Les approximations sur l’Afrique de Guy Sorman

avril 18, 2009

Cher Monsieur Sorman,

J’apprécie votre plume, vos idées, vos analyses, la façon dont vous mettez ici en perspective l’actualité…mais je ne peux m’empêcher de relever les quelques approximations constatées dans votre revue du livre de Dambisa Moyo, Dead Aid : Why Aid Is Not Working and How There Is a Better Way for Africa, et plus particulièrement dans les critiques que vous formulez à son encontre.

« Moyo fails to acknowledge the role played by the artificial geography of African states. The borders inherited from colonialism have doomed most sub-Saharan nations to tribal warfare. All African countries since independence have been disrupted by civil wars. »
En gros, les guerres civiles qui affligent l’Afrique seraient dues au tracé des frontières qui n’aurait pas fait correspondre à chaque pays une ethnie, autrement dit c’est la diversité ethnique des pays qui serait la principale raison des guerres civiles.
C’est INEXACT: Paul Collier, l’éminent spécialiste de la pauvreté en Afrique (et dit en passant le directeur de thèse de Dambisa Moyo) nous dit « Let’s move to another illusion: that all civil war is based in ethnic strife. This may seem self-evident if you go by newspaper accounts, but I have come to doubt it. Most societies that are at peace have more than one ethnic group. And one of the few low-income countries that is ethnically pure, Somalia, had a bloody civil war followed by complete and persistent government meltdown. Statistically, there is not much evidence of a relationship between ethnic diversity and proneness to civil war. We do find some effect: societies that have one goup that is large enough to form a majority of the population, but where other groups are still significant -what we call « ethnic dominance »- are indeed more at risk. But this effect is not huge, and most of societies that make up the bottom billion (the poorest billion people on Earth) are too diverse for any one group to be this dominant. People from different ethnic groups may not like each other, and there may be a noisy discourse of mutual accusation. But there is a big gap between interethnic dislike and civil war. »
La pauvreté est, il est vrai, souvent due à la guerre civile, mais celle ci ne découle que rarement, finalement, de la diversité ethnique, mais plutôt justement de bas revenus, d’absence de croissance (un cercle vicieux donc, Paul Collier parle de « conflict trap ») et/ou de l’existence de ressources naturelles, autant de rentes stables que conférerait la prise du pouvoir.

Vous devriez aussi savoir, cher Guy Sorman, que s’il avait fallu donner à chaque ethnie son pays, ce n’est pas une quarantaine de pays africains qu’on aurait, mais des milliers, et qui peut croire que cela arrangerait la situation, à l’heure où on essaie justement de dépasser le cadre des nations pour tenter de répondre péniblement aux enjeux globaux de ce siècle? Avec des milliers d’états africains, les pays enclavés seraient encore plus nombreux, sans accès à la mer, pris dans le piège « landlocked with bad neighbors » mis en évidence par Paul Collier. En termes de lutte contre la pauvreté d’après lui, l’histoire n’aurait jamais dû permettre à ces zones enclavées (Burkina Faso, Rwanda, etc.) de devenir des nations, car sans accès direct à la mer, elles sont entièrement dépendantes de leurs voisins qui n’ont aucun intérêt direct à fournir ces biens publics régionaux que sont les infrastructures de transport. Et par une curieuse ironie de l’histoire on peut sans doute arguer que le découpage colonial favorisait en fait la formation d’ensemble ayant un accès à la mer (puisque fondé sur les exportations), alors que c’est la résistance des sociétés et tribus retranchées dans l’arrière-pays qui a conduit à l’apparition d’états enclavés. Quand un continent peuplés de milliers d’ethnies les plus diverses accède à l’indépendance et doit entrer dans le cadre westphalien des nations, les frontières héritées de la coloniation sont sans doute la moins pire des solutions. Et félicitons nous de ce que la plupart des chefs d’états africains aient eu jusqu’ici la sagesse d’y adhérer. Gardons aussi à l’esprit que cette règle aléatoire du « tracé à la règle », qui semble ne pas se soucier des carcatéristiques géologiques, hydrauliques et forestières, avait été adoptée à la conférence de Berlin en 1885 notamment pour maximiser les chances de répartition équitable des ressources naturelles, qui pourraient être ensuite découvertes, entre les acteurs européens, et dont d’ailleurs ne parviennent pas à profiter aujourd’hui les pays africains (mal hollandais, corruption, etc.). C’est précisément cette stratégie qui a présidé au découpage des Etats-Unis en patchwork d’états quadrilatéraux (même s’il est vrai que c’était plus simple dans ce cas, l’Ouest américain étant alors quasi inhabité).

Pour ce qui est des investissements chinois dans les infrastructures, ils sont bienvenus, mais on peut s’interroger par exemple sur la robustesse des barrages construits, quand même chez eux les Chinois ne respectent pas les normes de sécurité, on peut aussi se demander si les inconvénients de la Chinafrique ne dépassent pas les avantages.

