par exemple c’est après la crise de 29 que l’on s’est rendu compte que le budget pouvait être plus qu’un simple moyen de faire fonctionner l’État : auparavant jamais politiques budgétaire et monétaires n’auraient été conçues comme moyens de sortir d’une crise, en baissant les impôts et en diminuant les taux d’intérêts, et ce pour favoriser l’emprunt des entreprises et particuliers et donc la reprise (ce qu’on appelle des politiques keynésiennes). Aujourd’hui, même si la débâcle des subprimes peut sonner comme le réquisitoire du capitalisme, n’oublions pas que c’est l’action concertée des principales banques centrales, en injectant des liquidités, qui a évité un assèchement préjudiciable du crédit, raison première de la propagation de la crise de 1929. La crise serait donc bien pire sans cette intervention…et les États-Unis que tout le monde voyait en récession ne le sont pas en fin de compte…contrairement à l’Europe qui va y rentrer : car l’économie américaine est bien plus dynamique, le travail bien plus flexible, l’immigration plus importante (n’oublions pas que d’ici à 2050 l’Amérique va gagner 100 millions d’habitants, et l’Europe en perdre 20 !).

Néanmoins,  « l’économie de marché consacrée » est encore bien loin d’avoir porté tous ses fruits. De la même manière qu’au XIXème siècle elle n’a pu s’épanouir dans chaque pays que parce qu’un État fort y faisait respecter des lois jugées équitables, notre économie mondialisée devra tôt ou tard se doter d’une gouvernance digne de ce nom. Cette gouvernance devra être transparente, représentative, garante des intérêts de tous et dotés de réels moyens coercitifs. Elle aura pour mission, entre autres, d’orchestrer un commerce international qui profite à tous. En effet gardons à l’esprit que la libéralisation du commerce produit plus de gagnants que de perdants, et qu’on devrait donc être en mesure d’indemniser ces perdants. Cette gouvernance mondiale qu’on devrait tous appeler de nos vœux pourra alors faire face aux enjeux supranationaux que sont entre autres le changement climatique et l’accès à l’eau et à l’énergie. Ceci correspond à une approche « de haut en bas », il faut l’associer à une approche «de bas en haut » en venant donner directement une chance à chaque être humain d’utiliser le potentiel qu’il recèle. J’entends par là donner accès à tous au crédit, ce formidable levier économique dont même (surtout) les pauvres savent faire bon usage, comme l’a brillamment démontré le professeur Mohamed Yunus.

2. La seconde composante fondamentale caractérisant l’aventure humaine est l’essor incomparable que connaissent les sciences. Tout s’accélère frénétiquement. On a coutume de dire que les révolutions technologiques ont toujours deux penchants : une nouvelle façon de faire circuler l’information et un nouveau moyen de produire de l’énergie. C’est ce qui s’est passé avec le charbon et la machine à vapeur qui ont permis le développement du chemin de fer et des bateaux steamers (démocratisant l’émigration aux États-Unis) associé au télégraphe qui lui-même a permis l’émergence de grandes Bourses de commerce du fait d’un jeu entre l’offre et la demande qui pouvait alors s’exercer en temps réel avec un prix unique pour chaque marchandise. Les autres bouleversements, on les connaît, ce sont le moteur à essence et la voiture, le téléphone, la radio…et plus récemment la télévision, l’énergie nucléaire, le transistor, prélude à l’ordinateur et l’informatique, le numérique, les télécommunications par satellite, internet, la téléphonie sans fil, la géolocalisation, les nouvelles générations d’éoliennes et de cellules photovoltaïques permettant le véritable décollage des énergies renouvelables… Tout ceci modifie notre rapport au temps et à l’espace et poursuit le double objectif suivant : d’une part transporter hommes et marchandises partout et le plus rapidement possible, d’autre part communiquer avec n’importe qui et avoir accès à toute la connaissance humaine partout et tout le temps, le tout le moins cher possible ! Il est d’ailleurs important de souligner que c’est bien souvent l’armée américaine et la NASA qui ont été à l’origine des dernières percées scientifiques, dans un contexte où la maîtrise du ciel et de l’espace impliquaient de pouvoir réaliser des calculs prodigieusement compliqués. Cette puissance de calcul a très vite était déployée dans la finance permettant la mise au point de nouveaux outils à même de déceler les moindres imperfections du marché, partout, tout le temps. Et maintenant c’est le grand public qui en profite à travers les jeux vidéo, le cinéma d’animation 3D, etc.

S’il est un mot qui devait qualifier notre ère technologique, c’est bien « le réseau » : nous assistons à la mise en réseau progressive du monde à tout les niveaux. On le conçoit tout à fait du point de vue des NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information), mais apprêtons-nous à le voir arriver pour ce qui est de l’énergie : bientôt, les scientifiques nous disent, chacun sera producteur d’électricité car l’on saura récupérer toutes les énergies aujourd’hui autant gâchées qu’insaisissables (le vent qui balaye la façade de ma maison, le mouvement de portes que j’ouvre et je ferme des milliers de fois par an chez moi, etc), on saura stocker cette énergie dans des piles à hydrogène, et l’on pourra enfin en déverser le surplus dans un vaste réseau mondial, exactement à l’image d’internet…producteurs et consommateurs d’informations et d’énergie…

Mais là ne parle-t-on finalement que d’aujourd’hui, voire de demain matin. Voici les sciences de demain soir et d’après demain qui vont véritablement révolutionner nos vies au point de faire passer les scénaristes de « Matrix » pour d’ennuyeux conteurs à l’imagination limitée : nanotechnologies, biotechnologies, génie génétique, neurosciences, bionique, robotique et intelligence artificielle. Sans m’appesantir sur une de leurs conséquences remarquables que sera l’allongement et la meilleure compréhension de la vie, deux bouleversements majeurs sont à la clef pour l’humanité: d’une part….(la suite dans la deuxième et dernière partie!)

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La Chine colonise-t-elle l’Afrique ? (2/3)

août 21, 2008

…suite de l’article la Chine colonise-t-elle l’Afrique? (1/3)

Quelles sont les raisons du succès de la Chine en Afrique ?

