Posts Tagged ‘capitalisme’

Les trois composantes de notre temps (2/2)

septembre 12, 2008

Suite de l’article « Les 3 composantes de notre temps (1/2) »

Sans m’appesantir sur une de leurs conséquences remarquables que sera l’allongement et la meilleure compréhension de la vie, deux bouleversements majeurs sont à la clef pour l’humanité. D’une part on parviendra bientôt à reproduire parfaitement la dextérité manuelle de l’homme, sa capacité à se mouvoir aisément, à se lever, à marcher, courir, tourner, prendre un objet, le déposer, etc. D’autre part d’énormes progrès seront faits en intelligence artificielle qui permettront aux logiciels de comprendre le langage, d’analyser un texte, d’en déduire les points les plus importants, de les hiérarchiser, de résumer un texte à la longueur souhaitée. Les machines pourront bien sûr traduire parfaitement toutes les langues, ce qui aura pour délicieuse conséquence de faire tomber la dernière des barrières qui sépare encore les hommes et les blogosphères. Comme j’ai déjà pu le suggérer, la majore de promo d’Harvard en 2035 sera peut-être une étudiante africaine ne parlant que le swahili… Mieux encore, les machines pourront comprendre une question, et y répondre en parfait « français », « anglais » ou autre, en fonction du degré de concision attendu. Une véritable révolution vous dis-je, déjà évoquée dans ce précédent article. Le jour où ces deux phénomènes inévitables arriveront à maturité, possiblement avant 2100, certainement avant 2200 compte tenu de ce qu’on sait déjà faire (regardez donc la vidéo!) et de l’allure toujours croissante à laquelle avance le progrès scientifique, tous les métiers manuels et intellectuels seront condamnés, précipitant vers le chômage quasiment toute la population active.

Mais d’un autre côté, le coût des produits et services chutera drastiquement : tout deviendra abordable et ces Humains oisifs n’auront peut-être plus qu’à profiter « du pain et des jeux » gracieusement mis à disposition par un système autogéré. Un système optimal qui alliera ressources renouvelables et renouvelées à des coûts de conception, fabrication et distribution quasi nuls garantissant ainsi l’abondance. Sans doute aurons-nous alors dépassé le capitalisme, pour arriver au vrai communisme comme l’avait théorisé Marx. Les tâches les plus dures à imiter resteront l’humour et les arts, mais je pense qu’on y parviendra aussi, ne serait-ce que parce que composer, par exemple, « ce n’est que » créer une association inédite de notes avec une dose de hasard, paramétrée pour plaire à telle ou telle culture, telle ou telle oreille, un processus qu’il n’est pas à mon sens difficile d’imaginer un jour reproductible « mécaniquement ».

C’est pourtant ce qui arrivera, avant 2100 compte tenu de ce qu’on sait déjà faire et de la vitesse du progrès

3. Enfin la dernière des composantes qui, je crois, définit le monde d’aujourd’hui mais surtout de demain, c’est l’émergence et l’affirmation d’une nation humaine. La vie en société est un fait indissociable de l’homme, c’est inhérent à notre nature, nous n’avons pas besoin de le rechercher, c’est notre instinct, l’instinct grégaire. Par contre dimension et structure des sociétés n’ont toujours été que pures constructions de l’esprit humain. Les Hommes d’hier et d’aujourd’hui se sont divisés en langues, religions, pays, cultures…mais quelque chose nous dit que tout ceci reste « artificiel » : pourquoi une religion serait-elle mieux qu’une autre ? Nous savons tous qu’au fond nous appartenons à la même communauté, et que notre immense dénominateur commun, c’est le genre humain. L’Humanité me fait parfois penser à un simple être humain, ou plutôt à un enfant âgé de deux ans qui peine à comprendre que ce qu’il voit dans un miroir, c’est bien lui, c’est sa propre image. Oui, je pense que l’humanité en tant qu’espèce n’a que deux ans d’âge mental. Car elle prend à peine conscience se son unité, de son unicité, de ce qu’elle n’est qu’une. Cette prise de conscience, certains l’ont déjà eue, ont essayé et essaient de l’inculquer à nous tous : ce sont les visionnaires, les humanistes, les universalistes, les Prix Nobel de la Paix, les grands sages, les anonymes qui travaillent dans l’humanitaire, et tout ceux qui trouvent leur bonheur dans l’altruisme et le don de soi. MAIS si nous en sommes encore à nous entretuer dans certaines parties du monde, ou simplement à nous quereller alors qu’agir est notre devoir immédiat à tous pour aider à sortir de la pauvreté ceux qui s’y démènent encore, c’est bien parce que, collectivement, au niveau de l’espèce, le déclic n’a pas eu lieu, l’humanité dans sa majorité ne s’est pas encore reconnu dans le miroir, elle ne s’y voit aujourd’hui que de façon floue. Et pourtant, je suis convaincu que les traits se précisent, que nous ne nous autodétruirons pas.