Pour en revenir à la thèse de Dambisa Moyo, je crois qu’elle aurait mieux fait de rester dans les pas de son directeur de thèse, à savoir que, certes, l’aide est insuffisante, elle cesse en fait d’être efficace (quand elle l’est!) au-delà de 16% du PIB, mais qu’elle est loin d’être inutile, elle reste même fondamentalement nécessaire, mais doit être couplée à trois autres stratégies:
1. Interventions armées immédiates en cas de conflits ou d’abus, maintien d’une force d’occupation internationale le temps nécessaire.
2. Edification de chartes de bonne conduite et de classements faisant pression sur les mauvais dirigeants; préparation de plans d’action prêts à l’emploi, adaptés à ces pays, dont pourraient se saisir facilement et rapidement les hommes politiques disposés à faire changer les choses, avant que les intérêts menacés n’aient le temps de se mobiliser pour faire échouer les velléités de réforme.
3.Révision des accords comemrciaux entre l’Afrique et le reste du monde.
Ces mesures doivent être associées intelligemment, s’enchaîner de façon opportune, dans des proportions et un ordre précis.

Avant de donner des leçons sur la pauvreté en Afrique, Guy Sorman, vous devriez peut-être commencer par lire le livre qui fait autorité en la matière, « The Bottom Billion: why the poorest countries are failing and what can be done about it« .

Amicalement,

TJ

« The Bottom Billion » – Le Piège du conflit récurrent

avril 18, 2009

« The Bottom Billion : why the poorest countries are failing and what can be done about it ». C’est le titre de l’ouvrage écrit par Paul Collier,  professeur d’économie et directeur du Centre pour l’Étude des Économies Africaines à Oxford, également ancien directeur de la recherche sur le développement à la Banque Mondiale. Ce livre, publié en 2007, fait autorité dans le milieu, c’est  déjà devenu un classique pour tous ceux qui s’intéressent de près  ou de loin à la cause du développement et de la lutte contre la pauvreté.

Par « bottom billion » (ci-après BB), l’auteur désigne le milliard d’êtres humains habitant dans les pays les plus pauvres.

En termes de développement, Paul Collier affirme que le plus gros du travail a été fait ces 40 dernières années et un grand nombre de pays dont l’Inde et la Chine  se sont définitivement placés sur les rails de la prospérité. Mais le plus dur reste à faire pour le BB, dont les revenus ont diminué de 5% lors des années 90 quant ceux du reste de l’humanité augmentaient.

Première idée reçue, la croissance économique du pays n’est pas un des moyens les plus efficaces de réduire la pauvreté. C’est faux, « en général, la croissance économique profite aussi aux petites gens. Le problème du Milliard d’en bas n’est pas qu’il a eu le mauvais type de croissance, ni qu’il n’a pas eu une croissance pro-pauvre ou durable, mais qu’il n’a pas eu de croissance du tout ! »

Le problème de la pauvreté persistante du BB est en fait moins compliqué à résoudre que ceux que l’humanité a péniblement affrontés au cours du XXème siècle, mais sa résolution suppose une refonte en profondeur des stratégies d’aide ainsi que la mise en œuvre de coopérations inédites entre les gouvernements et les institutions internationales.

Les pays du BB sont empêtrés dans au moins un des 4 pièges à pauvreté identifiés par Paul Collier. Voici dans cet article un résumé du chapitre traitant du premier piège, celui du conflit récurrent, balayant un certain nombre d’idées toutes faites.

Le piège du conflit récurrent

Paul Collier a prouvé statistiquement quels étaient les facteurs favorisant le plus la survenue d’une guerre civil : de bas revenus, une croissance faible,  l’importance des matières premières dans l’économie du pays, et très accessoirement la diversité ethnique et la géographie (un grand pays avec une population dispersée et des zones montagneuses est un peu plus à risque, car il offre des refuges naturels aux guérillas). Il a aussi déterminé les facteurs qui ne changeaient rien, et son travail vient ainsi tordre le cou à de nombreuses idées préconçues ! Il a notamment mis à jour que répression politique/ethnique, fortes inégalités de revenus ou passé colonial n’augmentaient pas les risques de guerre civile !

On apprend également qu’un conflit interétatique dure en moyenne 6 mois, contre 7 ans pour une guerre civile,  réduisant en moyenne sur cette durée le PIB du pays d’environ 15%, et que « la moitié des pays sortant d’une guerre civile y replongent dans les dix ans qui suivent (la chute du prix des kalashnikovs consécutif à une guerre y est pour beaucoup), les pays à bas revenus étant particulièrement exposés ».  La moitié des coûts d’une guerre civile apparaissent après sa fin, sous forme de pertes économiques ou de dégradation de la santé publique (malnutrition, maladies). Le recrutement pour les rébellions découle rarement de l’adhésion à une volonté de restaurer un ordre juste mais concerne le plus souvent des hommes jeunes, sans éducation et sans famille, ce sont les trois principaux facteurs. Une personne lésée par l’action/l’inaction de l’état ne serait en fait étonnamment pas plus encline qu’une qui ne le serait pas à faire usage de la violence. Il n’y aurait par ailleurs aucune relation tangible entre la propension d’une région à basculer dans la violence et le degré d’équipement en infrastructures sanitaires, routières, etc.

Paul Collier nous dit par exemple : « Un pays comme la République Démocratique du Congo (ancien Zaïre) a besoin de 50 ans de paix continue, au rythme de croissance actuel, pour seulement retrouver son niveau de revenu de 1960. Ses chances de connaître une telle stabilité sont des plus minces, compte tenu de ses bas revenus, de sa croissance faible, de son passif en termes de conflits et de son excessive dépendance des exportations de matières premières. »

Les coups d’état sont l’autre forme de violence affectant les pays pris dans le « piège du conflit récurrent ». Les principaux facteurs sont de bas revenus, une croissance faible et le fait d’en avoir déjà subi dans un passé pas trop lointain, vient ensuite la présence d’un groupe ethnique dominant. Par contre, l’existence de larges ressources naturelles ne joue pas de rôle significatif. Cela peut s’expliquer par le fait que pour fomenter un coup d’état, nul besoin de se reposer sur la richesse naturelle du pays, car c’est bien souvent le fait de personnalités proches du pouvoir parvenant à instrumentaliser l’armée et renversant le gouvernement de façon expéditive, alors qu’une guerilla, elle, prend du temps et ne peut germer bien souvent que parce qu’elle est en mesure de se financer en prenant le contrôle d’une mine ou de champs de pétrole.