  • D’abord le déclin de l’influence occidentale en général, et de la France en particulier, couplé au conditionnement des aides aux efforts de bonne gouvernance et de transparence (depuis la fin de la guerre froide), ce qui a le don d’irriter les potentats africains. Mais combien même la France souhaiterait-elle conserver une influence en Afrique, qu’elle ne le pourrait plus, elle n’en a plus les moyens, ni économique, ni militaire (l’opération Licorne de maintien de la paix en Côte d’Ivoire était très proche de la capacité maximale de projection de toute l’armée française). A la rigueur l’Union Européenne pourrait rivaliser avec la Chine, mais de là à ce qu’elle se mette d’accord sur une politique étrangère commune, il y a loin de la coupe aux lèvres. Aujourd’hui, les Occidentaux se complaisent à regarder ce continent qu’ils croient à tort en perdition avec misérabilisme, paternalisme et condescendance….alors qu’il se réveille justement, aidé par une Chine qui y voit de merveilleuses opportunités là où nous ne voyons que les ruines de l’époque coloniale, symbole de notre grandeur passée. Pour approfondir ce point je vous recommande l’article précédent « La mort de la Françafrique »
  • L’état dans lequel se trouvent certains pays, acculés à la misère et à la désorganisation chronique à cause des politiques ultralibérales du consensus de Washington (pour lequel le FMI reconnaît aujourd’hui s’être trompé) : privatisation sans avoir mis en place un environnement suffisamment concurrentiel, ouverture aux capitaux volatils, décentralisation sauvage (dont on a prouvé qu’elle a conduit à la famine de 2005 au Niger). Le Niger, pour reprendre cet exemple, se retrouve avant-dernier pour l’indicateur de développement humain, après 25 ans de politiques dictées par le FMI ! On a aussi du mal à imaginer que la moitié des parlementaires nigériens ne savent pas lire ! La Chine n’avait plus qu’à se baisser pour ramasser la confiance de ces pays.
  • L’obligation imposée par la Banque Mondiale (grâce lui soit rendue pour une fois) pour les pays africains de passer des appels d’offres pour tout projet d’infrastructures. Ce qui a permis à la compétitivité chinoise de s’exprimer à plein !
  • Car Pékin ne pose aucune condition politique à ses aides et prêts et s’abstient de tout discours moraliste. La Chine joue même la partition du grand frère également meurtri par la colonisation occidentale (les Occidentaux avaient forcé militairement la chine à s’ouvrir au commerce international dès 1858 ) et fait toujours en sorte de se mettre au niveau de ses interlocuteurs en se présentant comme un pays en voie de développement, ce qu’elle n’est plus. En effet elle est passée au niveau supérieur, c’est désormais un pays émergent, et non des moindres : la Chine, c’est 325 Singapour de plus, ou une bonne dizaine de Japon…
  • Car la Chine dispose d’énormes réserves de changes résultant de ses excédents commerciaux (plus de 1500 milliards de dollars fin 2007, les plus élevées au monde). Cet argent lui permet d’investir massivement sur le continent noir dans de vastes projets d’infrastructures, parfois tout simplement offerts aux pays africains. La Chine n’a ainsi aucun mal à trouver des partenaires avec qui traiter, et elle retourne un à un les pays qui s’étaient d’abord alliés à Taïwan. Comme l’écrit le président sénégalais Wade à son homologue taïwanais, juste après avoir changé son fusil d’épaule au profit de la Chine populaire : « Entre pays, il n’y a pas d’amis, que des intérêts »
  • Car la chine n’est pas une démocratie ! Elle peut donc allouer les milliards comme bons lui semble sans avoir à rendre de compte aux électeurs ou à leurs représentants. C’est ce qui la distingue de l’Inde qui reste plus frileuse en matière d’investissements : là où le Parlement indien rechigne à entériner le financement de certains projets en Afrique jugés peu rentables, la Chine n’a pas ce problème et n’hésite pas s’engager à perte, du moment que cela lui permet de mettre un pied dans le pays. La Chine mène d’une main de maître une stratégie de long terme et PREND des risques.
  • Car la Chine est capable de répondre à tous les appels d’offre et de projeter rapidement des dizaines de milliers d’ouvriers qui finissent les chantiers en un temps record, au grand dam des Bouygues et consorts. Elle propose des packages clé en main « barrage + usine, ce dont sont incapables les entreprises occidentales. Ses ouvriers et ingénieurs sont prêts à vivre chichement et ne réclament pas d’être logés à l’hôtel comme les Occidentaux. La « mentalité » chinoise et la relation au travail sont un atout de poids. Les Africains hallucinent devant leur capacité de travail que n’obère pas leur corpulence pourtant chétive : « Nous ne sommes pas comme eux. Nous avons une autre façon de vivre. Les Chinois, quand ils sont pressés, ils font les trois huit. Ils travaillent la nuit, mais les Congolais ne suivent plus… » Ou encore, pour le ministre des travaux publics algérien : « Les chinois sont une race à part. Nous aurions besoin de leur culture du travail rigoureuse ». Enfin les Chinois sont discrets, et ça les Africains apprécient, contrairement aux Occidentaux : « Les Américains surtout nous parlent de family values à longueur de journées mais quand ils arrivent à Luanda, ils se bourrent la gueule et sautent des putes. Les Chinois sont disciplinés, modestes, respectueux. S’ils touchent une Angolaise, ils sont renvoyés chez eux, et c’est très bien ainsi. »
  • Car la Chine ne laisse rien au hasard et entreprend une vraie stratégie de rapprochement en cherchant à circonvenir et amadouer les élites africaines par les ruses les plus convenues, dignes des romans d’espionnage. Un élu congolais raconte : « Je ne sais pas comment ils font, ils étudient chaque cadre, chaque ministre. Ils s’arrangent pour créer des relations amicales Une fois à table, j’ai fait la connaissance d’un grand patron du ministère du Commerce. Il m’a parlé de jazz et d’architecture gréco-romaine. Mon Dieu c’est exactement ce que j’aime ! Alors j’ai compris que tout était monté. Après on s’est rendu compte qu’ils avaient fait la même chose pour tous les ministres congolais…chacun son Chinois ! Attention, dans 10 ans le monde est à eux ! » (La Chinafrique, p. 132-133)
  • Enfin car la Chine pousse les cadres de ses grandes compagnies d’état à s’établir à leur compte pour mieux profiter des opportunités constatées sur place. Cette souplesse propre à l’initiative individuelle, soutenue par les capitaux prêtés par le gouvernement est un moteur indéniable de la « conquête » rampante des marchés africains.

…dans le prochain article: suite et fin, quels sont les points positifs et négatifs de la présence en Afrique?

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La mort de la Françafrique (2/2)

juillet 24, 2008

Suite de l’article La mort de la Françafrique (1/2)

Pour conclure cette épitaphe de la Françafrique entamée dans la première partie de l’article, je ne résiste pas à l’envie de dresser les apports positifs et négatifs de la politique de la France (et de l’Occident) en Afrique depuis la colonisation jusqu’à aujourd’hui, ensuite à chacun de juger…

Les moins :

  • Soutien à des autocrates dont certains ont beaucoup de sang sur les mains
  • Complicité dans de nombreux coups d’état, voire d’assassinat (Sankara au Burkina-Faso), exactions mortifères (Sétif en Algérie, 1945)
  • Pillage des ressources, équation coloniale classique : l’Afrique exporte à vil prix des produits primaires (les 3 C, Coton-Cacao-Café, entre autres) et importe tous les produits manufacturés. Le continent n’a jamais eu de ce fait ni l’occasion ni l’autonomie nécessaire pour s’industrialiser. En fait, comme je le disais dans l’article « Quand les rivières coulent de la mer vers les montagnes », les capitaux ont toujours coulé de l’Afrique vers le reste du monde !
  • Un regard condescendant sur les populations africaines, et par le passé, politique de ségrégation
  • Des grandes compagnies, pétrolières entre autres, qui n’hésitent pas à corrompre les fonctionnaires et dirigeants pour s’assurer des accès privilégiés aux ressources.
  • Une exploitation des ressources qui se fait/s’est faite parfois/souvent au mépris de l’environnement
  • Ventes d’armes
  • Des situations de rentes (pour des entreprises comme Bouygues et Bolloré par exemple) qui ne profitent pas au pays, puisqu’il y a moins de concurrence, moins de proposition…mais tout cela est terminé grâce aux dispositions prises par la Banque Mondiale obligeant les pays à passer des appels d’offre que remporte très souvent la Chine, prête parfois à travailler à perte…

Les plus :