Il me semble qu’à l’image de l’Union Européenne, les nations vont et devraient chercher à se regrouper en sous-ensembles régionaux sur des critères qui nous rassemblent et nous ressemblent (a priori en laissant donc à la sphère privée les religions) afin de faire face aux défis supranationaux et d’atteindre la paix perpétuelle. Cette mutation ne pourrait être d’ailleurs qu’une étape vers la constitution d’une vaste fédération mondiale. Ces sous-ensembles régionaux, préludes à un « ensemble mondial » fonctionneront d’autant mieux qu’ils se seront dotés d’un outil pour se comprendre au-delà d’un simple anglais d’aéroport, je parle d’une seconde langue commune.

D’après les démographes, L’Humanité atteindra son pic en 2050 avec 9 milliards d’individus, mais ne croîtra alors plus car toutes les sociétés auront achevé leur transition démographique. Et dire que ces neuf milliards que nous serons en 2050 ne sont les descendants que des quelques milliers d’Homo Sapiens qui vivaient il a de ça 100 000 ans, eux-mêmes seuls descendants de la lignée Homo à avoir survécu, ou plutôt à s’être imposés au détriment des espèces cousines et concurrentes ! Même pas de quoi remplir un virage du Stade de France ! Et c’est pourtant de là que tout est parti ! Tout ce que nous connaissons et dont nous profitons vient de ces milliers de bipèdes qui gambadaient nus ou presque dans une nature hostile. Temps et espace se sont ensuite efforcés de diviser cette communauté première. Celle-ci s’est diversifiée en petits groupes partis peupler les quatre coins du monde, se dotant chacun d’une culture, d’une langue, d’une cosmogonie et d’une religion. Le climat a donné à chaque groupe sa couleur de peau. Puis la vapeur s’est inversé, comme on l’a dit les progrès de la science et l’essor de l’économie de marché n’ont cessé de réduire temps et espace pour qu’aujourd’hui nous ne soyons à nouveau presque plus qu’un. Voici le village global dont parlait Marshal MacLuhan ! La boucle est bouclée.

Enfin presque ! Car ce dépassement des nations ne sera possible que si au préalable a été effacé ce que l’historien Marc Ferro appelle le « ressenti historique », qui affecte les peuples humiliés. Toutes les minorités bafouées à qui on a nié le droit à l’autodétermination devront d’abord pouvoir choisir leur destin. Cela va poser d’immenses problèmes à la Chine et la Russie dont l’intégrité territoriale sera très certainement remise en question le jour où le niveau de vie, l’opinion et la pression publiques seront tels qu’il leur deviendra intenable de réprimer les velléités autonomistes. Je vois d’abord pour les états et régions où l’ethnie au pouvoir impose ses volontés aux minorités (les Kurdes, les Tibétains, les Tchétchènes, Palestiniens, etc) une fragmentation en nations libres et enfin souveraines ; on pourra alors ensuite assister au processus inverse de rassemblement, mais cette fois fondé sur l’équité et le respect, où tous les états traiteront d’égal à égal. Et quand toutes les plaies aurons été pansées et les humiliations apaisées, l’on pourra bâtir cette nation humaine à partir d’un éventail de briques culturelles reconnues et respectées de tous. Enfin cela laisse en suspens la question fondamentale avancée par Christophe Barbier dans un de ses éditos de l’Express: « A quel niveau de fragmentation tribale la revendication identitaire cesse-t-elle d’être légitime? »

Mais ne nous lamentons pas trop sur le sort qu’une telle utopie réserve aux nations, ces entités fictives résultant d’un « nation-building »  plus ou moins long (de quelques millénaires pour les plus anciennes, à quelques dizaines d’années, voire mois pour les plus jeunes !). Les mythologies nationales ne sont bien souvent le fait, il faut bien l’avouer, que d’une « propagande » nécessaire à la cohésion de la société. Trop d’États sont de toute façon artificiels. Entre autres, la Belgique et l’Iraq. Sans parler de tous les pays d’Afrique où la Nation n’a pas de sens, où l’ethnie prévaut et continue de miner les démocraties naissantes, puisqu’on y choisit d’abord l’homme se son clan. Le Congo ex-Zaïre est un exemple parmi tant d’autres, à qui on a donné à l’indépendance un drapeau, un hymne, des frontières, mais tout cela ne veut rien dire dans ces contrées multiethniques, et il ne faut pas craindre de voir l’échelon national perdre de l’importance au profit de l’échelon régional, continental et même mondial. Je suis Français certes, mais je me sens surtout Terrien francophone.