Enfin, il se trouve que le caractère démocratique d’un état ne le met aucunement à l’abri d’une guerre civile ou d’un coup d’état, c’est la capacité à créer les conditions d’une croissance économique soutenue qui compte le plus. On parle ici de « piège » car plus un pays est pauvre, plus il aura tendance à se reposer sur ses seules richesses naturelles, et plus il risquera de connaître une guerre civile, et les pays en guerre s’appauvrissent encore plus, ont plus de chance de rechuter, etc. Paul Collier en conclut que ces pays du BB pris dans le piège du conflit ne pourront s’en sortir seuls.

Pourquoi Israël doit négocier si elle veut survivre!

janvier 18, 2009

Avant toute chose, qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, je condamne fermement les méthodes terroristes du Hamas, mais je cherche à comprendre pourquoi on en est arrivé là.

Israël, pour répondre à la pluie de roquettes tombées sur elle à l’issue de la trêve de six mois conclues avec le Hamas, a décidé de montrer sa force, quitte à tomber dans la disproportion : un déluge de feu s’est abattu sur la bande de Gaza, on compte déjà plus de 850 victimes dont 250 enfants et 100 femmes. Il faut souligner que le Hamas en joue, tire depuis des zones civiles, afin de se cacher derrière sa population, violant là les lois de la guerre, mais en même temps, quand plus d’un million de personnes s’entassent dans une prison à ciel ouvert de 10km de large et de 50km de long, il ne reste plus beaucoup de zones non-civiles… Enfin Hamas vise des zones civiles, c’est inadmissible (d’ailleurs, ces roquettes, compte tenu de leur caractère artisanal et donc aléatoire auraient en fait tué plus de Palestiniens que d’Israéliens…), mais ce qui est encore plus inadmissible, c’est pour celui qui est le plus fort, de répondre en sachant que pour tuer 1 combattant du Hamas, on va tuer 20 civils dont la moitié de femmes et d’enfants.

Que croient les Israéliens ? Qu’ils peuvent éradiquer le Hamas ? Le Hamas au pouvoir est le résultat d’élections législatives gagnées en janvier 2006. Comme cela arrive souvent dans un pays plongé dans la misère, une guerre civile a éclaté en juin 2007 dans la bande de Gaza entre Fatah et Hamas, chacun cherchant à éliminer l’autre, Israël prenant d’ailleurs un plaisir coupable à attiser ces divisions, et c’est le Hamas qui s’est finalement imposé. Les Israéliens pourront toujours tuer autant de chefs militaires qu’ils le veulent, cela ne détruira pas le Hamas car le Hamas, avant d’être un mouvement, est l’incarnation du désespoir et de la colère des Palestiniens. Si le Hamas disparaît, un autre mouvement naîtra, pire que le Hamas, car la terreur orchestrée par Israël ne pourra que générer de la haine d’Israël, chez les Palestiniens comme dans le reste du monde: comme disait un éditorialiste d’Haaretz, « la violence ne fait pas partie de la solution mais du problème ».

Israël a le droit de se défendre, son ambassadeur disait le dimanche 11 janvier dans l’émission Riposte : « imaginez que la Belgique vous bombarde depuis des années, qu’attendriez-vous de vos dirigeants ? » La seule différence c’est que la Belgique n’occupe pas une partie de la France, ne l’a pas coupée en deux, ne l’étouffe pas économiquement en lui imposant le niveau de vie que l’on sait, ne nous a pas fait fuir par centaines de milliers hors de notre pays. Petite différence. L’ambassadeur de répliquer, « combien de colons à Gaza ? » Effectivement, les Israéliens s’en sont retirés. Mais pourquoi faire l’insulte aux Palestiniens de penser qu’ils ne forment pas un peuple, même si leur « terre » se réduit maintenant à deux territoires disjoints. On arrive à mon sens au cœur du problème : la colonisation rampante en Cisjordanie. Les autorités israéliennes soulignent les progrès économiques constatés en Cisjordanie, arguant qu’elle est sur la bonne voie…mais comment dire que la Cisjordanie est sur une bonne pente quand son territoire n’est plus réduit qu’à une somme d’îlots enclavés entre lesquels il est des plus difficiles de circuler. La Cisjordanie, grêlée de colonies qui ne sont pas prêtes d’être démantelées, n’est pas une entité viable économiquement ! Elle ne pourra jamais être un État en l’état (sans mauvais jeu de mot !), presque la moitié de son propre territoire (si ce n’est plus) est tout simplement inaccessible ou soumis à restriction par Israël (cf carte du magazine Time du 19 janvier, page 16, ou ici). Car en définitive, si il existait un consensus, douloureux, chez les Israéliens pour évacuer les colonies à Gaza, il y en a aussi un pour dire que les colonies en Cisjordanie (la Judée-Samarie biblique), ne seront jamais démantelées, elles !

