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La Chine colonise-t-elle l’Afrique ? (3/3)

août 28, 2008

…suite et fin de l’article la Chine colonise-t-elle l’Afrique? (2/3)

Notre orgueil occidental conduit certains à dénoncer les dangers de cette Chine colonisatrice, qui reproduirait à bien plus grande échelle, avec les moyens industriels d’aujourd’hui et au mépris de l’environnement, les erreurs passées des Européens…qui prétendent maintenant se racheter une conduite en conditionnant leurs aides à des progrès dans la gouvernance et le respect des droits de l’homme.

Soyons clair : il y a du tout à fait bénéfique et du véritablement délétère dans l’action diplomatico-économique de la Chine en Afrique. Pour s’en faire une idée, plutôt que de s’épancher en une litanie de phrases bien tournées, énonçons plus sommairement les avantages et les inconvénients de cette Chinafrique ! Chacun sera alors à même de s’en faire une idée librement !

Les avantages :

  • Le financement et la construction clef en main de nombreuses infrastructures, partout (écoles, hôpitaux, autoroutes, réseau d’épuration et de distribution d’eau, zones résidentielles, etc), dont on connaît les effets multiplicatifs sur le secteur privé. Qui plus est ces projets reviennent moins chers grâce à une meilleure concurrence qui vient battre en brèche les anciennes situations de rente dont jouissaient certaines entreprises comme Bouygues.
  • Un pouvoir d’achat d’accru pour les populations africaines grâce aux nombreux produits importés en masse et proposés à un très bon prix
  • Une action parfois pacificatrice : en commerçant intensément avec tout le monde, la Chine se pose en intermédiaire efficace, elle a ainsi certainement contribué à calmer les tensions entre l’Egypte et le Soudan autour du débit du Nil. Sa présence au Congo refreine l’élan des rebellions à l’est du pays.

Les inconvénients :

  • Un soutien peu regardant apporté à un certain nombre de dirigeants kleptocrates, dictateurs confirmés, autocrates et autres chefaillons… (Mugabe au Zimbabwe, …), une indifférence au respect des droits de l’homme.
  • Une complicité flagrante dans certaines tentatives de putsch (contre Idriss Déby au Tchad par exemple)
  • La destruction de l’artisanat local et du petit commerce du fait de la déferlante de jouets, biens d’équipements, vêtements et autres objets industriels bons marchés importés massivement de Chine. Ainsi en 2005 le Swaziland, petit pays d’un million d’habitants, a perdu 12 000 emplois dans le textile, soit plus de 40% de ses effectifs sur ce secteur du seul fait de la concurrence chinoise ! Cependant cet inconvénient est en train de devenir un avantage pour certains pays africains: le Sénégal a mis fin à la distribution généreuse de visas aux Chinois tout en s’assurant de l’inverse en Chine, résultat ce sont maintenant les commerçants sénégalais qui y émigrent pour aller y importer directement les marchandises chinoises. Il ya maintenant plus de commerçants sénégalais en Chine que le contraire ! Si ce n’est pas une entrée dans la mondialisation ça !
  • La Chine prête des milliards de dollars à l’Afrique mais souvent l’argent ne quitte même pas la Chine, il sert à payer les entreprises chinoises choisies pour réaliser des projets pharaoniques, certes utiles, mais en employant des Chinois (d’où une sous utilisation de la main d’œuvre locale), qui mangent des légumes Chinois, parfois produits par des agriculteurs Chinois que l’on fait venir en Afrique…
  • Des normes environnementales largement bafouées, des parcs naturels défigurés par l’exploitation forestière et minière (Gabon, Congo, etc), des dégâts incommensurables par exemple sur le cheptel d’éléphants du fait de la demande chinoise en Ivoire (6000 à 12 000 bêtes seraient abattues chaque année au Soudan, en Centrafrique et au Tchad)
  • Des ventes d’armes qui alimentent des guérillas, des milices et des rebellions qui se rendent ensuite responsables d’atrocités et de crimes contre l’humanité. La Chine ne serait certes que le troisième fournisseur d’armes du continent, les Etats-Unis étant les premiers, mais il faut bien voir que même si la vente d’un avion de chasse équivaut peut-être à celle de 300 000 armes à feu, le résultat sur les populations ne sera pas le même. Ainsi seuls 12% des kalachnikovs en circulation dans le monde seraient de fabrication russe ! Le reste étant des faux chinois. De même, une grande portion des centaines de milliers de machettes utilisées lors du génocide rwandais venaient de Chine. Au Liberia, d’énormes stocks d’armes sont parvenus aux mains de Charles Taylor en 2001, en violation totale de l’embargo de l’ONU, en échange …de bois ! Des armes impliquées dans la mort de 300 000 personnes.
  • Enfin il faut bien avouer que la Chine reproduit l’équation coloniale : importations de produits primaires (bois, minerais, pétrole, coton, etc) contre exportation de biens industriels (à ceci près qu’aujourd’hui la hausse des cours des matières premières font la richesse de l’Afrique). Ce qui empêche l’Afrique de s’industrialiser. Et comme le soulignent Serge Michel et Michel Beuret : « A certains égards, elle commence à ressembler aux autres acteurs, avec ses cohortes de gardes de sécurité, ses chantiers qui s’enlisent, ses scandales de corruption et quoiqu’elle en dise, son mépris parfois, pour la population locale. »