Nous sommes décidemment les heureux contemporains d’une époque incroyable tant elle nous réserve de surprises. Nos ancêtres étaient habitués à l’immuable, à l’éternelle succession des saisons et des ans, sans que rien ou presque ne change et ne soit remis en question. Je peine à réaliser qu’il y a moins de différences entre l’enfance rurale de mon grand-père et celle de son ancêtre du moyen-âge, qu’entre la sienne et la mienne ! C’est dire ! Je souhaite vivre le plus longtemps possible en partie pour voir jusqu’où nous mènera cette aventure fantastique, guidée par ces trois axes que sont l’économie de marché, la science, et leur corollaire commun, l’unification de l’Humanité. J’espère aussi pouvoir tout au long de ma vie et à mon modeste niveau œuvrer à cette prise de conscience collective. Car plus nous attendons, plus de gens auront à souffrir encore inutilement.

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Les trois composantes de notre temps (1/2)

septembre 7, 2008

Notre monde est en pleine mutation : jamais les repères n’ont bougé aussi vite, jamais les idées n’ont autant circulé, jamais les Hommes n’ont eu une telle conscience d’eux-mêmes. Et jamais autant de Terriens ne sont sortis aussi vite de la pauvreté, 400 cents millions ces 30 dernières années, surtout en Chine.

Nous vivons une époque fascinante et dans ce dédale d’implications complexes, trois grandes composantes définissent à mon sens la situation dans laquelle se trouve l’Humanité : l’avènement de l’économie de marché au niveau mondial, l’accélération du progrès technique et la dernière, conséquente des deux premières, l’émergence d’une Nation humaine.

1. L’économie de marché s’est imposée aux yeux de tous comme la façon la plus efficace de créer et répartir la richesse depuis la chute de l’Union Soviétique, épuisée par une « guerre des étoiles » que le fiasco communiste ne pouvait plus financer. Malgré les errements du FMI des années 90 qui a voulu imposé sa doctrine ultralibérale à tort, tous les pays qui ont adopté les canons de l’économie de marché (liberté d’entreprendre, respect de la propriété privée, accès au crédit, liberté de fixer les prix, liberté de choisir son travail, maintien d’un contexte concurrentiel, état de droit, etc), par étape et sans tomber dans l’excès (sans s’ouvrir complètement par exemple aux flux de capitaux à court terme particulièrement déstabilisateurs) ont largement amélioré leur sort. Hormis l’Occident qui domine le monde (même si c’est bientôt terminé) parce qu’il a été le premier à appliquer ces principes, c’est le Japon qui a ainsi inauguré ce vent nouveau de modernisation, ont suivi les quatre dragons asiatiques (Taïwan, Hong-Kong, Singapour et la Corée du Sud), puis la Chine, et l’Inde, le Brésil…ce souffle de modernité ne tardera pas à balayer le monde islamique contrairement à ce que prophétisent les Cassandres obnubilées par une menace terroriste exagérée, et ce en passant par le pivot que constitue le Pakistan. L’Afrique aussi, qui sort de la décennie du chaos, fait preuve d’une dynamique encourageante.

Même si les Hommes aiment repousser toujours plus loin les limites du capitalisme en éprouvant de nouveaux instruments financiers (les Américains les premiers, ces apprentis-sorciers du capitalisme !), force est de reconnaître que les nombreux retours de flamme et autres crises économiques traversées ont considérablement apporté à notre compréhension de tous ces mécanismes complexes, et les économistes en ont développé une connaissance suffisamment poussée pour ne pas reproduire les erreurs majeures du passé. Ainsi par exemple c’est après la crise de 29 que l’on s’est rendu compte que le budget pouvait être plus qu’un simple moyen de faire fonctionner l’État : auparavant jamais politiques budgétaire et monétaires n’auraient été conçues comme moyens de sortir d’une crise, en baissant les impôts et en diminuant les taux d’intérêts, et ce pour favoriser l’emprunt des entreprises et particuliers et donc la reprise (ce qu’on appelle des politiques keynésiennes). Aujourd’hui, même si la débâcle des subprimes peut sonner comme le réquisitoire du capitalisme, n’oublions pas que c’est l’action concertée des principales banques centrales, en injectant des liquidités, qui a évité un assèchement préjudiciable du crédit, raison première de la propagation de la crise de 1929. La crise serait donc bien pire sans cette intervention…et les États-Unis que tout le monde voyait en récession ne le sont pas en fin de compte…contrairement à l’Europe qui va y rentrer : car l’économie américaine est bien plus dynamique, le travail bien plus flexible, l’immigration plus importante (n’oublions pas que d’ici à 2050 l’Amérique va gagner 100 millions d’habitants, et l’Europe en perdre 20 !).