Et je ne parle même pas du partage de Jérusalem, du droit que s’arroge Israël de filtrer l’accès aux lieux saints…

Ni de la question du retour des réfugiés… Mais quand même, permettez-moi un mot ! Les conflits israélo-arabes, tous remportés par Israël, ont contraint à l’exode des centaines de milliers de Palestiniens essentiellement au Liban, ceux-ci et leurs descendants s’entassent maintenant dans des prisons à ciel ouvert dans des conditions indicibles. C’est simple, Israël refuse tout simplement le droit de ces Palestiniens de revenir sur leur terre, et je ne parle pas d’Israël, ni de Gaza déjà surpeuplé mais de Cisjordanie. Mais de quel droit ? Est-il une autre nation pour accepter ça ?

Je tombe ensuite sur le numéro 30002 de l’Express, dont je suis un fidèle lecteur. J’apprécie tout particulièrement les plumes de Christophe Barbier et bien sûr Jacques Attali. Mais je dois ici avouer mon indignation à lecture de l’édito de la semaine de Christophe Barbier : « Une guerre juste, juste une guerre ». Il y rappelle d’abord que le Hamas est un groupe terroriste. C’est vrai, même si Pascal Boniface lui rétorquerait qu’on ne peut le réduire à ça, car c’est aussi un mouvement « social », humanitaire, politique qui utilise par ailleurs des méthodes terroristes parfois, voire souvent, dans ses rapports avec la puissance occupante. CB va même jusqu’à dire, et ce sont les mots qu’il a sciemment retenus pour l’exergue, « Israël a raison de mener cette guerre et il le fait pour notre tranquillité ».

Je suis choqué.

Premier point sur « notre tranquillité », c’est un comble dans le même numéro de l’Express on lit page 56 « le Hamas n’est pas considéré comme une menace directe pour la France, « il ne prône pas un Djihad global tel Al-Quaeda, explique un spécialiste des services. Sa lutte est d’abord nationale. Les attentats suicides visent uniquement le territoire israélien » ». Voilà qui est dit. Deuxième point sur « Israël a raison », Israël a-t-il vraiment raison de tuer dix civils dont femmes et enfants pour tuer un combattant du Hamas, même si celui-ci se cache derrière eux ? Comment un état pourrait-il avoir raison quand il tue sciemment des civils ? N’est-ce pas cela aussi…le terrorisme ? Comment Christophe Barbier a-t-il pu écrire cela ? Donc Hamas terroriste, c’est indiscutable, mais force est de constater qu’Israël aussi, à mon plus grand regret…

Israël souffre du terrorisme, nous souffrons avec elle, et c’est toujours plus facile de tenir un tel discours depuis Paris que depuis Sderot, mais n’oublions pas les antécédents d’Israël en la matière, ce pays s’est aussi construit sur le terrorisme, avec des vagues d’attentas commis par l’Irgoun contre des civils arabes et contre les Britanniques.

Ce que je reproche à CB, c’est de ne dénoncer que le caractère terroriste de Hamas sans insister sur les causes fondamentales du problème. Il pointe le caractère souhaitable de sa destruction, même si un mouvement similaire devait le remplacer… « En matière d’islamisme, si nous acceptons le choléra pour éviter la peste, nous mourrons simplement du choléra »… mais l’attitude n’est-elle pas plutôt non pas de « détruire le choléra » mais plus pragmatiquement de remédier aux problèmes qui provoquent son apparition ? A mettre à son crédit, CB réaffirme en fin d’édito que la seule solution est la coexistence cloisonnée de deux états souverains, mais pourquoi ne dit-il pas ce qui essentiel : qu’un Etat palestinien est impossible compte tenu de la politique de colonisation à l’œuvre, qui vient ronger chaque jour un peu plus la Cisjordanie.

Kishore Mahbabubani explique dans son excellent ouvrage « The New Asian Hemisphere » qu’Israël, par son refus de créer les conditions d’un Etat palestinien viable, est en train de se mettre un milliard de Musulmans à dos (si ce n’est pas déjà fait), car les moyens médiatiques d’aujourd’hui mettent chaque atrocité à portée de vue de deux milliards de yeux, chaque jour humiliés un peu plus dans leur chair. Kishore Mahbubani, et c’est la thèse de son livre, soutient qu’un vent de modernité et de prospérité est en train depuis trente ans de souffler en Asie : jamais autant d’êtres humains n’étaient sortis aussi vite de la pauvreté. C’est le résultat de l’adoption plus ou moins optimale des canons de la croissance mis en évidence par les Occidentaux (économie de marché, focalisation sur l’éducation et les technologies, méritocratie, état de droit, etc.). K. Mahbubani prétend que cette réussite va toucher tôt ou tard (dans moins de 50 ans en tout cas) le monde musulman en passant de l’Inde au pays pivot, le Pakistan. Cela signifie, que dans un horizon pas si lointain (ma génération le verra) le monde arabo-musulman connaîtra la prospérité, à l’image des dragons asiatiques. Ce jour là, la puissance économique agrégée d’un milliard d’Humains compliquera singulièrement la tâche des au plus dix millions d’Israéliens… car les Musulmans après avoir vécu humiliés par paraboles interposées refuseront de se taire. Israël serait alors condamné. K. Mahbubani rapporte en ce sens les propos de Mao qui disait du petit Vietnam qui avait osé défier la Chine « prenez la plus dure des petites pierres, frottez là contre un énorme rocher, aussi friable soit-il, à force, la petite pierre finira toujours par disparaître la première… »

Israël doit maintenant comprendre que le temps joue contre elle, souvenons-nous des Etats Latins d’Orient qu’on croyait à l’époque éternels…et qui pourraient au final avoir fêté plus de printemps qu’Israël, si cette dernière ne se décide pas vite à, au moins, évacuer totalement la Cisjordanie, et à faire un effort quant au retour des réfugiés Palestiniens en Palestine.