Conclusion

La Chine met le pied à l’étrier de l’Afrique pour la faire monter sur le destrier de la mondialisation….c’est indéniable. Le renouveau de l’Afrique ne serait envisageable sans la force de frappe chinoise. Si les grands projets d’infrastructures, qui sont ce qu’il y a de plus positifs dans l’action chinoise, se poursuivent, on peut commencer dès maintenant à rêver d’une Afrique pacifiée, unifiée, où les ponts, routes, chemins de fer et réseaux de télécommunications permettront de désenclaver toutes les régions et de faire circuler librement hommes, capitaux, biens, services…et idées !

Là enfin où j’émets une réserve par rapport à la thèse défendue par les auteurs de « La Chinafrique » , c’est qu’ils excluent toute notion de néocolonialisme préméditée (qu’ils ont pourtant largement étayée par des exemples probants rapportés ici) en se contentant d’asséner qu’il n’y a que 900 entreprises chinoises dispersées en Afrique, contre 2000 à Singapour par exemple où la question du néocolonialisme est totalement absente de tout débat. Je crois au contraire qu’on assiste à une certaine forme de néocolonialisme, du moins d’emprise politico-économique, car ces entreprises ne sont peut-être qu’au nombre de 900, mais on y trouve entre autres les grandes compagnies d’Etat qui manient les milliards de dollars et peuvent façonner ce continent vierge à leur guise, en fonction des besoins de l’Empire du Milieu. Les Chinois apportent une aide incommensurable à l’Afrique malgré toutes les menaces sociales et environnementales qu’ils y font peser. Ils mettent les dirigeants africains dans la position inconfortable de leur être redevables de tout plus tard. Qui sait comment tout cela se terminera, à l’heure où certains experts considèrent comme inéluctable une guerre sino-américaine pour les ressources africaines dans les années 2020-20230 !

Sources : La Chinafrique; l’article « La revanche de l’Afrique », par Sylvie Brunel dans le trimestriel janvier 2008 des collections de L’Histoire ; interview de Lionel Zinsou, Le Monde, 30 sept 2007.

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La Chine colonise-t-elle l’Afrique ? (2/3)

août 21, 2008

…suite de l’article la Chine colonise-t-elle l’Afrique? (1/3)

Quelles sont les raisons du succès de la Chine en Afrique ?