Néanmoins,  « l’économie de marché consacrée » est encore bien loin d’avoir porté tous ses fruits. De la même manière qu’au XIXème siècle elle n’a pu s’épanouir dans chaque pays que parce qu’un État fort y faisait respecter des lois jugées équitables, notre économie mondialisée devra tôt ou tard se doter d’une gouvernance digne de ce nom. Cette gouvernance devra être transparente, représentative, garante des intérêts de tous et dotés de réels moyens coercitifs. Elle aura pour mission, entre autres, d’orchestrer un commerce international qui profite à tous. En effet gardons à l’esprit que la libéralisation du commerce produit plus de gagnants que de perdants, et qu’on devrait donc être en mesure d’indemniser ces perdants. Cette gouvernance mondiale qu’on devrait tous appeler de nos vœux pourra alors faire face aux enjeux supranationaux que sont entre autres le changement climatique et l’accès à l’eau et à l’énergie. Ceci correspond à une approche « de haut en bas », il faut l’associer à une approche «de bas en haut » en venant donner directement une chance à chaque être humain d’utiliser le potentiel qu’il recèle. J’entends par là donner accès à tous au crédit, ce formidable levier économique dont même (surtout) les pauvres savent faire bon usage, comme l’a brillamment démontré le professeur Mohamed Yunus.

2. La seconde composante fondamentale caractérisant l’aventure humaine est l’essor incomparable que connaissent les sciences. Tout s’accélère frénétiquement. On a coutume de dire que les révolutions technologiques ont toujours deux penchants : une nouvelle façon de faire circuler l’information et un nouveau moyen de produire de l’énergie. C’est ce qui s’est passé avec le charbon et la machine à vapeur qui ont permis le développement du chemin de fer et des bateaux steamers (démocratisant l’émigration aux États-Unis) associé au télégraphe qui lui-même a permis l’émergence de grandes Bourses de commerce du fait d’un jeu entre l’offre et la demande qui pouvait alors s’exercer en temps réel avec un prix unique pour chaque marchandise. Les autres bouleversements, on les connaît, ce sont le moteur à essence et la voiture, le téléphone, la radio…et plus récemment la télévision, l’énergie nucléaire, le transistor, prélude à l’ordinateur et l’informatique, le numérique, les télécommunications par satellite, internet, la téléphonie sans fil, la géolocalisation, les nouvelles générations d’éoliennes et de cellules photovoltaïques permettant le véritable décollage des énergies renouvelables… Tout ceci modifie notre rapport au temps et à l’espace et poursuit le double objectif suivant : d’une part transporter hommes et marchandises partout et le plus rapidement possible, d’autre part communiquer avec n’importe qui et avoir accès à toute la connaissance humaine partout et tout le temps, le tout le moins cher possible ! Il est d’ailleurs important de souligner que c’est bien souvent l’armée américaine et la NASA qui ont été à l’origine des dernières percées scientifiques, dans un contexte où la maîtrise du ciel et de l’espace impliquaient de pouvoir réaliser des calculs prodigieusement compliqués. Cette puissance de calcul a très vite était déployée dans la finance permettant la mise au point de nouveaux outils à même de déceler les moindres imperfections du marché, partout, tout le temps. Et maintenant c’est le grand public qui en profite à travers les jeux vidéo, le cinéma d’animation 3D, etc.

S’il est un mot qui devait qualifier notre ère technologique, c’est bien « le réseau » : nous assistons à la mise en réseau progressive du monde à tout les niveaux. On le conçoit tout à fait du point de vue des NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information), mais apprêtons-nous à le voir arriver pour ce qui est de l’énergie : bientôt, les scientifiques nous disent, chacun sera producteur d’électricité car l’on saura récupérer toutes les énergies aujourd’hui autant gâchées qu’insaisissables (le vent qui balaye la façade de ma maison, le mouvement de portes que j’ouvre et je ferme des milliers de fois par an chez moi, etc), on saura stocker cette énergie dans des piles à hydrogène, et l’on pourra enfin en déverser le surplus dans un vaste réseau mondial, exactement à l’image d’internet…producteurs et consommateurs d’informations et d’énergie…

Mais là ne parle-t-on finalement que d’aujourd’hui, voire de demain matin. Voici les sciences de demain soir et d’après demain qui vont véritablement révolutionner nos vies au point de faire passer les scénaristes de « Matrix » pour d’ennuyeux conteurs à l’imagination limitée : nanotechnologies, biotechnologies, génie génétique, neurosciences, bionique, robotique et intelligence artificielle. Sans m’appesantir sur une de leurs conséquences remarquables que sera l’allongement et la meilleure compréhension de la vie, deux bouleversements majeurs sont à la clef pour l’humanité: d’une part….(la suite dans la deuxième et dernière partie!)