Gagner la guerre en Afghanistan!

septembre 22, 2008

La victoire en Afghanistan ne passera pas que par la guerre. D’ailleurs comment gagner militairement ce conflit avec 70 000 hommes là où les Soviétiques ont échoué de 1979 à 1989 avec 100 000 hommes, avec la force et la brutalité dont on les imagine capables. Les frappes américaines sont contreproductives du fait de leur imprécision intrinsèque : elles causent des bavures meurtrières, du pain béni pour les Talibans.

Le comble dans cette tragédie, c’est que la solution, les Américains les premiers l’ont entre les mains depuis le début ! Je parle du soft power, ou plus précisément de l’utilisation des médias pour gagner le cœur des Afghans, tâche à première vue impossible, à première vue seulement. Il faut à tout prix rendre populaire l’action de la coalition. La besogne est en fait double : capitaliser d’une part sur les régions stabilisées pour leur faire connaître un décollage économique, en investissant dans les infrastructures de base nécessaires pour attirer les capitaux privés et en y mettant en place des institutions de micro finance. D’autre part se donner la mission de gagner la guerre de l’information dans les zones instables. Pour cela, nul besoin d’exagérer, la vérité suffira. À condition qu’elle soit entendue. Il faut donc permettre aux populations des zones tribales d’entendre ce que le gouvernement de Karzaï a à dire. Et pour cela, deux étapes :

1.      Il faut premièrement équiper le plus possible d’Afghans de ces contrées de téléviseurs peu gourmands en énergie, livrés avec un groupe électrogène compact, ou mieux avec des cargaisons de piles régulièrement approvisionnées dans les villages. Téléviseurs reliés par satellite aux chaînes gouvernementales, voire à certaines chaînes occidentales qu’il faudra bien sûr prendre soin de sous-titrer. Il faudra équiper au moins chaque village, au mieux chaque foyer. L’idéal étant que ce soit fait dans chaque foyer, car une seule « salle TV » par village pourrait constituer une cible de choix pour d’éventuels attentats. Cela peut paraître un dispositif onéreux, mais qui l’est finalement beaucoup moins qu’une guerre totale ô combien dispendieuse et vouée à l’échec !

2.      Ensuite, dans une deuxième étape, il faudra diffuser sur ces ondes des programmes dont les Afghans sont culturellement friands (les séries et films de Bollywood) en alternance avec des reportages sur les progrès réalisés dans les zones stabilisées. Reportages du type de ceux que faisaient justement au Japon au lendemain de la seconde guerre mondiale les Américains, en associant leurs meilleurs réalisateurs aux autorités japonaises. Ces reportages devront éveiller ces exclus de la paix aux perspectives radieuses qui s’offrent à leurs compatriotes des zones stables. Il ne faudra pas hésiter à diffuser des séries américaines, meilleures vitrines du confort moderne, pour montrer à ces populations ce que la coalition veut leur apporter et dont profitent déjà une classe moyenne asiatique qui se comptent en centaines de millions, toujours plus nombreuse, une classe moyenne née de ce vent de modernité qui touche enfin le continent : cela d’abord été le Japon puis les quatre dragons asiatiques (Taïwan, Corée du Sud, Singapour et Hong-Kong), maintenant la Chine et l’Inde, l’Indonésie, le Vietnam et demain le Pakistan… alors pourquoi pas eux aussi, les Afghans ? Il faudra de plus escorter dans ces villages des habitants des zones expérimentales pour qu’ils puissent raconter de vive voix les bienfaits dont ils bénéficient. De même pour parachever cette œuvre de persuasion, des habitants des zones instables devront être emmenées dans les régions pacifiées pour témoigner au retour dans leur village de ce qu’ils auront vu de leurs propres yeux. Et ce afin de certifier que ce que leur téléviseur raconte n’est pas que pure propagande occidentale. Il faudra aussi se servir de ce pouvoir médiatique pour diaboliser les Talibans à leur juste valeur, en se contentant de rapporter leurs exactions. J’ai par exemple entendu que plusieurs médecins avaient été décapités pour avoir vacciné des enfants, ce qui est contraire à leur charia ! Qui le sait ?…Ces bavures, qui n’en sont pas puisqu’il s’agit là d’atrocités préméditées doivent être révélées dans tous les villages Afghans, à chaque fois qu’elles surviennent! De même chaque bavure américaine doit être reconnue, indemnisée et faire l’objet d’excuses solennelles proférées à la télévision.

Ainsi seulement pourra être gagnée la guerre de l’information.