  • D’abord le déclin de l’influence occidentale en général, et de la France en particulier, couplé au conditionnement des aides aux efforts de bonne gouvernance et de transparence (depuis la fin de la guerre froide), ce qui a le don d’irriter les potentats africains. Mais combien même la France souhaiterait-elle conserver une influence en Afrique, qu’elle ne le pourrait plus, elle n’en a plus les moyens, ni économique, ni militaire (l’opération Licorne de maintien de la paix en Côte d’Ivoire était très proche de la capacité maximale de projection de toute l’armée française). A la rigueur l’Union Européenne pourrait rivaliser avec la Chine, mais de là à ce qu’elle se mette d’accord sur une politique étrangère commune, il y a loin de la coupe aux lèvres. Aujourd’hui, les Occidentaux se complaisent à regarder ce continent qu’ils croient à tort en perdition avec misérabilisme, paternalisme et condescendance….alors qu’il se réveille justement, aidé par une Chine qui y voit de merveilleuses opportunités là où nous ne voyons que les ruines de l’époque coloniale, symbole de notre grandeur passée. Pour approfondir ce point je vous recommande l’article précédent « La mort de la Françafrique »
  • L’état dans lequel se trouvent certains pays, acculés à la misère et à la désorganisation chronique à cause des politiques ultralibérales du consensus de Washington (pour lequel le FMI reconnaît aujourd’hui s’être trompé) : privatisation sans avoir mis en place un environnement suffisamment concurrentiel, ouverture aux capitaux volatils, décentralisation sauvage (dont on a prouvé qu’elle a conduit à la famine de 2005 au Niger). Le Niger, pour reprendre cet exemple, se retrouve avant-dernier pour l’indicateur de développement humain, après 25 ans de politiques dictées par le FMI ! On a aussi du mal à imaginer que la moitié des parlementaires nigériens ne savent pas lire ! La Chine n’avait plus qu’à se baisser pour ramasser la confiance de ces pays.
  • L’obligation imposée par la Banque Mondiale (grâce lui soit rendue pour une fois) pour les pays africains de passer des appels d’offres pour tout projet d’infrastructures. Ce qui a permis à la compétitivité chinoise de s’exprimer à plein !
  • Car Pékin ne pose aucune condition politique à ses aides et prêts et s’abstient de tout discours moraliste. La Chine joue même la partition du grand frère également meurtri par la colonisation occidentale (les Occidentaux avaient forcé militairement la chine à s’ouvrir au commerce international dès 1858 ) et fait toujours en sorte de se mettre au niveau de ses interlocuteurs en se présentant comme un pays en voie de développement, ce qu’elle n’est plus. En effet elle est passée au niveau supérieur, c’est désormais un pays émergent, et non des moindres : la Chine, c’est 325 Singapour de plus, ou une bonne dizaine de Japon…
  • Car la Chine dispose d’énormes réserves de changes résultant de ses excédents commerciaux (plus de 1500 milliards de dollars fin 2007, les plus élevées au monde). Cet argent lui permet d’investir massivement sur le continent noir dans de vastes projets d’infrastructures, parfois tout simplement offerts aux pays africains. La Chine n’a ainsi aucun mal à trouver des partenaires avec qui traiter, et elle retourne un à un les pays qui s’étaient d’abord alliés à Taïwan. Comme l’écrit le président sénégalais Wade à son homologue taïwanais, juste après avoir changé son fusil d’épaule au profit de la Chine populaire : « Entre pays, il n’y a pas d’amis, que des intérêts »