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La Chine, demain une démocratie!

avril 7, 2008

La Chine deviendra vraisemblablement une démocratie dans les années 2030 de par l’émergence d’une société civile de plus en plus conscientisée grâce d’une part à l’élévation de son niveau de vie, conséquence de la prospérité, et d’autre part aux nouvelles technologies qui permettent de plus en plus aux Chinois de se tenir au courant des abus et de se mobiliser pour faire pression sur le régime.

La Chine incarne à merveille les grands bouleversements qui affectent la grande aventure humaine, le XXIème siècle sera bel et bien celui de Chindia (Chine et Inde). Ce phénomène résulte d’une conjonction d’ingrédients réunis pour la première fois : les capitaux, la technologie, une main d’œuvre non qualifiée abondante, docile et très bon marché ainsi que la clef de voûte, l’accès aux marchés de pays développés. Il en résulte une formidable capacité à exporter, cette fameuse usine du monde qui abat ses concurrentes occidentales les une après les autres. Les gigantesques excédents commerciaux qu’engrange la Chine changent toute la donne géopolitique mondiale : le pivot du système financier mondial est en train de changer d’hémisphère !

Ce miracle économique a une incidence directe sur le niveau de vie des Chinois : une importante classe moyenne de 300 millions de personnes émerge et ne cesse de s’élargir, elle prend peu à peu conscience de ses droits !

Il faut bien comprendre l’ampleur du chemin parcouru vers la démocratie depuis l’ouverture du régime au monde et à l’économie de marché orchestrée par Deng Xiaoping à la fin des années 1970, après onze siècles d’enfermement. Tout s’accélère depuis les évènements de Tiananmen. Au niveau des communes, les représentants de l’autorité ne sont plus nommés depuis Pékin, ils sont choisis suite à des élections, certes cloisonnées à l’intérieur du Parti, mais qui donnent lieu malgré tout à une compétition très rude entre les prétendants qui en viennent à adopter des postures démagogiques, chacun promettant de mieux contribuer que les autres aux grands objectifs fixés par la doctrine officielle, à savoir une croissance plus harmonieuse et mieux partagée avec les campagnes enclavées, la lutte contre la corruption et la préservation de l’environnement.

Force des images, impact des moyens de communication. Lorsque l’opinion publique se mobilise en s’envoyant des dizaines de millions de textos suite à une vaste pollution, elle parvient à faire ployer le gouvernement, l’obligeant à agir : on est bien là en présence des prémices de la démocratie, car le pouvoir fait ce que demande le peuple, celui-là est ainsi presque souverain.

Dans notre discussion sur l’omnipotence supposée du pouvoir central, il faut rappeler que Mao disait déjà qu’il ne contrôlait pas la banlieue de Pékin. En effet la Chine est un territoire immense et les autorités ont un mal fou à se faire entendre des pouvoirs locaux qui n’en font qu’à leur tête, d’où la nomination récente de super-ministres censés donner une meilleure lisibilité à l’action du gouvernement dans les provinces. Jusqu’à maintenant cette action se brouillait dans une cacophonie mettant aux prises des organes aux compétences transversales d’où émanaient souvent des directives contradictoires.

L’économie de marché est génératrice d’inégalités mais n’en est pas moins cruellement efficace. Elle a permis de sortir plus de 300 millions de Chinois de la pauvreté, si bien que les entreprises doivent maintenant s’enfoncer de plus en plus profondément vers l’ouest de la Chine pour trouver de la main d’œuvre bon marché, ce qui nécessite des investissements productifs très lourds. Car la conséquence de cette folle croissance de la Chine sur l’émergence de la démocratie c’est en fin de compte que la nouvelle génération de mingongs (les migrants chinois) a tout à fait conscience qu’elle a des droits à faire valoir là où la précédente ne voulait qu’un salaire ! Les employeurs, s’ils veulent trouver des travailleurs, sont donc peu à peu contraints de mettre en place des contrats à durée indéterminée et de verser des cotisations sociales : un véritable droit du travail protégeant les employés est en train de s’affirmer, voilà un exemple concret illustrant comment la prospérité économique conduit peu à peu à un meilleur respect des individus, préalable à l’établissement de la démocratie. L’inflation du nombre d’avocats et de personnels juridiques est un autre indice qui ne trompe pas. C’est le même scénario que celui connu en France à la fin du XIXème siècle en pleine révolution industrielle. Laissons le temps à la Chine, elle ne peut pas faire en trente ans ce que nous avons fait en deux cent vingt ans.