Je voudrais conclure en prenant l’exemple de la communauté Tamoule. Les Tamouls sont capables du pire, ce sont eux qui ont remis au goût du jour les attentats suicides et non pas les Palestiniens ou le Hezbollah. Cela date de 1956 et du conflit opposant Tamouls et Cingalais au Sri-Lanka. Les Tamouls sont 3.1 millions au Sri-Lanka….mais 62 millions  en Inde, dans le Tamil Nadu. Une petite portion de cette communauté a peut-être fait le choix de la violence, mais une large majorité en a fait un autre : celui de la marche vers la modernité. Un homme politique proposait par exemple, comme slogan de campagne, de donner à chacun de ses électeurs des postes de télévision ! « Aujourd’hui la télévision c’est plus qu’un divertissement, c’est un moyen d’information sur les questions de santé, sur le débat politique et sur les questions de société en général » disait-il. Les Tamouls d’Inde ont sans doute apporté leur assentiment aux Tigres Tamouls sri-lankais dans leur combat, à ses débuts du moins, mais maintenant ils réprouvent largement ce choix des armes, ils ne peuvent que plutôt célébrer avec le reste de l’Inde leur propre entrée dans la modernité, permises par leur tentative de s’appliquer plus ou moins parfaitement les 7 canons du développement économique mis en évidence par les Occidentaux et rapportés brillamment par Kishore Mahbubani dans son excellent  ouvrage, « The new Asian Hemisphere »  : l’économie de marché, la promotion des sciences et de la technologie, la méritocratie, la culture de la paix, l’état de droit, l’éducation et le pragmatisme. Ainsi par exemple on ne compte plus les mathématiciens géniaux qu’a produits cette région de l’Inde qui ne représente pourtant que 5% de la population indienne.

Gageons donc que les zones stabilisées de l’Afganistan, à l’image du Tamil Nadu, puissent connaître la réussite, pour mieux déteindre dans le reste du pays !

Source : pour l’exemple final Tamoul, « The new Asian Hemisphere », de Kishore Mahbubani, à mettre entre toutes les mains, un des ouvrages fondateurs du XXIème siècle à mes yeux, en rupture de stock sur Amazon, c’est dire.

Les trois composantes de notre temps (2/2)

septembre 12, 2008

Suite de l’article « Les 3 composantes de notre temps (1/2) »

Sans m’appesantir sur une de leurs conséquences remarquables que sera l’allongement et la meilleure compréhension de la vie, deux bouleversements majeurs sont à la clef pour l’humanité. D’une part on parviendra bientôt à reproduire parfaitement la dextérité manuelle de l’homme, sa capacité à se mouvoir aisément, à se lever, à marcher, courir, tourner, prendre un objet, le déposer, etc. D’autre part d’énormes progrès seront faits en intelligence artificielle qui permettront aux logiciels de comprendre le langage, d’analyser un texte, d’en déduire les points les plus importants, de les hiérarchiser, de résumer un texte à la longueur souhaitée. Les machines pourront bien sûr traduire parfaitement toutes les langues, ce qui aura pour délicieuse conséquence de faire tomber la dernière des barrières qui sépare encore les hommes et les blogosphères. Comme j’ai déjà pu le suggérer, la majore de promo d’Harvard en 2035 sera peut-être une étudiante africaine ne parlant que le swahili… Mieux encore, les machines pourront comprendre une question, et y répondre en parfait « français », « anglais » ou autre, en fonction du degré de concision attendu. Une véritable révolution vous dis-je, déjà évoquée dans ce précédent article. Le jour où ces deux phénomènes inévitables arriveront à maturité, possiblement avant 2100, certainement avant 2200 compte tenu de ce qu’on sait déjà faire (regardez donc la vidéo!) et de l’allure toujours croissante à laquelle avance le progrès scientifique, tous les métiers manuels et intellectuels seront condamnés, précipitant vers le chômage quasiment toute la population active.

Mais d’un autre côté, le coût des produits et services chutera drastiquement : tout deviendra abordable et ces Humains oisifs n’auront peut-être plus qu’à profiter « du pain et des jeux » gracieusement mis à disposition par un système autogéré. Un système optimal qui alliera ressources renouvelables et renouvelées à des coûts de conception, fabrication et distribution quasi nuls garantissant ainsi l’abondance. Sans doute aurons-nous alors dépassé le capitalisme, pour arriver au vrai communisme comme l’avait théorisé Marx. Les tâches les plus dures à imiter resteront l’humour et les arts, mais je pense qu’on y parviendra aussi, ne serait-ce que parce que composer, par exemple, « ce n’est que » créer une association inédite de notes avec une dose de hasard, paramétrée pour plaire à telle ou telle culture, telle ou telle oreille, un processus qu’il n’est pas à mon sens difficile d’imaginer un jour reproductible « mécaniquement ».

C’est pourtant ce qui arrivera, avant 2100 compte tenu de ce qu’on sait déjà faire et de la vitesse du progrès