  • Car la chine n’est pas une démocratie ! Elle peut donc allouer les milliards comme bons lui semble sans avoir à rendre de compte aux électeurs ou à leurs représentants. C’est ce qui la distingue de l’Inde qui reste plus frileuse en matière d’investissements : là où le Parlement indien rechigne à entériner le financement de certains projets en Afrique jugés peu rentables, la Chine n’a pas ce problème et n’hésite pas s’engager à perte, du moment que cela lui permet de mettre un pied dans le pays. La Chine mène d’une main de maître une stratégie de long terme et PREND des risques.
  • Car la Chine est capable de répondre à tous les appels d’offre et de projeter rapidement des dizaines de milliers d’ouvriers qui finissent les chantiers en un temps record, au grand dam des Bouygues et consorts. Elle propose des packages clé en main « barrage + usine, ce dont sont incapables les entreprises occidentales. Ses ouvriers et ingénieurs sont prêts à vivre chichement et ne réclament pas d’être logés à l’hôtel comme les Occidentaux. La « mentalité » chinoise et la relation au travail sont un atout de poids. Les Africains hallucinent devant leur capacité de travail que n’obère pas leur corpulence pourtant chétive : « Nous ne sommes pas comme eux. Nous avons une autre façon de vivre. Les Chinois, quand ils sont pressés, ils font les trois huit. Ils travaillent la nuit, mais les Congolais ne suivent plus… » Ou encore, pour le ministre des travaux publics algérien : « Les chinois sont une race à part. Nous aurions besoin de leur culture du travail rigoureuse ». Enfin les Chinois sont discrets, et ça les Africains apprécient, contrairement aux Occidentaux : « Les Américains surtout nous parlent de family values à longueur de journées mais quand ils arrivent à Luanda, ils se bourrent la gueule et sautent des putes. Les Chinois sont disciplinés, modestes, respectueux. S’ils touchent une Angolaise, ils sont renvoyés chez eux, et c’est très bien ainsi. »
  • Car la Chine ne laisse rien au hasard et entreprend une vraie stratégie de rapprochement en cherchant à circonvenir et amadouer les élites africaines par les ruses les plus convenues, dignes des romans d’espionnage. Un élu congolais raconte : « Je ne sais pas comment ils font, ils étudient chaque cadre, chaque ministre. Ils s’arrangent pour créer des relations amicales Une fois à table, j’ai fait la connaissance d’un grand patron du ministère du Commerce. Il m’a parlé de jazz et d’architecture gréco-romaine. Mon Dieu c’est exactement ce que j’aime ! Alors j’ai compris que tout était monté. Après on s’est rendu compte qu’ils avaient fait la même chose pour tous les ministres congolais…chacun son Chinois ! Attention, dans 10 ans le monde est à eux ! » (La Chinafrique, p. 132-133)
  • Enfin car la Chine pousse les cadres de ses grandes compagnies d’état à s’établir à leur compte pour mieux profiter des opportunités constatées sur place. Cette souplesse propre à l’initiative individuelle, soutenue par les capitaux prêtés par le gouvernement est un moteur indéniable de la « conquête » rampante des marchés africains.