  • Construction d’infrastructures qui bien qu’orientées vers l’exploitation des ressources profitaient aussi aux populations (chemins de fer, routes, etc)
  • Construction d’écoles, véritables efforts d’alphabétisation qui n’auraient été possibles sans l’abnégation de milliers d’instituteurs prêts à aller enseigner au fin fond du continent, sans oublier ces Pères Blancs et ces Sœurs au dévouement sans limites. Encore aujourd’hui, si de nombreux Africains viennent étudier en France, ce n’est pas un hasard, c’est le résultat (l’issue louable ?) d’une histoire commune. Et malgré l’essor de la présence chinoise, beaucoup parmi les élites préfèrent toujours envoyer leurs enfants étudier en Europe. Le brain drain que certains dénoncent profitent malgré tout au continent car d’une part même si certains partent, d’autres restent ce qui suffit à rentabiliser les investissements dans l’éducation, et d’autre part, ceux qui partent profitent des transferts de savoirs et ceux qui finissent par revenir le font avec des idées d’entreprises pour leur pays d’origine dans leurs bagages !
  • Construction de dispensaires à l’époque et encore aujourd’hui, volonté humaniste très forte d’aider ces populations comme en témoigne aussi maintenant l’essor des mouvements humanitaires et autres ONG occidentales (parfois jusqu’à l’excès, cf Arche de Noé)
  • Parallèlement à la démarche économique purement intéressée de la colonisation existait aussi de façon certaine le sentiment sincère de devoir aider ces populations à rattraper leur retard de développement. Tous ne le partageaient peut-être pas, mais il est indéniable que de nombreux Occidentaux ayant vécu là-bas se sentaient réellement proches des Africains au point de communier avec eux. Les liens culturels très forts qui subsistent, comme la Francophonie, sont là pour en témoigner. Les nombreux métissages aussi, contrairement aux Chinois qui n’envisagent les unions mixtes le plus souvent qu’avec dégoût.
  • Le vent de moralisme qui imprègne les politiques occidentales depuis l’effondrement de l’URSS indispose les dictateurs, et quoiqu’on en dise, cette pression a contribué a fait émerger une société civile très féconde et dynamique.

Voilà…à chacun de s’en faire une idée, mais l’objectivité chère aux historiens devrait prévaloir, sans parti pris, ni pour ni contre, l’essentiel étant d’appréhender les faits à leur juste mesure et dans leur globalité historique.

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Qu’est-ce qu’un fonds souverain?

juillet 9, 2008

Ratan Tata, industriel indien, a racheté en mars 2008 deux fleurons de l’industrie automobile britannique, Jaguar et Land rover pour 2,5 milliards de dollars. On ne peut pas s’empêcher de savourer avec lui ce moment quand on sait que son grand-père, avant l’indépendance, s’était vu refuser l’entrée dans un hôtel à Bombay par les Britanniques du fait de sa couleur de peau…En réponse à cette avanie, le grand-père avait d’ailleurs fait bâtir le Taj Mahal Palace, l’hôtel le plus beau de la ville.

Cette anecdote illustre parfaitement ce qui est en train de se produire en notre bas monde : le Sud se paye le Nord. Et encore ne s’agit-il ici que d’un industriel aux marges de manœuvre financière somme toute réduites par rapport aux nouveaux géants de la finance que sont les FONDS SOUVERAINS !

Que l’ex-Tiers Monde – eh oui depuis l’effondrement de l’URSS, l’expression Tiers-Monde inventée par l’économiste français Alfred Sauvy en 1952 n’a plus de sens – que l’ex-Tiers-Monde, disais-je, finance les pays occidentaux n’est pas nouveau en soi. En effet comme j’ai pu brièvement l’exposer dans l’article précédent « Quand les rivières coulent de la mer vers les montagnes », il est un fait que d’un point de vue macroéconomique, à quelques exceptions près, les capitaux n’ont eu de cesse de couler des pays pauvres vers les pays riches…et ce pour caricaturer depuis le premier voyage de Christophe Colomb ! Il est cocasse de souligner une fois de plus que ce sont les pays qui comptent le plus de pauvres sur notre planète qui désormais créent le plus de richesses. La Chine, l’Inde et la Russie sont à l’origine à eux trois de la moitié de la richesse mondiale créée chaque année! Ces pays, la Chine en tête, financent ensuite le train de vie démesuré des Occidentaux, Américains en tête (les Chinois sont les premiers banquiers des Etats-Unis avec 450 milliards de dollars de créances), Américains qui ne vivent plus qu’à crédit, pour acheter la production chinoise…la boucle est bouclée.

Mais aujourd’hui, c’est un fait nouveau qui apparaît : les pays qui ont de l’argent à investir, soit du fait de leurs colossaux excédents commerciaux (la Chine), ou de la hausse du prix du pétrole et autres matières premières (pays du Golfe, Russie, etc), – et qui ont constitué avec cette manne ce qu’on appelle donc fonds souverains (SWF : Sovereign Wealth Fund) – ne se satisfont plus de titres de créances des pays occidentaux, ils veulent des titres de propriété et ainsi devenir actionnaire ! En clair, acheter de la dette américaine, ça va un temps (surtout quand le dollar n’arrête pas de se déprécier!), maintenant ces pays veulent acquérir des biens, de l’immobilier, des entreprises, high tech si possibles, avides de technologies qu’ils sont !

Cette tendance s’est amplifiée depuis l’éclatement de la bulle immobilière américaine l’été dernier : les grandes banques américaines ayant trop prêté à des ménages peu solvables ont dû assumer au final les défauts de paiement. Concrètement elles ont dû rapatrier dans leur bilan des créances qu’elles avaient externalisées. Or plus une banque détient de créances plus elle doit avoir de fonds propres pour respecter ce qu’on appelle les ratios prudentiels. Elles se sont donc rapidement retrouvées décapitalisées, et donc à la recherche de capitaux. Et ce sont les banques américaines elles-mêmes qui ont sollicité les fonds souverains, ces investisseurs providentiels ! Ainsi la deuxième banque d’affaire américaine Morgan Stanley a été sauvée grâce aux 5 milliards de dollars d’investissements du China Investment Corp, le fonds souverains chinois qui serait de doté de 200 milliards de dollars. Le plus gros fonds, c’est celui des Emirats Arabes Unis, Adia, qui gère 875 milliards de dollars, et qui a pu prendre une participation de 4.9% dans Citigroup, qui a été pendant longtemps la première banque américaine et qui reste la première marque mondiale, en y investissant 7,5 milliards de dollars, soit la production de pétrole d’une vingtaine de jours. En France par exemple, le fonds souverain norvégien, dépositaire de la manne pétrolière évaluée à 300 milliards de dollars, est le deuxième actionnaire du CAC 40, le premier actionnaire étranger après CNP Assurance. En Allemagne, pire, 53% de la valeur des trente premières entreprises est aujourd’hui en 2008 détenue par des actionnaires étrangers, et dire que c’était moins de 50% en 2005!

Ces fonds souverains, techniquement des fonds public de placement, ne sont pas nouveaux, pour tout dire le premier est apparu en 1953. Ils ont pour mission de placer tantôt l’épargne du pays, tantôt les pétrodollars, dans une optique de long terme. Ils recherchent la stabilité et une rentabilité raisonnable (…a priori), à la différence des « hedge funds », ces fonds d’investissement spéculatifs qui ne gardent les titres qu’ils achètent que pendant deux mois en moyenne tout en exigeant des retours sur investissement de l’ordre de 20% ! S’ils se font plus remarquer aujourd’hui, c’est surtout du fait de leur nationalité extra-occidental et de leur capitalisation : en 1990 ils ne représentaient « que » 500 milliards de dollars, aujourd’hui ils valent 3000 milliards de dollars (soit assez pour acheter tout le CAC 40), et certains experts tablent sur 15000 à 20000 milliards en 2012, assez pour acquérir les 400 plus grandes entreprises américaines !

Voilà pour le tableau ! Maintenant qu’en est-il des réactions ? Certains les accueillent à bras ouverts, dont les banques on l’a vu, leurs détracteurs s’en méfient comme de la peste, leur prêtant les plus mauvaises intentions prédatrices. Comme tout phénomène humain n’est jamais ni tout noir, ni tout blanc, voici un petit panorama de leurs principales caractéristiques classées en avantages et craintes, ensuite au lecteur de se faire son avis!