3. Enfin la dernière des composantes qui, je crois, définit le monde d’aujourd’hui mais surtout de demain, c’est l’émergence et l’affirmation d’une nation humaine. La vie en société est un fait indissociable de l’homme, c’est inhérent à notre nature, nous n’avons pas besoin de le rechercher, c’est notre instinct, l’instinct grégaire. Par contre dimension et structure des sociétés n’ont toujours été que pures constructions de l’esprit humain. Les Hommes d’hier et d’aujourd’hui se sont divisés en langues, religions, pays, cultures…mais quelque chose nous dit que tout ceci reste « artificiel » : pourquoi une religion serait-elle mieux qu’une autre ? Nous savons tous qu’au fond nous appartenons à la même communauté, et que notre immense dénominateur commun, c’est le genre humain. L’Humanité me fait parfois penser à un simple être humain, ou plutôt à un enfant âgé de deux ans qui peine à comprendre que ce qu’il voit dans un miroir, c’est bien lui, c’est sa propre image. Oui, je pense que l’humanité en tant qu’espèce n’a que deux ans d’âge mental. Car elle prend à peine conscience se son unité, de son unicité, de ce qu’elle n’est qu’une. Cette prise de conscience, certains l’ont déjà eue, ont essayé et essaient de l’inculquer à nous tous : ce sont les visionnaires, les humanistes, les universalistes, les Prix Nobel de la Paix, les grands sages, les anonymes qui travaillent dans l’humanitaire, et tout ceux qui trouvent leur bonheur dans l’altruisme et le don de soi. MAIS si nous en sommes encore à nous entretuer dans certaines parties du monde, ou simplement à nous quereller alors qu’agir est notre devoir immédiat à tous pour aider à sortir de la pauvreté ceux qui s’y démènent encore, c’est bien parce que, collectivement, au niveau de l’espèce, le déclic n’a pas eu lieu, l’humanité dans sa majorité ne s’est pas encore reconnu dans le miroir, elle ne s’y voit aujourd’hui que de façon floue. Et pourtant, je suis convaincu que les traits se précisent, que nous ne nous autodétruirons pas.

Il me semble qu’à l’image de l’Union Européenne, les nations vont et devraient chercher à se regrouper en sous-ensembles régionaux sur des critères qui nous rassemblent et nous ressemblent (a priori en laissant donc à la sphère privée les religions) afin de faire face aux défis supranationaux et d’atteindre la paix perpétuelle. Cette mutation ne pourrait être d’ailleurs qu’une étape vers la constitution d’une vaste fédération mondiale. Ces sous-ensembles régionaux, préludes à un « ensemble mondial » fonctionneront d’autant mieux qu’ils se seront dotés d’un outil pour se comprendre au-delà d’un simple anglais d’aéroport, je parle d’une seconde langue commune.

D’après les démographes, L’Humanité atteindra son pic en 2050 avec 9 milliards d’individus, mais ne croîtra alors plus car toutes les sociétés auront achevé leur transition démographique. Et dire que ces neuf milliards que nous serons en 2050 ne sont les descendants que des quelques milliers d’Homo Sapiens qui vivaient il a de ça 100 000 ans, eux-mêmes seuls descendants de la lignée Homo à avoir survécu, ou plutôt à s’être imposés au détriment des espèces cousines et concurrentes ! Même pas de quoi remplir un virage du Stade de France ! Et c’est pourtant de là que tout est parti ! Tout ce que nous connaissons et dont nous profitons vient de ces milliers de bipèdes qui gambadaient nus ou presque dans une nature hostile. Temps et espace se sont ensuite efforcés de diviser cette communauté première. Celle-ci s’est diversifiée en petits groupes partis peupler les quatre coins du monde, se dotant chacun d’une culture, d’une langue, d’une cosmogonie et d’une religion. Le climat a donné à chaque groupe sa couleur de peau. Puis la vapeur s’est inversé, comme on l’a dit les progrès de la science et l’essor de l’économie de marché n’ont cessé de réduire temps et espace pour qu’aujourd’hui nous ne soyons à nouveau presque plus qu’un. Voici le village global dont parlait Marshal MacLuhan ! La boucle est bouclée.

Enfin presque ! Car ce dépassement des nations ne sera possible que si au préalable a été effacé ce que l’historien Marc Ferro appelle le « ressenti historique », qui affecte les peuples humiliés. Toutes les minorités bafouées à qui on a nié le droit à l’autodétermination devront d’abord pouvoir choisir leur destin. Cela va poser d’immenses problèmes à la Chine et la Russie dont l’intégrité territoriale sera très certainement remise en question le jour où le niveau de vie, l’opinion et la pression publiques seront tels qu’il leur deviendra intenable de réprimer les velléités autonomistes. Je vois d’abord pour les états et régions où l’ethnie au pouvoir impose ses volontés aux minorités (les Kurdes, les Tibétains, les Tchétchènes, Palestiniens, etc) une fragmentation en nations libres et enfin souveraines ; on pourra alors ensuite assister au processus inverse de rassemblement, mais cette fois fondé sur l’équité et le respect, où tous les états traiteront d’égal à égal. Et quand toutes les plaies aurons été pansées et les humiliations apaisées, l’on pourra bâtir cette nation humaine à partir d’un éventail de briques culturelles reconnues et respectées de tous. Enfin cela laisse en suspens la question fondamentale avancée par Christophe Barbier dans un de ses éditos de l’Express: « A quel niveau de fragmentation tribale la revendication identitaire cesse-t-elle d’être légitime? »

Mais ne nous lamentons pas trop sur le sort qu’une telle utopie réserve aux nations, ces entités fictives résultant d’un « nation-building »  plus ou moins long (de quelques millénaires pour les plus anciennes, à quelques dizaines d’années, voire mois pour les plus jeunes !). Les mythologies nationales ne sont bien souvent le fait, il faut bien l’avouer, que d’une « propagande » nécessaire à la cohésion de la société. Trop d’États sont de toute façon artificiels. Entre autres, la Belgique et l’Iraq. Sans parler de tous les pays d’Afrique où la Nation n’a pas de sens, où l’ethnie prévaut et continue de miner les démocraties naissantes, puisqu’on y choisit d’abord l’homme se son clan. Le Congo ex-Zaïre est un exemple parmi tant d’autres, à qui on a donné à l’indépendance un drapeau, un hymne, des frontières, mais tout cela ne veut rien dire dans ces contrées multiethniques, et il ne faut pas craindre de voir l’échelon national perdre de l’importance au profit de l’échelon régional, continental et même mondial. Je suis Français certes, mais je me sens surtout Terrien francophone.