Certes la paix des cimetières qui caractérise la politique de Pékin au Tibet est inadmissible, nous devons la condamner, surtout à l’approche des JO qui lui ont été confiés en 2001 sous réserve que les droits de l’homme soient mieux respectés. Mais soyons conscients que la mondialisation des images, l’hypermédiatisation confère une caisse de résonnance incroyable à toutes les persécutions, et ici aux évènements du Tibet, qui ont laissé sur le carreau deux cent morts –ce qui est bien sûr trop- là on la Chine de Mao tuait plus d’un million de personnes lors de l’invasion du Tibet dans les années 1950. Toute personne rationnelle ne pourra que convenir qu’on a changé d’ordre de grandeur, et qu’il s’agit là d’un progrès, certes insuffisant.

La Chine est très attentive à son image, et la légitimité du régime aux yeux du peuple dépend en grande partie de sa crédibilité sur la scène internationale. Avec un tel couteau médiatique sous la gorge de Pékin, Hu Jintao se retrouve dans une position très inconfortable. La Chine sait qu’elle ne peut plus réprimer comme bon lui semble toutes les aspirations au changement dans les provinces lointaines. Elle est consciente de la très mauvaise publicité qu’ont été les évènements de 1989 pour le régime.

Le rôle des internautes, même si les autorités entendent verrouiller la toile, est primordial : ils parviennent malgré tout à se mobiliser pour défendre certaines causes au coup par coup, relayant même en temps réel certaines photos des troubles. Ainsi en mars 2003, la mort de Sun Zhigang, jeune designer, tabassé à mort par la police dans un centre de détention de Canton avait suscité l’ire des bloggeurs sur le net et déclenché une vive polémique si bien que les autorités avaient cédé devant ce vent de protestation en décrétant l’abolition de ce type de centre !

Le régime communiste ne tient que parce que sa conduite des affaires est suffisamment efficace pour fournir chaque année des millions d’emplois aux Chinois arrivant en ville. Le jour où ce ne sera plus le cas et où l’inflation deviendra insupportable, le régime s’effondrera de lui-même. Une simple promotion sur l’huile dans un Carrefour de Chongking déclenche une émeute et cause trois morts, une broutille au regard des dizaines de milliers de jacqueries, au sens propre, survenant chaque année dans les campagnes, grandes perdantes pour l’instant de ce national-capitalisme réservant ses miracles au pourtour côtier. La propriété est reconnue sauf pour le foncier qui reste du domaine de l’état : résultat, les paysans restent des quasi-serfs, rackettés par des fonctionnaires locaux corrompus à souhait !

Mais ce qui se dit globalement en Chine, c’est « tant que je gagne ma vie, ça va, mais le jour où on aura plus rien à manger, ils entendront parler de nous ! »…et des centaines millions d’individus en colère, cela s’entend, quelque soit les forces de police en face ! On l’aura compris, c’est l’économie la clef de voûte de ce communisme politique de façade. Alors certes, restons vigilants plus que jamais, mettons ce régime face à ses contradictions, dénonçons sa propagande puante et les images compassées qu’elle nous projette, mais faisons confiance à cette classe moyenne qui plus vite qu’on ne le croit redonnera sa souveraineté entière au peuple !

TJ

Venez lire l’appel du 18 janvier 2008 et signer la pétition pour une mondialisation plus juste!

Extrait : « …je voudrais vous parler d’une ouvrière chinoise, Xia, qui travaille volontairement 12 heures par jours, 7 jour sur 7 dans l’usine Jingyu dans des vapeurs de solvants cancérigènes. Une jeune femme, parmi tant d’autres, que rien ni personne ne protège : si elle s’évanouit deux fois dans la même journée, elle est licenciée ! Outre la pénibilité actuelle de son travail, Xia vivra beaucoup moins longtemps que nous ! Xia peint les jouets que nos chères têtes blondes ont eus à Noël ! Honte sur nous ! Mobilisons nous, pour qu’éclate au grand jour un débat salutaire sur la question, pour mettre la pression sur nos dirigeants pour qu’eux-mêmes la mettent sur le gouvernement chinois, à l’approche des Jeux Olympiques ! Les Chinois, eux-mêmes, commencent à se plaindre de leurs trop grands excédents commerciaux ! Et bien, s’ils veulent que leurs exportations croissent un peu moins vite, à nous, démocraties, de leur dire que cela peut déjà passer par le simple respect de la durée du travail hebdomadaire limite fixée par l’OIT, Organisation Internationale du Travail!… »

Venez lire l’appel du 18 janvier 2008 et signer la pétition pour une mondialisation plus juste!