…dans le prochain article: suite et fin, quels sont les points positifs et négatifs de la présence en Afrique?

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La Chine colonise-t-elle l’Afrique ? (1/3)

août 4, 2008

Un blog sur la mondialisation n’aurait pas de sens ni de saveur sans un billet sur ce phénomène Sud-Sud en marche sous nos yeux médusés ! Ce billet, le voici donc!

D’après Nicolas Sarkozy (ou plutôt Henri Guaino, sic) l’Homme africain ne serait pas encore entré dans l’Histoire (discours de Dakar, juillet 2007). Première mise au point : la vérité c’est qu’on l’y avait fait entrer manu militari : du début du XVIème à la mi-XIXème siècle, la traite Atlantique a arraché à leur terre 11 millions d’Africains, et du VIIème au XIXème, la traite musulmane en a déporté 17 millions vers l’Andalousie, l’empire ottoman, le Proche et Moyen-Orient ainsi que la Chine (force est d’ailleurs de constater que cette dernière traite n’a « curieusement » pas laissé de descendants).

Deuxième mise au point : l’Homme africain ENTRE dans l’histoire et la mondialisation ! Les investissements directs étrangers ont doublé depuis 2005. Ayons-en conscience, cela se passe sous nos yeux…et cela est largement dû à l’engagement très récent de la Chine sur le continent. Serge Michel et Michel Beuret le décrivent très bien dans « La Chinafrique » (livre que je ne saurais que trop vous recommander de lire), nouvelle chimère qui enterrerait la Françafrique ! La Chine offre à l’Afrique qui sort de la « décennie du chaos » (1991-2001) un horizon que nul n’aurait pu soupçonner il y a peu. Mais a priori, la Chine voudrait-elle coloniser l’Afrique qu’elle ne s’y prendrait pas autrement, en témoignent les données suivantes : au moins 450 000 Chinois en Afrique (contre 300 000 Français, mais à relativiser toutefois au regard des 100 millions de Chinois de la diaspora!), au moins 48 milliards de dollars d’argent public chinois investi, prêté ou donné, et un commerce bilatéral multiplié par 50 entre 1980 et 2005, par 5 entre 2000 et 2006 pour arriver à 55 milliards de dollars, chiffre qui devrait doubler d’ici à 2010. La Chine est désormais le deuxième partenaire commercial de l’Afrique à la place de la France.

Suite à ce déluge de chiffres, il convient maintenant de tenter de répondre clairement à la question inaugurale, « la Chine colonise-telle l’Afrique ? ». A cette fin je me propose de décomposer cette interrogation en trois problématiques : pourquoi la Chine s’intéresse-t-elle à l’Afrique ? Quelles sont les raisons de son succès ? Enfin quelles sont les points positifs et négatifs du « Grand Bond » de la Chine en Afrique ? Car il serait aberrant de dire que ce que fait la chine en Afrique est globalement positif, ou plutôt négatif…comme en toutes circonstances, nous sommes face à une situation complexe aux multiples facettes.

Pourquoi la Chine s’intéresse-t-elle à l’Afrique ?

  • Pour sortir de l’isolement diplomatique dans lequel la répression de Tiananmen de 1989 l’avait placée, la Chine voit dans les dirigeants africains des partenaires et alliés idéaux. En effet ils représentent un quart des voix à l’ONU et craignent eux-mêmes la contagion démocratique, synonyme de remise en cause de leurs privilèges léonins.
  • En 1995, Jiang Zemin proclame le nouveau mot d’ordre : « Sortez ». Les entreprises chinoises sont incitées à partir à la conquête des marchés extérieurs, et pour s’aguerrir, l’Afrique constitue le tremplin idéal, tant tout y est à faire. Le gouvernement n’hésite pas à financer toutes sortes de projets, de l’infrastructure monumentale type barrage à la simple exploitation forestière. En même temps de nombreux petits entrepreneurs multiplient les boutiques: l’Afrique constitue un marché de choix où écouler jouets, camelote, petite quincaillerie chinoise, motos : bref, toute la production industrielle chinoise.
  • Car elle a absolument besoin d’accroître ses approvisionnements en matières premières pour soutenir sa très forte croissance. Au premier rang desquelles le pétrole : on comptait 3 millions de voitures en 1999 en Chine, plus de 8 millions ont été vendues en 2007, et on s’attend à un parc de 100 millions de voitures en 2015, ce qui nécessitera d’importer l’équivalent…de la production pétrolière africaine. Les récentes découvertes de gisements en Afrique en font un eldorado : grâce à cette manne dans les douze ans à venir, les pays du golfe de Guinée devraient encaisser 1000 milliards de dollars de revenus, soit eux fois plus que ce que l’Occident a pu apporter à l’Afrique en cinquante ans !
  • Car les vague d’émigration chinoise qu’entraîne la politique africaine de Pékin demeure potentiellement un moyen d’atténuer la pression démographique et la trop forte croissance inflationniste se faisant au mépris de l’environnement. Certains scientifiques chinois vont même jusqu’à dire, sous couvert d’anonymat : « Nous avons 600 rivières en Chine, 400 sont durablement polluées…nous ne nous en sortirons pas sans envoyer 300 millions de personne en Afrique » (François Hauter, Figaro, 7 août 2007)

…dans le prochain article: quelles sont les raisons du succès de la Chine en Afrique?