Avantages et points positifs :

  • Voici par exemple ce que dit Bader Al-Saad, directeur de la Koweit Investment Authority (213 milliards de dollars de capitalisation) : « Nous sommes des investisseurs passifs positionnés sur le long terme. Nous sommes très régulés : je vais devant le parlement trois à quatre fois par an. Nous n’avons aucune directive politique pour nos investissements. Nos objectifs sont uniquement financiers. »
  • Beaucoup de fonds ne demandent pas à siéger au conseil d’administration, ce qui signifie qu’ils ne cherchent pas ni ne peuvent alors influer sur la stratégie des entreprises.
  • En sauvant les banques américaines, ils ont sauvé le système financier international et se sont révélés être en fin de compte d’incontournables éléments stabilisateurs.
  • Les Chinois, que beaucoup craignent, n’ont en fait pas de visées impérialistes, sauf pour le Tibet, Taïwan, et en ce qui concerne leur approvisionnement en matières premières. Ils n’ont donc aucune raison de vouloir racheter tout Wall Street.
  • On dénonce leur manque de transparence, or, aujourd’hui cette opacité peut en fait être vue comme un atout, car cela les affranchit de la pression des marchés : ils ne sont pas sous la férule du court-terme et n’ont pas à gérer leur portefeuille dans le seul souci d’en optimiser la valeur dans l’instant…contrairement aux hedge funds.
  • Les Chinois investissent dans les grandes banques américaines…cela ne peut que mieux les armer pour bientôt prendre pied dans l’immense système financier chinois qui ne devrait plus tarder à s’ouvrir aux entreprises étrangères.
  • Certains disent qu’ils pourraient se servir de leurs actifs pour attaquer les monnaies occidentales. Cela veut dire que si ces fonds se mettaient tous à vendre leurs titres de créances (dette qu’ils détiennent) ou de propriété (actions) libellés en dollars, le dollar pourraient alors sombrer vers les abîmes les plus profonds, permettant alors à ces mêmes fonds de racheter toute l’Amérique pour une bouché de pain ! C’est impossible, car la Chine, pour ne pas la nommer, détient tellement d’actifs libellés en dollars, que si elle en vendait soudainement une bonne partie, le dollar baisserait tant que la grosse partie restante perdrait instantanément énormément de valeur : la Chine n’a donc aucun intérêt à le faire…

Maintenant les craintes, risques et autres inquiétudes :

  • Il y a autant de politiques menées que de fonds souverains
  • Ne peut-on pas craindre que ces actionnaires longtemps restés passifs ne nourrissent pas en secret une stratégie industrielle ? Et qu’ils se réveillent pour dicter leurs choix stratégiques aux entreprises, soufflés par les Etats qu’ils représentent ?
  • Comme dit Joseph Stiglitz : « Nous devons être très vigilants sur leurs pratiques. Achètent-ils un fabricant de crayons pour son rendement financier ou pour supprimer les crayons ? »

Certains enfin craignent les transferts de technologies…mais ne faut-il pas s’en réjouir, tant que cela ne concerne pas les actifs stratégiques (technologies militaires, infrastructures vitales) ? En effet, les pays du Sud ont un tel retard technologique que dans l’intérêt de tous il serait bon qu’ils le rattrapent au plus vite, et si ces fonds souverains comptaient s’y employer, eh bien tant mieux !

Alors bien sûr, il faut tout de même se méfier : Berlin par exemple entend ainsi pouvoir intervenir, même rétroactivement, contre tout investissement considéré comme étant hostile.

Finalement ne peut-on pas dire que l’entrée de ces fonds souverains dans le capital des grandes entreprises occidentales n’est que le juste retour des choses ? Ce mouvement de balancier n’est-il pas somme toute normal compte tenu de la mondialisation des marchés auxquelles s’adressent justement ces entreprises, et compte tenu de la délocalisation de la production bien souvent d’ailleurs dans ces pays du Sud à forte épargne ? C’est du moins ce que je crois humblement.

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Le Terre est plate!

juin 27, 2008

Voici une pensée intéressante du blogger Mikiane:

« Qu’est ce qui aujourd’hui constitue une identité?

Il me semble que deux phénomènes concomitants provoquent le déclin du sentiment « d’identité nationale » : l’accroissement du communautarisme (culturel ou cultuel) et la mondialisation. Les groupes ou les communautés humaines se constituent désormais sur des critères qui ne sont plus ceux de la nationalité. L’origine culturelle, cultuelle, la langue et le quartier sont bien plus efficaces que la seule nationalité (sauf peut-être lors de compétitions sportives…).

Une révolution sociétale?

C’est ce qui me fait penser que nous sommes probablement en train de vivre une nouvelle révolution. Les organisations humaines ne seraient plus construites autour du concept de Nation.

Et si Internet avait provoqué cette rupture? Et si cela avait été acceléré par les réseaux sociaux. Et si les réseaux nous avait offert l’immense chance de créer de nouveaux états virtuels dont les frontières ne seraient plus physiques mais linguistiques ou culturelles? Et si par effet de réaction le « quartier » était devenu le seul critère de regroupement social du monde physique (certains diraient « réel ») ?

Facebook, nouvel atlas mondial?

Un bobo parisien du Marais et un happy few canadien expatrié à Brooklyn connectés sur Facebook ne sont ils pas beaucoup plus « proche » qu’un français montreuillois et un français neuilléen ? Pourtant les premiers sont de nationalité différente et habitent à des milliers de kilomètres et les seconds sont bel et bien de la même nationalité et vivent dans la même ville, non? »

Voici ce que cela m’a inspiré comme réaction:

Comme l’écrivait Thomas Friedman dans « la terre est plate », les frontières sont effectivement en train de tomber, on est en train d’assister à l’émergence d’un village global, la mondialisation est à l’oeuvre, bla bla bla, comme chacun sait, les récents progrès scientifiques, surtout dans les NTIC, rapprochent les Hommes…enfin c’est plus subtil: elles permettent d’offrir un choix très vaste à chaque être humain qui peut alors essayer, goûter et enfin trouver sa voie pour ensuite rejoindre les autres groupes d’êtres humains avec lesquels il a le plus d’affinités, groupes qui ont une existence supranationale, faisant fi des distances…si bien qu’un bobo parisien se sentira plus proche d’un bobo new-yokais que d’un banlieusard parisien…ce n’est pas nouveau en fait, ils étaient déjà plus proche, mais ils n’avaient pas les moyens de le savoir et d’entrer en contact, maintenant ils l’ont…

Ce mouvement de déconstruction des nations devrait s’amplifier avec l’abolition de la dernière des barrières…celle de la langue!
Extrait de mon blog:
« À l’heure de la révolution des technologies de l’information, dans un monde où les communications sont instantanées et tendent à devenir gratuites et illimitées, la mondialisation des échanges culturels et intellectuels, des échanges humains donc, n’est entravée que par la barrière de la langue. Ce qui freine la propagation des velléités démocratiques et des idéaux droit-de-l’hommistes en Chine, ce ne sont pas tant les barrières que le parti communiste chinois entend imposer à la libre circulation de l’information (aisément contournables par la transmission télévisée satelitaire et l’équipement en petite paraboles de fortune) que l’ignorance et l’imperméabilité aux médias étrangers télévisés, techniquement accessibles on l’a dit, mais rendu inaccessibles par la barrière de la langue : si le Pékin moyen comprenait l’anglais, il regarderait volontiers les chaînes anglo-saxonnes, comprendrait mieux le sort qui lui est fait et revendiquerait plus hardiment encore sa soif d’équité, en un mot sa soif de démocratie ! »

Encore une fois, ce sera une innovation technologique qui viendra briser cet obstacle au rapprochement des hommes: le XXIème siècle sera celui de l’intelligence artificielle émanant de l’intelligence collective (un peu comme fait google pour faire tagger ses photos par les internautes et ainsi leur donner du sens, et les rendre ensuite accessible à la recherche dans son moteur), cette intelligence artificielle prendra entre autres la forme du web sémantique (je pose une question en bon français à google qui me répond en bon français sans faute de grammaire ni syntaxe), et de la traduction automatique simultanée!! (je parle en français, tu entends automatiquement dans ton casque en swahili, tu me réponds en swahili, etc; sur ce sujet, voir la très intéressante conversation d’avenir de Jacques Attali)…cette dernière innovation qui verra le jour avant 2025 révolutionnera une fois de plus la façon dont l’humanité se mondialise….le meilleur étudiant de la promotion d’Harvard 2031 sera possiblement une jeune Guaranie du fin fond de la forêt amazonienne n’ayant jamais prononcé un seul traître mot d’anglais, ayant fait ses classes depuis son ordi OLPC, se rechargeant à l’aide d’une manivelle ou de l’énergie solaire…!!