Plaidoyer pour un capitalisme éclairé

avril 2, 2008

En janvier dernier, alors que je lisais les journaux, quelle ne fut pas ma surprise en tombant sur un article qui correspondait parfaitement à l’idée que je me faisais du chemin que devrait prendre notre mondialisation. J’ai immédiatement souhaité en rencontrer l’auteur avec qui je suis parvenu à prendre contact peu après. Il s’agit de Bernard Esambert, un des premiers à parler de mondialisation, dès 1977, dans son livre Le Troisième conflit mondial. Bernard Esambert  a été entre autres le conseiller industriel de Georges Pompidou, le directeur du Crédit Lyonnais, le président de la Compagnie financière Edmond de Rothschild, le président de l’École Polytechnique, le vice-président des groupes Bolloré et Lagardère. Il préside aujourd’hui l’Advisory Board de la banque ARJIL où il a accepté de me recevoir il y a quelques semaines. Pendant une heure des plus intéressantes, nous avons discuté et échangé cordialement nos vues sur la tournure que prenait la mondialisation et sur le rôle que pouvait jouer internet dans l’émergence d’une opinion publique mondiale susceptible de réclamer le changement. Il m’a apporté son soutien et m’a permis de publier sur ce blog son article que je vous propose ici. 

Plaidoyer pour un capitalisme éclairé (7 janvier 2008) 

L’espèce humaine ressemble furieusement à un véhicule en pleine accélération, conduit par d’innombrables pilotes vers un avenir incertain.

Tout a commencé dans les années 1960 quand le commerce mondial s’est mis à croître beaucoup plus rapidement que la richesse (le PNB) mondiale. Les progrès à un rythme effréné des moyens de transport des produits et des informations ont accéléré le mouvement.

 Aujourd’hui les échanges internationaux représentent plus du tiers du PNB mondial et nous travaillons tous plus d’un jour sur trois pour l’exportation. Les exportations d’usine puis de laboratoires de recherche pour suivre et naturaliser les produits, donc les transferts de capitaux, ont suivi.

Ainsi est née la mondialisation dont on nous rebat les oreilles. La libéralisation des marchés ainsi que la financiarisation de la sphère économique ont fait le reste, et nous vivons désormais dans un monde de marchands produisant massivement du confort matériel, des services et des images. Le contexte est celui d’un combat économique qui a transformé la planète en champ de bataille, sans morale ni spiritualité. Si sur le plan matériel le libéralisme des temps modernes a apporté la satisfaction des besoins vitaux à des centaines de millions d’individus, il a creusé l’écart entre une société de consommation qui déborde de biens matériels pour les uns sans procurer un minimum vital décent pour les autres.

Il s’agit dorénavant d’envisager un libéralisme éclairé prenant en considération la notion de solidarité au sein de l’espèce humaine. Sans oublier la justice, l’un des tout premiers mots inventé par le Sapiens Sapiens. Les États responsables de la préparation de l’avenir sont devenus des Etats du palliatif, dispensateur de protections et de consolations. Partout l’injustice est dénoncée mais elle persiste sous de multiples visages, tel celui, honteux, du chômage.La mondialisation s’est développée beaucoup plus rapidement que ses nécessaires régulations et l’apparition d’un code éthique au niveau mondial.

C’est sur ces deux plans qu’il convient désormais d’agir pour mettre de l’ordre dans notre image du monde et pour que le libéralisme, remarquable facteur de développement, reste un moyen et ne se transforme pas en une religion sans garde-fous.  

Du côté du manque de régulation, au-delà de la dispersion des organismes (l’ONU, l’OTAN et les Etats-Unis pour la gendarmerie du monde, la Banque mondiale, le FMI, le G8 pour l’économie, …), tous datant des années 40, à l’O.M.C. près d’ailleurs imaginée dans les accords de Bretton-Woods, deux exemples : les facteurs de compétition intègrent les formes anormales de travail (des enfants,…), des écarts de salaires décourageant même la créativité, des parités monétaires totalement artificielles (le Yuan chinois versus toutes les autres monnaies). Ces facteurs sont surveillés par l’OMC, le BIT et le G8 qui s’ignorent totalement. Quand on sait par exemple qu’une dévaluation de 10% d’une monnaie (G8) est équivalente à un droit de douane de 10% (OMC), il apparaît à l’évidence que le monde ne pourra faire l’économie d’une organisation confédérale lui permettant de mettre de l’ordre dans ce que j’appelle pour ma part depuis près de quarante ans la guerre économique.