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Quand des milliers de Chinois réclament justice…

juin 29, 2008

Nouveau fait divers en Chine qui déclenche l’ire de la population suite à la mort d’une adolescente qui aurait été violée et assassinée par le neveu d’un notable local: plusieurs milliers de personnes se sont rassemblés devant le commissariat de Wengan, puis l’ont caillassé et ont tenté d’y mettre le feu.afp/str

Les Chinois des campagnes n’hésitent plus à se soulever, excédés par l’écart grandissant de niveau de vie qui les séparent autant des villes que de la côte. Ils ne supportent plus ni l’inflation, ni la corruption à laquelle s’adonnent joyeusement les élites locales. Comme dans beaucoup de pays en développement, tout se monnaye contre des bakchichs: une place à l’hôpital, la disponibilité de la police…les fonctionnaires peu payés ne peuvent pas résister à la tentation.

Dans ces révoltes soudaines, les NTIC (téléphone mobile, internet) jouent un rôle prépondérant, permettant à l’information de se répandre au plus vite pour mobiliser l’opinion publique qui a traditionnellement toujours cherché à se tenir au courant et à dénoncer les abus de l’administration impériale via les dazibaos, l’ancêtre du blog . Les photos qui témoignent de ces évènements de subversion sont généralement prises avec les mobiles et uploadées sur des sites tenus par des Chinois de l’étranger, comme Boxun.

Ce à quoi on assiste, ce sont les spasmes d’un peuple qui s’éveille et revendique de façons de plus en plus affirmée sa soif de justice et d’équité, préalable à la soif de liberté….en témoigne l’inflation de personnels juridiques (avocats, juristes, etc) en Chine.

Le pouvoir ne peut rester insensible à ces revendications, sa stabilité en dépend, ils n’hésitent donc plus à sévir contre les incartades de certains hauts-responsables: l’ancien directeur de l’Administration d’Etat de Surveillance et de Contrôle des Aliments et des Médicaments a été exécuté en 2007 suite à des manquements à son devoir ayant entraîné la mort de nombreuses personnes; c’est le quatrième haut officiel chinois du rang de vice-ministre à être condamné à mort depuis 2000, signe de la volonté du parti unique communiste de se mettre efficacement au service de la population, en tant que moyen de faire de la Chine un géant…et accessoirement de se maintenir au pouvoir.

Je vous conseille de lire à ce propos, si vous ne l’aviez pas fait, l’article « La Chine demain une démocratie! »

La Chine, demain une démocratie!

avril 7, 2008

La Chine deviendra vraisemblablement une démocratie dans les années 2030 de par l’émergence d’une société civile de plus en plus conscientisée grâce d’une part à l’élévation de son niveau de vie, conséquence de la prospérité, et d’autre part aux nouvelles technologies qui permettent de plus en plus aux Chinois de se tenir au courant des abus et de se mobiliser pour faire pression sur le régime.

La Chine incarne à merveille les grands bouleversements qui affectent la grande aventure humaine, le XXIème siècle sera bel et bien celui de Chindia (Chine et Inde). Ce phénomène résulte d’une conjonction d’ingrédients réunis pour la première fois : les capitaux, la technologie, une main d’œuvre non qualifiée abondante, docile et très bon marché ainsi que la clef de voûte, l’accès aux marchés de pays développés. Il en résulte une formidable capacité à exporter, cette fameuse usine du monde qui abat ses concurrentes occidentales les une après les autres. Les gigantesques excédents commerciaux qu’engrange la Chine changent toute la donne géopolitique mondiale : le pivot du système financier mondial est en train de changer d’hémisphère !

Ce miracle économique a une incidence directe sur le niveau de vie des Chinois : une importante classe moyenne de 300 millions de personnes émerge et ne cesse de s’élargir, elle prend peu à peu conscience de ses droits !