Petit à petit, le libre-échange aidant, les salaires vont s’harmoniser sur l’ensemble de la planète….on pourra alors ouvrir toutes les frontières à la libre circulation des personnes…ce jour-là, si!…la nation existera encore et plus que jamais, mais sous le nom de NATION HUMAINE!

Venez lire l’appel du 18 janvier 2008 et signer la pétition pour une mondialisation plus juste

Un ordinateur portable par enfant du tiers monde!

juin 26, 2008

One Laptop Per Child (Un Ordinateur portable Par Enfant), c’est la formidable entreprise à but non-lucratif créée par Nicholas Negroponte et par « les membres de la faculté du Media Lab au Massachussets Institute of Technology dans le but de concevoir, fabriquer et distribuer des portables suffisamment abordables afin de donner à tous les enfants du monde un accès à la connaissance et aux divers méthodes d’éducation modernes. »

Une formidable illustration des social-business théorisés par Mohamed Yunus: des entreprises dont le but premier n’est pas la recherche du profit mais la volonté de produire des bénéfices sociaux et environnementaux. Les social-business doivent couvrrir leurs frais, leurs bénéfices servent d’abord à rembourser les investisseurs, puis sont intégralement réinvestis dans le développement de l’activité, il n’y a pas de versement de dividende!

Quelques précisions sur le projet apportées par Nicholas Negroponte, président de One Laptop per Child:

« Les portables seront vendus directement aux gouvernements et distribués par les écoles sur la base d’un portable pas enfant. Des discussions initiales ont été tenues avec la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Argentine, l’Égypte, le Niger et la Thaïlande. Un nombre limité de portables sera envoyé à des communautés en développement dans différents pays. »

« Dès lors que ces machines seront hors de leur emballage, elles pourront créer des réseaux multiples, un peu comme des chaînons d’une grande toile, qui les relieront directement les uns aux autres. C’est une caractéristique qui a été développée au MIT par le Media Lab. »

« Pourquoi les enfants dans les pays en voie de développement ont besoin de portables?
Un ordinateur portable est une fenêtre en plus d’être un outil. Une fenêtre sur le monde et un outil qui permet de réfléchir, de penser. Ces portables représentent une merveilleuse façon d’apprendre à “apprendre”, à travers une interaction et une exploration personnelle de l’outil.  »

« Pourquoi ne pas donner plutôt un ordinateur de bureau?
Les ordinateurs de bureau sont effectivement moins chers, mais la mobilité est importante, spécialement quand viendra le temps de ramener le portable à la maison, à la fin de la journée. Les enfants dans les pays en développement ont besoin des plus récentes technologies, spécialement du matériel robuste et des logiciels inventifs et innovateurs. Des expériences récentes dans des écoles du Maine ont démontré l’extrême valeur pour un écolier de posséder son propre ordinateur portable, tant sur le plan de l’apprentissage que du divertissement. Ramener le portable à la maison engage la famille dans le processus. Dans un village du Cambodge par exemple, où nous avons travaillé, il n’y a pas d’électricité, ce qui fait du portable, l’élément le plus lumineux de la maison. »

« Pourquoi est-il si important pour chaque enfant de posséder un ordinateur portable? Qu’est-ce que cela amène de plus que les centres communautaires d’accès par exemple?
On ne pourrait imaginer, par exemple, un simple crayon communautaire – les enfants ont chacun le leur. Ce sont des outils avec lesquels ont peut réfléchir, suffisamment abordables pour les utiliser pour travailler et jouer, dessiner, écrire et calculer. Un ordinateur peut représenter la même chose, mais à une puissance exponentielle. Il y a également plusieurs autres raisons qui font que la possession d’un matériel, que ce soit un ballon, une poupée ou un livre, est un facteur important, comme, par exemple, le fait que ces objets seront traités avec attention et délicatesse. »

Vous pouvez voir et écouter une présentation très intéressante (en anglais) faite par Nicholas Negroponte ici.

Et voici la démo du petit ordinateur conçu pour résister aux mains démoniaques des petits du monde entier!

Les Etats-Unis sont vraiment le pays de tous les possibles…capables du pire comme du meilleur! ils ne cesseront jamais de nous surprendre…

Venez lire l’appel du 18 janvier 2008 et signer la pétition pour une mondialisation plus juste

Soyons fier avant tout d’appartenir au genre humain!

juin 25, 2008

Je me contenterai dans ce rapide billet de citer Mohamed Yunus et de vous poster une vidéo qui incarne bien à mon sens la mondialisation et la prise de conscience globale qui lui est inhérente: que nous appartenons bien au même genre: le GENRE HUMAIN!

« Le protectionnisme, censé défendre les pauvres , ne profite en définitive qu’aux riches et à ceux qui maîtrisent les rouages du système.

Les pauvres ont tout intérêt à voir s’ouvrir d’importants marchés, au lieu de rester cantonnés dans des marchés étriqués. Si nous pouvons assurer la libre circulation des marchandises, des capitaux et des personnes, tout le monde en bénéficiera, et pas seulement les pauvres.

Par exemple le commerce annuel entre l’inde et le Pakistan est estimé à 1 milliard de dollars alors qu’il pourrait en représenter 9. Le coût des échanges frontaliers dans la région est trop élevé. Les postes-frontières entre l’Inde et le Bangladesh sont si encombrés que les files d’attente du côté indien dépassent 1000 camions. Ce manque d’intégration contribue à faire de l’Asie du Sud l’épicentre de la pauvreté mondiale: on y trouve près de 40% de la population pauvre du monde.

Cela n’a aucun sens de rester frileusement repliés derrière nos frontières. Gageons d’ailleurs que nos passeports et visas seront tombés dans l’oubli au cours du XXIème siècle. Soyons fier avant tout d’appartenir au genre humain. Dans le monde qui vient, les identités nationales auront certes toujours leur place (cf l’Euro 2008 😉 n.d.moi); toutes les communautés religieuses, raciales, régionales, locales, politiques et culturelles devront faire entendre leur voix, mais dans le respect des autres et sans visées expansionnistes. Toutes ces diversités, ouvertes au dialogue, ne feront qu’enrichir le patrimoine de l’humanité. »

Que dire de plus?

Et voici la vidéo de l’illustre globe-trotter Matt! C’est l’homme-type de la seconde moitié du XXIème siècle, mobile, présent aux carrefours des peuples et des traditions….quand on voit cette vidéo…on prend conscience plus que jamais que nous sommes tous les mêmes, la même joie de partager, de vivre…et on se demande comment l’Humanité a pu passer au cours de son Histoire par des périodes aussi noires et obscurantistes. Je vous invite à ce propos à consulter l’article « Pourquoi on se bat? »

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Une Europe politique est pour l’instant impossible!

juin 17, 2008

L’Irlande était le seul pays des 27 à pouvoir s’exprimer sur le « mini-traité » de Lisbonne par référendum, et comme par hasard, les urnes ont dit non à ce nouveau mécano institutionnel.

