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La Chine colonise-t-elle l’Afrique ? (1/3)

août 4, 2008

Un blog sur la mondialisation n’aurait pas de sens ni de saveur sans un billet sur ce phénomène Sud-Sud en marche sous nos yeux médusés ! Ce billet, le voici donc!

D’après Nicolas Sarkozy (ou plutôt Henri Guaino, sic) l’Homme africain ne serait pas encore entré dans l’Histoire (discours de Dakar, juillet 2007). Première mise au point : la vérité c’est qu’on l’y avait fait entrer manu militari : du début du XVIème à la mi-XIXème siècle, la traite Atlantique a arraché à leur terre 11 millions d’Africains, et du VIIème au XIXème, la traite musulmane en a déporté 17 millions vers l’Andalousie, l’empire ottoman, le Proche et Moyen-Orient ainsi que la Chine (force est d’ailleurs de constater que cette dernière traite n’a « curieusement » pas laissé de descendants).

Deuxième mise au point : l’Homme africain ENTRE dans l’histoire et la mondialisation ! Les investissements directs étrangers ont doublé depuis 2005. Ayons-en conscience, cela se passe sous nos yeux…et cela est largement dû à l’engagement très récent de la Chine sur le continent. Serge Michel et Michel Beuret le décrivent très bien dans « La Chinafrique » (livre que je ne saurais que trop vous recommander de lire), nouvelle chimère qui enterrerait la Françafrique ! La Chine offre à l’Afrique qui sort de la « décennie du chaos » (1991-2001) un horizon que nul n’aurait pu soupçonner il y a peu. Mais a priori, la Chine voudrait-elle coloniser l’Afrique qu’elle ne s’y prendrait pas autrement, en témoignent les données suivantes : au moins 450 000 Chinois en Afrique (contre 300 000 Français, mais à relativiser toutefois au regard des 100 millions de Chinois de la diaspora!), au moins 48 milliards de dollars d’argent public chinois investi, prêté ou donné, et un commerce bilatéral multiplié par 50 entre 1980 et 2005, par 5 entre 2000 et 2006 pour arriver à 55 milliards de dollars, chiffre qui devrait doubler d’ici à 2010. La Chine est désormais le deuxième partenaire commercial de l’Afrique à la place de la France.

Suite à ce déluge de chiffres, il convient maintenant de tenter de répondre clairement à la question inaugurale, « la Chine colonise-telle l’Afrique ? ». A cette fin je me propose de décomposer cette interrogation en trois problématiques : pourquoi la Chine s’intéresse-t-elle à l’Afrique ? Quelles sont les raisons de son succès ? Enfin quelles sont les points positifs et négatifs du « Grand Bond » de la Chine en Afrique ? Car il serait aberrant de dire que ce que fait la chine en Afrique est globalement positif, ou plutôt négatif…comme en toutes circonstances, nous sommes face à une situation complexe aux multiples facettes.

Pourquoi la Chine s’intéresse-t-elle à l’Afrique ?

  • Pour sortir de l’isolement diplomatique dans lequel la répression de Tiananmen de 1989 l’avait placée, la Chine voit dans les dirigeants africains des partenaires et alliés idéaux. En effet ils représentent un quart des voix à l’ONU et craignent eux-mêmes la contagion démocratique, synonyme de remise en cause de leurs privilèges léonins.
  • En 1995, Jiang Zemin proclame le nouveau mot d’ordre : « Sortez ». Les entreprises chinoises sont incitées à partir à la conquête des marchés extérieurs, et pour s’aguerrir, l’Afrique constitue le tremplin idéal, tant tout y est à faire. Le gouvernement n’hésite pas à financer toutes sortes de projets, de l’infrastructure monumentale type barrage à la simple exploitation forestière. En même temps de nombreux petits entrepreneurs multiplient les boutiques: l’Afrique constitue un marché de choix où écouler jouets, camelote, petite quincaillerie chinoise, motos : bref, toute la production industrielle chinoise.
  • Car elle a absolument besoin d’accroître ses approvisionnements en matières premières pour soutenir sa très forte croissance. Au premier rang desquelles le pétrole : on comptait 3 millions de voitures en 1999 en Chine, plus de 8 millions ont été vendues en 2007, et on s’attend à un parc de 100 millions de voitures en 2015, ce qui nécessitera d’importer l’équivalent…de la production pétrolière africaine. Les récentes découvertes de gisements en Afrique en font un eldorado : grâce à cette manne dans les douze ans à venir, les pays du golfe de Guinée devraient encaisser 1000 milliards de dollars de revenus, soit eux fois plus que ce que l’Occident a pu apporter à l’Afrique en cinquante ans !
  • Car les vague d’émigration chinoise qu’entraîne la politique africaine de Pékin demeure potentiellement un moyen d’atténuer la pression démographique et la trop forte croissance inflationniste se faisant au mépris de l’environnement. Certains scientifiques chinois vont même jusqu’à dire, sous couvert d’anonymat : « Nous avons 600 rivières en Chine, 400 sont durablement polluées…nous ne nous en sortirons pas sans envoyer 300 millions de personne en Afrique » (François Hauter, Figaro, 7 août 2007)

…dans le prochain article: quelles sont les raisons du succès de la Chine en Afrique?

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Brisons le cliché de la guerre bonne pour l’économie

juin 22, 2008

Certains trouvent comme rare point positif à la guerre le fait qu’elle serait bonne pour l’économie. Cette vision est héritée de la Seconde Guerre Mondiale où l’effort de guerre avait exigé une mobilisation totale de toutes les populations, notamment aux États-Unis, ce qui avait permis de sortir de la Grande Dépression en relançant l’économie et en stimulant l’industrie.