Il faut bien comprendre l’ampleur du chemin parcouru vers la démocratie depuis l’ouverture du régime au monde et à l’économie de marché orchestrée par Deng Xiaoping à la fin des années 1970, après onze siècles d’enfermement. Tout s’accélère depuis les évènements de Tiananmen. Au niveau des communes, les représentants de l’autorité ne sont plus nommés depuis Pékin, ils sont choisis suite à des élections, certes cloisonnées à l’intérieur du Parti, mais qui donnent lieu malgré tout à une compétition très rude entre les prétendants qui en viennent à adopter des postures démagogiques, chacun promettant de mieux contribuer que les autres aux grands objectifs fixés par la doctrine officielle, à savoir une croissance plus harmonieuse et mieux partagée avec les campagnes enclavées, la lutte contre la corruption et la préservation de l’environnement.

Force des images, impact des moyens de communication. Lorsque l’opinion publique se mobilise en s’envoyant des dizaines de millions de textos suite à une vaste pollution, elle parvient à faire ployer le gouvernement, l’obligeant à agir : on est bien là en présence des prémices de la démocratie, car le pouvoir fait ce que demande le peuple, celui-là est ainsi presque souverain.

Dans notre discussion sur l’omnipotence supposée du pouvoir central, il faut rappeler que Mao disait déjà qu’il ne contrôlait pas la banlieue de Pékin. En effet la Chine est un territoire immense et les autorités ont un mal fou à se faire entendre des pouvoirs locaux qui n’en font qu’à leur tête, d’où la nomination récente de super-ministres censés donner une meilleure lisibilité à l’action du gouvernement dans les provinces. Jusqu’à maintenant cette action se brouillait dans une cacophonie mettant aux prises des organes aux compétences transversales d’où émanaient souvent des directives contradictoires.

L’économie de marché est génératrice d’inégalités mais n’en est pas moins cruellement efficace. Elle a permis de sortir plus de 300 millions de Chinois de la pauvreté, si bien que les entreprises doivent maintenant s’enfoncer de plus en plus profondément vers l’ouest de la Chine pour trouver de la main d’œuvre bon marché, ce qui nécessite des investissements productifs très lourds. Car la conséquence de cette folle croissance de la Chine sur l’émergence de la démocratie c’est en fin de compte que la nouvelle génération de mingongs (les migrants chinois) a tout à fait conscience qu’elle a des droits à faire valoir là où la précédente ne voulait qu’un salaire ! Les employeurs, s’ils veulent trouver des travailleurs, sont donc peu à peu contraints de mettre en place des contrats à durée indéterminée et de verser des cotisations sociales : un véritable droit du travail protégeant les employés est en train de s’affirmer, voilà un exemple concret illustrant comment la prospérité économique conduit peu à peu à un meilleur respect des individus, préalable à l’établissement de la démocratie. L’inflation du nombre d’avocats et de personnels juridiques est un autre indice qui ne trompe pas. C’est le même scénario que celui connu en France à la fin du XIXème siècle en pleine révolution industrielle. Laissons le temps à la Chine, elle ne peut pas faire en trente ans ce que nous avons fait en deux cent vingt ans.

Certes la paix des cimetières qui caractérise la politique de Pékin au Tibet est inadmissible, nous devons la condamner, surtout à l’approche des JO qui lui ont été confiés en 2001 sous réserve que les droits de l’homme soient mieux respectés. Mais soyons conscients que la mondialisation des images, l’hypermédiatisation confère une caisse de résonnance incroyable à toutes les persécutions, et ici aux évènements du Tibet, qui ont laissé sur le carreau deux cent morts –ce qui est bien sûr trop- là on la Chine de Mao tuait plus d’un million de personnes lors de l’invasion du Tibet dans les années 1950. Toute personne rationnelle ne pourra que convenir qu’on a changé d’ordre de grandeur, et qu’il s’agit là d’un progrès, certes insuffisant.