Soit. Si les Français avaient eu leur mot à dire, ils auraient probablement répondu non, comme d’autres peuples d’Europe. Le message est clair, les Européens ne sentent pas à l’aise avec cette bureaucratie bruxelloise trop lointaine.

Non, l’aventure européenne ne doit pas s’arrêter là, elle doit juste « changer de couleur » comme le dit Christophe Barbier, rédacteur en chef de l’Express.

Il est toujours plus facile de préserver le statu quo et de dire non à ce qui nous fait potentiellement peur, à tort ou à raison, que de dire oui à d’éventuels bienfaits. Mais ne soyons pas ingrats, la construction européenne est une indéniable réussite que nous envient tous les autres continents :

  • L’Euro nous procure une stabilité monétaire (nous n’avons plus de variation de taux de change préjudiciables pour le commerce et donc l’économie comme avant entre le Franc, le Mark, la Pesetas, la Lire, etc, du type de celles qu’on subit aujourd’hui entre Dollar et Euro)
  • En dix ans, la zone euro a créé 16 millions d’emplois, bien davantage que pendant les 10 années précédentes
  • La croissance moyenne de certains pays de la zone euro n’est pas due à l’Euro mais à la difficulté de procéder aux réformes structurelles incontournables
  • L’Euro a apporté plus de concurrence, ce qui s’est traduit, et va continuer à se traduire par de meilleurs prix pour les consommateurs
  • La libre circulation des personnes (Schengen) a permis la multiplication des voyages d’affaires, de tourisme, d’études, etc

On pourrait dresser un véritable inventaire à la Prévert des bienfaits de cette Europe, au premier rang desquels LA PAIX ! (à ce sujet lire cette article)

Mais cette logique semble maintenant se heurter à l’hostilité croissante des peuples : l’Europe politique coince, ironie du sort, à l’heure où ce nouveau traité se proposait d’incarner l’Union par un « Président », et un super ministre des affaires étrangères. Ingrats que nous sommes…

Le problème sous-jacent, selon moi, c’est que n’Europe n’est pas un État-nation ! Nous sommes une mosaïque de pays trop différents en fin de compte : nous sommes de vieux pays et avons chacun un nationalisme bien ancré résultant d’une longue histoire, nous avons (presque) chacun notre langue, c’est trop, nous vivant plus que jamais tout près les uns des autres, mais nous ne nous comprenons pas encore assez ! Les langues sont l’ultime barrage. (voir cet article) Une Europe politique sera possible le jour où on pourra voter au suffrage direct pour un Président qui l’incarnera, et on ne pourra voter pour un candidat à cette présidence que le jour où il pourra s’adresser à nous dans notre langue, c’est-à-dire le jour où il pourra s’adresser à tous les Européens dans leur langue….vous avez compris c’est impossible…..sauf si ! si l’Europe prend son courage à deux mains et se démène pour se sortir des sables institutionnels dans lesquels elle s’enlise….en choisissant de se doter d’une langue commune, une langue en plus de nos langues nationales, une langue parlée par tous, de Lisbonne à Tallin, de Dublin à Ljubjlana ! Avec des chaînes télé subventionnée, du cinéma subventionné, des dispositifs web bien étudiés, des jeux éducatifs sur console (je ne rigole pas), en une génération tous les Européens pourraient parler la même langue (par exemple l’Esperanto, en trois heures on en maîtrise déjà les rudiments !)

Ce jour là, les étudiants n’hésiteront pas à aller étudier aux confins de l’Europe, les mariages mixtes se multiplieront, les peuples fusionneront, l’Europe aura un sens, et l’Europe politique sera possible, en tant que simple étape, espérons le, vers un monde de prospérité, unifié et pacifié.

Et si l’Europe se dotait d’une langue commune ?

mai 5, 2008

À l’heure de l’hégémonie américaine et de l’avènement des géants asiatiques, il faut nous doter, nous Européens, d’un outil de communication commun pour créer les conditions de l’émergence d’une véritable Europe plurielle, plus ambitieuse que la simple entité économique.

Une Europe politique d’une part qui puisse accorder ses violons et parler d’une seule et même voix dans le concert des nations. Et on peut raisonnablement affirmer que tant qu’on ne partagera pas tous une même langue, on ne choisira pas de président européen au suffrage universel, car comment voter pour quelqu’un qu’on ne comprend pas ?

Et une Europe culturelle d’autre part de façon à faire rayonner la diversité et l’altérité européenne, à faire briller les nombreuses facettes de nos cultures et à mieux promouvoir les valeurs humanistes et universalistes, à l’édification desquelles nous avons eu l’honneur de prendre part dans notre longue histoire.

Cet outil s’appelle le bilinguisme, c’est-à-dire l’apprentissage d’une deuxième langue commune par tous les Européens. Cette seconde langue unifiante viendra d’autant plus rapidement qu’elle résultera d’une volonté politique, ce qui exclue pour longtemps encore (malheureusement ou non ?) l’anglais. En effet comment un consensus pourrait-il apparaître au sein de l’Union autour de la langue d’une nation eurosceptique par nature, qui guette la moindre opportunité de torpiller toute velléité de bâtir une Europe politique et ne voit dans l’Union qu’une machine économique, satellite des États-Unis ?

Cette langue, c’est une proposition, pourrait être l’esperanto, car c’est une langue neutre, construite sur des racines latine et germanique, et surtout simplissime à apprendre et maîtriser (les deux premières heures d’étude de cette langue permettent déjà de comprendre l’essentiel du sens d’un texte de base).

Face à cette suggestion iconoclaste à première vue, ne nous braquons pas et ne tombons pas aussitôt dans le travers de croire que cette langue, parce qu’elle est simple à apprendre, lisserait les cultures et annihilerait les nuances qui font la richesse d’une langue. Car ce qui en fait la richesse, c’est l’art d’associer les mots de façon originale et inédite, c’est le nombre de personnes qui se l’approprient pour exprimer chacune leurs différences et les rendre de fait intelligibles aux autres. Enfin, la richesse d’une langue ne doit pas, ne peut pas résider que dans ses exceptions orthographiques, sa complexité grammaticale ou dans la perplexité que suscite sa conjugaison.

D’aucuns dénoncent l’artificialité de l’esperanto qui ne s’appuie soi-disant sur aucune littérature! De Gaulle lui-même disait que ce qui fait l’Europe, ce qui fait sa civilisation, c’est que Dante, Goethe et Chateaubriand se soient exprimés en italien, allemand et français. Certes, c’est clairement ce qui constituent nos racines, et il n’est certainement pas question d’en faire table rase mais quid de notre avenir ? Eh bien de même qu’à partir de leur nouveau langage hérité du latin les Français se sont inventés au fil des siècles leur propre littérature, pourquoi les Européens n’en feraient-ils pas autant ? Sommes-nous donc si peu confiants envers l’avenir ? Craindrions-nous de ne soudainement plus voir naître chez nous les artistes, écrivains et cinéastes qui sauraient mettre en scène notre éventuelle langue commune ?