Mais aujourd’hui cette assertion est complètement fausse !

En effet, de nos jours, seule une minorité d’industries est concernée, de plus, pour la guerre en Iraq par exemple, une grande part des tâches d’approvisionnement et de logistique nécessaires à l’action américaine est confiée à des sous-traitants philippins ou népalais, ces dollars dépensés ne profitant clairement pas à l’économie américaine.

En fait l’effet « positif » que peut avoir la hausse des dépenses militaires sur l’économie est plus que mis à mal par au moins trois autres effets pernicieux:

  • Un climat d’incertitude géopolitique qui se traduit par une hausse des prix de l’énergie (si le conflit implique des pays producteurs, ou voisins de producteurs, ou même voisins de zones de transit, comme le détroit d’Ormuz). Ainsi, le prix du pétrole s’est remis à monter depuis 2003, date de l’invasion de l’Iraq par les Américains. Certes les experts s’attendaient à une hausse du fait de la demande chindienne (Chine + Inde), mais personne n’aurait imaginé voir le prix du baril passer de 25 dollars à 135 dollars en 5 ans ! (à ce titre, lire l’article « Mais pourquoi le pétrole monte-t-il autant ? »)
  • Un renoncement à d’autres dépenses. Ainsi Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie 2001, et Linda Bilmes, brillants auteurs de « Une guerre à 3 000 milliards de dollars » dénoncent que cette somme aurait pu servir à la construction de 8 millions de logements, à embaucher 15 millions de professeurs, à payer les soins de 530 millions d’enfants et les bourses d’études de 43 millions d’étudiants, ainsi qu’à fournir une couverture sociale pour cinquante ans à chaque Américains. Le Prix Nobel raille que les États-Unis ne donnent que 5 milliards de dollars par an pour la coopération et le développement en Afrique, 5 milliards de dollars, soit dix jours de combat de l’armée américaine…
  • Des coûts de long terme sur l’économie (pensions pour les vétérans, femmes/mères de vétérans obligés d’arrêter de travailler pour s’occuper de leur mari/fils devenu infirme, etc). Ainsi Joseph Stiglitz rapporte que près de 40% des 700 000 hommes engagés dans la première guerre du golfe, qui a duré juste un mois, peuvent prétendre aux pensions d’invalidité. La guerre actuelle dure depuis 5 ans…

Au final, en restant sur l’exemple américain, alors que l’économie américaine souffre de la vétusté de ses infrastructures, il est clair que « la guerre stimule moins l’économie que la construction de ponts ou d’hôpitaux » affirme Joseph Stiglitz.

« La guerre peut être nécessaire à la sécurité d’un pays, mais elle n’est pas bonne pour son économie, ni à court ni à long terme. » martèle notre ami Joseph Stiglitz !

Triste ironie, il faut aussi et malgré tout reconnaître à cette guerre d’Iraq d’immenses progrès scientifiques dans la conception et l’efficacité des prothèses médicales. Ce qui renforcera peut-être certains dans leur conviction que la guerre est le meilleur des stimulateurs pour l’innovation. C’est totalement faux ! Oui l’innovation à besoin d’incitations, mais la guerre n’est qu’un moyen d’en donner ! L’économie de marché en est un autre, que ce soit avec la recherche du profit pour les entreprises traditionnelles d’une part, ou la volonté de produire des bénéfices sociaux pour les « social businesses » de Mohammed Yunus d’autre part !

Ou mieux : des concours avec d’immenses primes à la clef ont toujours constitué de puissantes incitations à relever toutes sortes de défis pour les inventeurs et chercheurs de tous bords. Joseph Stiglitz propose de procéder ainsi pour pousser chercheurs et scientifiques à trouver les remèdes aux maladies qui s’abattent principalement sur le Tiers-Monde et dont se désintéressent les compagnies pharmaceutiques.

Pour conclure ce billet, voici quelques chiffres et faits en vrac qui font froid dans le dos et démontrent, si besoin en était, le cynisme de nos grands pays donneurs de leçons :

  • Les 5 plus grands exportateurs déclarés d’armes conventionnelles (avions, navires, véhicules blindés, canons, système radar, fusils, etc, toutes les armes sauf celles nucléaires, bactériologiques et chimiques) sont les cinq membres permanents du conseil de sécurité de l’ONU, à savoir États-Unis, Russie, Chine, France et Grande-Bretagne
  • Pendant la guerre Iran-Iraq (entre 600 000 et 1.2 million de morts), les pays occidentaux ont vendu des armes aux deux camps
  • Pendant la guerre des Malouines qui opposa Angleterre et Argentine en 1982, la France vendit des armes aux Argentins, et les moyens de les neutraliser aux Anglais….
  • La guerre civile en République Démocratique du Congo, largement nourrie par les trafics d’armes légères, a fait, entre 1996 et 2003……3,8 millions de morts !!!! (International Rescues Comitee), 3,8 millions de morts, rendez-vous compte, jamais le rapport (nombre de morts)/(couverture médiatique et conscientisation des opinions sur ce massacre) n’aura été aussi élevé il me semble !
  • Chaque année, 500 000 personnes en moyenne meurent à cause des armes légères (fusils, mitraillettes, pistolets, etc)
  • 900 millions d’armes légères circulent dans le monde, beaucoup sont issues des anciens stocks de l’armée rouge dispersés et objets de tous les trafics après l’écroulement de l’Union Soviétique
  • Les dépenses d’armement sont en hausse depuis 5 ans, plus du fait de la solvabilité des pays acheteurs que de la nécessité de se prémunir contre une menace avérée

(sources: SIPRI, institut de recherche basé à Stockholm)

Venez lire l’appel du 18 janvier 2008 et signer la pétition pour une mondialisation plus juste