La Chine est très attentive à son image, et la légitimité du régime aux yeux du peuple dépend en grande partie de sa crédibilité sur la scène internationale. Avec un tel couteau médiatique sous la gorge de Pékin, Hu Jintao se retrouve dans une position très inconfortable. La Chine sait qu’elle ne peut plus réprimer comme bon lui semble toutes les aspirations au changement dans les provinces lointaines. Elle est consciente de la très mauvaise publicité qu’ont été les évènements de 1989 pour le régime.

Le rôle des internautes, même si les autorités entendent verrouiller la toile, est primordial : ils parviennent malgré tout à se mobiliser pour défendre certaines causes au coup par coup, relayant même en temps réel certaines photos des troubles. Ainsi en mars 2003, la mort de Sun Zhigang, jeune designer, tabassé à mort par la police dans un centre de détention de Canton avait suscité l’ire des bloggeurs sur le net et déclenché une vive polémique si bien que les autorités avaient cédé devant ce vent de protestation en décrétant l’abolition de ce type de centre !

Le régime communiste ne tient que parce que sa conduite des affaires est suffisamment efficace pour fournir chaque année des millions d’emplois aux Chinois arrivant en ville. Le jour où ce ne sera plus le cas et où l’inflation deviendra insupportable, le régime s’effondrera de lui-même. Une simple promotion sur l’huile dans un Carrefour de Chongking déclenche une émeute et cause trois morts, une broutille au regard des dizaines de milliers de jacqueries, au sens propre, survenant chaque année dans les campagnes, grandes perdantes pour l’instant de ce national-capitalisme réservant ses miracles au pourtour côtier. La propriété est reconnue sauf pour le foncier qui reste du domaine de l’état : résultat, les paysans restent des quasi-serfs, rackettés par des fonctionnaires locaux corrompus à souhait !

Mais ce qui se dit globalement en Chine, c’est « tant que je gagne ma vie, ça va, mais le jour où on aura plus rien à manger, ils entendront parler de nous ! »…et des centaines millions d’individus en colère, cela s’entend, quelque soit les forces de police en face ! On l’aura compris, c’est l’économie la clef de voûte de ce communisme politique de façade. Alors certes, restons vigilants plus que jamais, mettons ce régime face à ses contradictions, dénonçons sa propagande puante et les images compassées qu’elle nous projette, mais faisons confiance à cette classe moyenne qui plus vite qu’on ne le croit redonnera sa souveraineté entière au peuple !

TJ

Venez lire l’appel du 18 janvier 2008 et signer la pétition pour une mondialisation plus juste!

Extrait : « …je voudrais vous parler d’une ouvrière chinoise, Xia, qui travaille volontairement 12 heures par jours, 7 jour sur 7 dans l’usine Jingyu dans des vapeurs de solvants cancérigènes. Une jeune femme, parmi tant d’autres, que rien ni personne ne protège : si elle s’évanouit deux fois dans la même journée, elle est licenciée ! Outre la pénibilité actuelle de son travail, Xia vivra beaucoup moins longtemps que nous ! Xia peint les jouets que nos chères têtes blondes ont eus à Noël ! Honte sur nous ! Mobilisons nous, pour qu’éclate au grand jour un débat salutaire sur la question, pour mettre la pression sur nos dirigeants pour qu’eux-mêmes la mettent sur le gouvernement chinois, à l’approche des Jeux Olympiques ! Les Chinois, eux-mêmes, commencent à se plaindre de leurs trop grands excédents commerciaux ! Et bien, s’ils veulent que leurs exportations croissent un peu moins vite, à nous, démocraties, de leur dire que cela peut déjà passer par le simple respect de la durée du travail hebdomadaire limite fixée par l’OIT, Organisation Internationale du Travail!… »

Venez lire l’appel du 18 janvier 2008 et signer la pétition pour une mondialisation plus juste!