Loin de dénaturer les cultures, une deuxième langue commune les rendra au contraire accessibles et interactives. Qui peut dire que les cultures mexicaine et espagnole sont identiques ? Grâce à un tel outil commun à tous les Européens, un Portugais pourra par exemple communiquer et échanger avec un Letton, et chacun pourra ainsi véritablement découvrir et apprécier la culture de l’autre. En effet, aujourd’hui un Français fait peut-être partie de la même Union Européenne qu’un Lituanien, mais il n’en demeure pas moins que ce Français reste techniquement bien plus proche d’un Marocain et d’un Vietnamien francophones…

En tant que vecteur de l’art et des cultures, cette langue favoriserait l’émergence de références culturelles communes qui résulteraient du brassage des cultures nationales. De ce creuset pourra jaillir entre autres un cinéma européen, qui pourra rayonner mondialement et donnera à l’Europe ce « soft power » qui lui manque encore pour lui permettre de contester l’ogre culturel américain. Ces références communes confèreront enfin aux Européens un sentiment palpable d’appartenance à une entité commune : la Nation européenne sera née, en tant qu’étape peut-être vers l’édification encore lointaine d’une Nation Humaine qui serait enfin le cadre d’un monde de paix et de prospérité partagée par tous les Hommes.

Une telle deuxième langue commune permettrait par ailleurs une réelle mobilité géographique et professionnelle dont on sait qu’elle est un facteur essentiel de la croissance économique et du métissage culturel du fait des échanges et surtout des mariages mixtes qu’elle occasionne.

À l’heure de la révolution des technologies de l’information, dans un monde où les communications sont instantanées et tendent à devenir gratuites et illimitées, la mondialisation des échanges culturels et intellectuels, des échanges humains donc, n’est entravée que par la barrière de la langue. Ce qui freine la propagation des velléités démocratiques et des idéaux droit-de-l’hommistes en Chine, ce ne sont pas tant les barrières que le parti communiste chinois entend imposer à la libre circulation de l’information (aisément contournables par la transmission télévisée satellitaire et l’équipement en petite paraboles de fortune) que l’ignorance et l’imperméabilité aux médias étrangers télévisés, techniquement accessibles on l’a dit, mais rendu inaccessibles par la barrière de la langue : si le Pékin moyen comprenait l’anglais, il regarderait volontiers les chaînes anglo-saxonnes, comprendrait mieux le sort qui lui est fait et revendiquerait plus hardiment encore sa soif d’équité, en un mot sa soif de démocratie !

La pensée biblique veut que Dieu ait donné aux Hommes des langues différentes pour les punir de leurs fautes et les diviser. Il est temps de renverser la vapeur et d’entreprendre au plus vite les efforts qui doivent nous conduire à célébrer un jour une communauté internationale réunie autour de valeurs humanistes et universalistes.

L’Europe, parce qu’on y est libre, et parce qu’elle en a les moyens, se doit d’initier ce long cheminement en se prenant en main dès aujourd’hui.

L’adoption du bilinguisme, l’apprentissage d’une deuxième langue neutre et simple par tous les petits Européens permettra en une génération de cimenter l’Europe de ce liant linguistique qui lui fait encore défaut, la Belgique en est la triste illustration. En effet, ce n’est pas là-bas un problème tant économique que linguistique qui y prévaut, car le Flamand riche se sentira toujours plus solidaire du Flamand pauvre que du Wallon riche !

Et si d’ailleurs cette langue commune à l’Europe n’était qu’une étape avant son adoption par tout le reste de l’Humanité? Cela n’appartient qu’à nous de le réclamer !

Venez lire l’appel du 18 janvier 2008 et signer la pétition pour une mondialisation plus juste!

Hier le capital, aujourd’hui le travail qualifié, et demain ?

avril 28, 2008

La richesse nous anime à chaque instant. La production de richesses est au cœur de nos économies de marché. Chaque époque a vu être consacré un type de richesse : pendant longtemps les produits de la terre, puis ceux des artisans, des manufactures et des usines, c’est-à-dire l’industrie, qui s’est épanouie avec les progrès de la mécanique et des techniques de l’énergie, enfin aujourd’hui, les services et les produits de l’esprit, portés par l’informatisation, le numérique et évidemment internet.

La production de richesse fait intervenir plusieurs ingrédients dont les proportions n’ont eu de cesse d’évoluer du fait du progrès, et il n’y a pas de raison que cela ne continue pas ainsi.

Quels sont donc ces ingrédients ? Comment ont-ils varié dans les coûts de production des biens et services? Et surtout comment vont-ils varier ? Quelles conséquences sur notre consommation, sur la façon de produire ?

Pour faire simple, pour produire il faut: de l’investissement en capital productif (les machines, les usines, le matériel), des matières premières, du travail non qualifié et du travail qualifié.

Sans remonter trop loin, revenons à la Révolution Industrielle, au XIXème siècle. Avant l’ère de l’industrialisation, il fallait peu voire pas du tout de machines, mais des artisans qualifiés pour fabriquer des biens. Par exemple avant l’invention de l’imprimerie, on devait recourir au savoir faire d’un copiste. Ce qui rendait les livres rares et chers. La production artisanale faisait donc surtout intervenir du travail qualifié. Avec l’apparition des premières machines, est apparue plus que jamais auparavant la nécessité du capital physique, acquis grâce au capital financier : besoin est d’investisseurs capables d’apporter les fonds pour l’acquisition de machines, la construction de fabriques puis d’usines. Il fallait aussi du travail, mais moins qu’avant pour la même quantité produite, et du travail peu voire non qualifié : alors qu’avant tisser était un vrai savoir-faire détenu par quelques catégories privilégiées, l’industrialisation ne nécessite plus que quelques ouvriers capables pour schématiser de faire démarrer et s’arrêter la machine. On a donc assisté à cette époque à la chute de la demande de travail, ce qui a longtemps fait stagner les salaires des ouvriers simplement détenteurs de leur force de travail, pendant que les détenteurs de capital s’enrichissaient…c’est dans ce contexte qu’est né le marxisme. Parce qu’on produisait beaucoup plus qu’avant et pour moins cher, de nombreux biens sont devenus accessibles au public, ce qui permettait d’ailleurs de les amortir sur un plus grand nombre de clients et d’en diminuer encore le coût marginal (coût d’une unité supplémentaire). La Ford T est le symbole de cette époque.

Puis, au cours du XXème, ce qui est devenu rare dans un monde en proie à une concurrence impitoyable mais stimulante, c’est le travail qualifié, permettant aux acteurs économiques de se démarquer les uns des autres. Alors que nous regorgeons de capitaux, ce qui est rare c’est le talent.

Si les prix des produits manufacturés sont de plus en plus bas, c’est parce que les coûts de production ont continué à baisser d’une part grâce aux délocalisations et au progrès continus de la mécanisation et d‘autre part parce que les collections sont amorties sur des millions de clients, mais cela ne fait que masquer l’importance de la conception qui est de plus en plus chère et qui conditionne le succès commercial. Un film en 3D, un jeu vidéo nécessitent des mois, voire des années de conception, pis encore pour l’élaboration d’un médicament en laboratoire, ou d’un nouvel modèle d’avion. L’accès à une société de consommation toujours plus large rend rentables des efforts de conception de plus en plus lourds, ce qui accroît la demande en talent et en travail qualifié, tandis que la mécanisation permet parallèlement de se passer de plus en plus du travail non qualifié. S’ensuit un accroissement des inégalités de revenus entre professions qualifiées et non qualifiées, et même au sein d’une profession : un bon avocat pourra gagner beaucoup plus qu’un moins bon. C’est ici qu’interviennent les NTIC, qui permettent d’étendre la zone d’activité des individus. Ce n’est pas tant qu’internet remplace le chanteur, par exemple, mais plutôt qu’il lui donne les moyens de toucher plus de monde, et donc de rémunérer bien plus haut ses talents. Sans la télévision et internet, Gad Elmaleh aurait un notoriété et donc des revenus bien moindres. La technologie, pour l’instant du moins, ne prend pas encore totalement la place de tous les travailleurs mais décuple la capacité des plus doués à traiter des clients, au détriment des moins doués. C’est d’ailleurs très intéressant de constater aujourd’hui que parmi les plus riches au monde on compte de plus en plus de talents, de travailleurs doués, d’innovateurs et de moins en moins de simples détenteurs de capitaux vivant de leurs rentes foncières ou financières : sont ainsi désormais à l’honneur les créateurs de start-up, les écrivains à succès (l’auteur d’Harry Potter est la première fortune d’Angleterre), les sportifs, les acteurs, les chanteurs, les grands architectes. Le bien convoité, ce n’est plus le capital foncier, ni le capital financier ou physique, mas le capital humain !