Dans le domaine pharmaceutique, le sort des génériques dont on connaît l’importance pour les populations du tiers-monde touchées par le Sida, dépend de l’OMS et de l’OMC sans grand dialogue entre ces deux organismes.

D’innombrables enceintes se sont cependant créées pour pallier la vacuité d’une véritable gouvernance mondiale : G7, G20, G4,…Des milliers d’organisations émanant de la société civile (dont 2000 ONG) ont vu le jour dont le mérite est de vouloir rendre équitable le processus de mondialisation.

Un conseil de sécurité économique et social a été imaginé dont les pouvoirs s’inspireraient de ceux qu’exerce le conseil de sécurité de l’ONU sur le plan politique. Ce bouillonnement de la société civile débouchant sur d’innombrables forums mondiaux qu’aucune frontière ne peut bloquer montre à l’évidence que le monde devra passer à un degré supérieur d’organisation. Au moment même où les Etats érigent des murets de fortune pour se protéger de la globalisation.  

Restera le problème le plus important. La planète a pris la route des choses oubliant celle de l’esprit, mais il ne sert à rien de danser la danse du scalp devant le libéralisme. Il faut simplement le doter d’un code moral qui le rende acceptable (supportable ?) à la majorité. Qui définitivement supprime le travail des enfants, établisse définitivement la parité hommes-femmes, supprime les enrichissements insolents et sans cause, crée une véritable solidarité avec les éclopés de la croissance. Qui recrée un peu de vertu et de grâce dans le système en déclinant l’immense désir de justice et de dignité de l’homme du vingt et unième siècle.  

Comment ? Le besoin de spiritualité (dont témoignent hélas les excès des sectes) démontre que les principales religions monothéistes ne peuvent être tenues à l’écart d’un tel processus, y compris le bouddhisme, la sagesse de quelques hindouistes,  la religion des droits de l’homme dont les très beaux textes fondateurs figurent dans le statut des Nations Unis et dans notre constitution. Il y a dans ces réservoirs de connaissance et d’éthique de quoi puiser quelques principes.  

Rêvons d’un dialogue entre Averroès, Maïmonide, Saint Thomas d’Aquin et Aristote qui réanimerait l’entrelacs des révélations et de la raison. D’un pari de Pascal étendu à l’ensemble de l’irrationnel et du rationnel. La raison et la foi s’adossant, quoi de plus humain pour faire face à nos interrogations.

Une sagesse peut s’en dégager, libre d’ailleurs de toute tutelle religieuse car résultant de la pluralité religieuse surtout si l’on fait également appel à quelques prix Nobel de la paix, responsables d’O.N.G., grands scientifiques et philosophes connus pour leurs qualités humaines (des « entrepreneurs d’humanité »).

Car nous sommes tous des enfants d’Abraham, de la raison, de la sagesse. L’Islam n’est pas forcément la solution, pas davantage que le seul christianisme ou le judaïsme. C’est leur somme qui peut nous rapprocher du ciel ou du sens, sans nous faire perdre le contact avec le sol. A condition que nous abattions nos idoles sources d’égoïsme et d’intolérance pour ajouter à l’important chiffrable l’essentiel qui échappe au chiffre. Il arrive que des idées déchirent la pensée comme des poids trop lourds déchirent les muscles. 

Un code éthique élaboré par un tel cénacle consoliderait de jeunes démocraties un peu partout dans le monde, freinerait l’absentéisme du cœur qui accompagne souvent la concurrence sans frein. Plus trivialement, il pourrait conduire de nombreux cadres supérieurs, acteurs du CAC 40 à renoncer à des avantages souvent exorbitants. Ce sont les notions de solidarité, de générosité, d’altruisme qui font de l’homme une espèce supérieure. Il est urgent de modérer la passion de la concurrence avec un peu de cet amour du prochain.

On peut parfaitement n’avoir pour ambition que de prolonger sa vie et ses plaisirs sans l’humiliation de la vieillesse et de la maladie. Mais il n’est pas interdit de rêver au partage d’une authentique condition humaine. Il y a des « biens publics mondiaux » tels que la santé, l’eau, le maintien d’une planète habitable qui nous obligent à lire notre devoir dans le regard de nos enfants. En n’oubliant pas que le bien risque de fabriquer l’enfer. Sauf à emporter le Livre, le violon, et l’écoute dans notre voyage sur terre. 

Bernard Esambert