Mais gardons nous bien de penser qu’il en sera toujours ainsi ! En effet on vient de voir qu’à la Révolution Industrielle, la mécanisation avait d’abord fait chuter la demande en savoir-faire manuel qualifié avant même celle en travail non qualifié. De la même façon, les progrès de l’intelligence artificielle viendront bientôt remplacer les savoir-faire intellectuels. L’effervescence continue d’innovations et de projets que connaît internet conduira à l’émergence de logiciels en ligne intelligents capables de comprendre le langage. La clé en sera l’avènement du web sémantique : c’est-à-dire le moment où l’ordinateur comprendra nos langues et saura nous répondre « en bon français » sans faute de syntaxe. Passé ce cap tout sera possible et des pans entiers de l’économie s’effondreront. On pourra sans doute obtenir une prestation d’avocat gratuitement ou presque sur internet. Les métiers de traders, d’ingénieurs disparaîtront aussi, et d’autres encore, car la machine saura trier, analyser, classer, synthétiser les données plus efficacement que jamais. On n’aura qu’à rentrer un certain nombre de paramètres pour obtenir instantanément les plans d’architecte de sa future maison. Les travailleurs qualifiés auront du souci à se faire. Ce sera malgré tout un immense gain pour nombre d’entre nous : des prestations spécialisées hors de prix pour l’instant deviendront alors accessibles, on pourra imaginer se faire concevoir une voiture sur mesure par exemple.

Sans parler des métiers de conducteurs d’engins et pilotes d’aéronefs : tout se fera sous conduite automatique. Cela fera bien sourire mes petits-enfants que de leur raconter que je conduisais moi-même ma voiture ! Comme je peine aujourd’hui à imaginer ma grand-mère allant au lavoir ! Très certainement avant 2100 toutes les voitures seront pilotées à distance par un ordinateur central qui coordonnera toutes les trajectoires, optimisera tous les trajets. Nous n’aurons plus qu’à rentrer le lieu de destination et y serons rendus automatiquement. Des voitures qui se croisent au millimètre et plus d’embouteillages, plus de morts sur les routes, mais plus de conducteurs non plus…la conduite deviendra un sport de riche à pratiquer sur circuit.

La technologie viendra ainsi déprécier à son tour le travail de ce que Robert Reich appelle les «analystes du symbole» pour revenir favoriser provisoirement les talents communs à tout être humain : l’ordinateur est d’ores et déjà en mesure de battre le champion du monde d’échec mais reste incapable de reconnaître un visage, comme sait le faire un enfant de trois ans.

Parallèlement à l’émergence de l’intelligence artificielle qui bientôt s’immiscera partout dans nos vies se développe ce qu’il reste à dupliquer de l’être humain : son habileté physique, sa dextérité de mouvement. Mais déjà les travaux des japonais, avec le robot Asimo, laissent augurer de perspectives incroyables. Moins de soixante-dix ans séparent le premier vol d’un engin plus lourd que l’air (1903) du premier pas de l’homme sur la lune ! Le progrès avance à un rythme exponentiel depuis le début du XXème siècle. Quand on voit ce qu’Asimo sait déjà faire (courir en rond, monter des escaliers, taper dans un ballon, servir un plateau à une table, serrer la main, servir d’hôte d’accueil dans les salons), penser à ce qui sera possible demain fascine, fait rêver, ou peur à choisir…

Il est vrai que bientôt le métier d’ingénieur sera caduc alors que la machine ne sera pas encore en mesure de reproduire l’habileté de nos doigts, si bien que les services « manuels » (une coupe de cheveu, le jardinage, la chirurgie) deviendront temporairement plus chers qu’un certain nombre de services intellectuels…mais cela ne sera qu’éphémère, car les progrès de la bionique rattraperont ceux de l’intelligence artificielle, et tout sera faisable par les robots, les biens et services ne coûteront plus rien à faire en main d’œuvre, seulement le prix des matières premières nécessaires, qui elles –mêmes pourraient être produites en quantité suffisante pour contenter une population humaine que les démographes ne voient pas dépasser neuf milliards. Ainsi apparaîtront des restaurants où l’on se fera servir par des robots de la nourriture cuisinée « manuellement » à la façon des grands-chefs par des robots : le prix de la main d’œuvre ramené à zéro, ce repas ne coûtera presque plus rien. Pareil pour les interventions chirurgicales par exemple qui, grand progrès, seront accessibles à tous et partout pour rien. Nous vivrons sans doute comme jadis à Rome : de pain et de jeux, travailler ne sera plus nécessaire. On basculera alors dans la société d’abondance. En fait de nouvelles façons de faire payer les richesses devront apparaître. Le prix sera celui du temps qu’on sera prêt à attendre pour profiter de ces services quasi-gratuit.

Mais qui aura alors intérêt à innover dans ce monde ? Ce que rechercheront peut-être les humains à travers l’innovation et la création du neuf, du différent, ce ne sera plus le plus le profit mais l’estime des pairs, comme c’est déjà le cas dans le monde académique ou celui du logiciel libre. À moins que l’innovation ne devienne plus qu’un moyen de durer, de laisser son empreinte dans ce monde, d’y laisser son nom, comme cela a souvent été le cas depuis la renaissance de l’Ordre marchand dans les cités portuaires d’Italie et d’Europe du Nord au XIIème siècle ? Ou alors créer deviendra-t-il un moyen d’illustrer un altruisme universel dans lequel toutes les collectivités humaines verseront peu à peu? Celles-ci garderont peut-être l’envie d’entreprendre car éprises du besoin de se rendre utiles auprès d’autrui, et le feront via les « social business », comme les a théorisés Mohamed Yunus dans un ouvrage qui fera date : Vers un nouveau capitalisme.

Et encore n’ai-je parlé là que de la bionique à visage humain, qui n’est qu’une partie de ce que nous voudrons copier parmi ce que la nature et l’évolution ont engendré de « trouvailles » génétiques et de chefs-d’œuvre d’adaptation à la nature hostile ! En effet on voudra et saura bientôt reproduire le mouvement d’autres animaux : la capacité de certains lézards à marcher au plafond, la mobilité des insectes qui peuvent voler tout en prenant des virages à angle droit, inimaginables pour l’instant pour nos avions. Qui sait ce qu’on fera de ces futures avancées, sans doute le fruit de la recherche militaire. Souhaitons que la nécessité d’une action collective mondiale que rend inéluctable la mondialisation nous aura d’ici là conduit sur les chemins de l’humanité réunie et pacifiée. Mais au-delà de l’Homme, le pire sera sans doute à craindre quand intelligence artificielle et bionique pourront interagir : des logiciels pourront concevoir et créer seuls les plans de robots que fabriqueront ensuite d’autres machines. Ce que beaucoup d’auteurs ont imaginé ne sera pas loin de quitter la fiction.

Ce qui paraît enfin inaccessible à la machine, c’est notre faculté à rêver, à aimer, à faire rire, à faire de l’ironie, en fait à faire errer irrationnellement nos pensées sur d’improbables sentiers inexplorés. Les dernières élites enviées resteront les artistes au talent infalsifiable par la machine. Quoique…

Venez lire l’appel du 18 janvier 2008 et signer la pétition pour une mondialisation plus juste