Nous sommes décidemment les heureux contemporains d’une époque incroyable tant elle nous réserve de surprises. Nos ancêtres étaient habitués à l’immuable, à l’éternelle succession des saisons et des ans, sans que rien ou presque ne change et ne soit remis en question. Je peine à réaliser qu’il y a moins de différences entre l’enfance rurale de mon grand-père et celle de son ancêtre du moyen-âge, qu’entre la sienne et la mienne ! C’est dire ! Je souhaite vivre le plus longtemps possible en partie pour voir jusqu’où nous mènera cette aventure fantastique, guidée par ces trois axes que sont l’économie de marché, la science, et leur corollaire commun, l’unification de l’Humanité. J’espère aussi pouvoir tout au long de ma vie et à mon modeste niveau œuvrer à cette prise de conscience collective. Car plus nous attendons, plus de gens auront à souffrir encore inutilement.

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Les trois composantes de notre temps (1/2)

septembre 7, 2008

Notre monde est en pleine mutation : jamais les repères n’ont bougé aussi vite, jamais les idées n’ont autant circulé, jamais les Hommes n’ont eu une telle conscience d’eux-mêmes. Et jamais autant de Terriens ne sont sortis aussi vite de la pauvreté, 400 cents millions ces 30 dernières années, surtout en Chine.

Nous vivons une époque fascinante et dans ce dédale d’implications complexes, trois grandes composantes définissent à mon sens la situation dans laquelle se trouve l’Humanité : l’avènement de l’économie de marché au niveau mondial, l’accélération du progrès technique et la dernière, conséquente des deux premières, l’émergence d’une Nation humaine.

1. L’économie de marché s’est imposée aux yeux de tous comme la façon la plus efficace de créer et répartir la richesse depuis la chute de l’Union Soviétique, épuisée par une « guerre des étoiles » que le fiasco communiste ne pouvait plus financer. Malgré les errements du FMI des années 90 qui a voulu imposé sa doctrine ultralibérale à tort, tous les pays qui ont adopté les canons de l’économie de marché (liberté d’entreprendre, respect de la propriété privée, accès au crédit, liberté de fixer les prix, liberté de choisir son travail, maintien d’un contexte concurrentiel, état de droit, etc), par étape et sans tomber dans l’excès (sans s’ouvrir complètement par exemple aux flux de capitaux à court terme particulièrement déstabilisateurs) ont largement amélioré leur sort. Hormis l’Occident qui domine le monde (même si c’est bientôt terminé) parce qu’il a été le premier à appliquer ces principes, c’est le Japon qui a ainsi inauguré ce vent nouveau de modernisation, ont suivi les quatre dragons asiatiques (Taïwan, Hong-Kong, Singapour et la Corée du Sud), puis la Chine, et l’Inde, le Brésil…ce souffle de modernité ne tardera pas à balayer le monde islamique contrairement à ce que prophétisent les Cassandres obnubilées par une menace terroriste exagérée, et ce en passant par le pivot que constitue le Pakistan. L’Afrique aussi, qui sort de la décennie du chaos, fait preuve d’une dynamique encourageante.

Même si les Hommes aiment repousser toujours plus loin les limites du capitalisme en éprouvant de nouveaux instruments financiers (les Américains les premiers, ces apprentis-sorciers du capitalisme !), force est de reconnaître que les nombreux retours de flamme et autres crises économiques traversées ont considérablement apporté à notre compréhension de tous ces mécanismes complexes, et les économistes en ont développé une connaissance suffisamment poussée pour ne pas reproduire les erreurs majeures du passé. Ainsi par exemple c’est après la crise de 29 que l’on s’est rendu compte que le budget pouvait être plus qu’un simple moyen de faire fonctionner l’État : auparavant jamais politiques budgétaire et monétaires n’auraient été conçues comme moyens de sortir d’une crise, en baissant les impôts et en diminuant les taux d’intérêts, et ce pour favoriser l’emprunt des entreprises et particuliers et donc la reprise (ce qu’on appelle des politiques keynésiennes). Aujourd’hui, même si la débâcle des subprimes peut sonner comme le réquisitoire du capitalisme, n’oublions pas que c’est l’action concertée des principales banques centrales, en injectant des liquidités, qui a évité un assèchement préjudiciable du crédit, raison première de la propagation de la crise de 1929. La crise serait donc bien pire sans cette intervention…et les États-Unis que tout le monde voyait en récession ne le sont pas en fin de compte…contrairement à l’Europe qui va y rentrer : car l’économie américaine est bien plus dynamique, le travail bien plus flexible, l’immigration plus importante (n’oublions pas que d’ici à 2050 l’Amérique va gagner 100 millions d’habitants, et l’Europe en perdre 20 !).

Néanmoins,  « l’économie de marché consacrée » est encore bien loin d’avoir porté tous ses fruits. De la même manière qu’au XIXème siècle elle n’a pu s’épanouir dans chaque pays que parce qu’un État fort y faisait respecter des lois jugées équitables, notre économie mondialisée devra tôt ou tard se doter d’une gouvernance digne de ce nom. Cette gouvernance devra être transparente, représentative, garante des intérêts de tous et dotés de réels moyens coercitifs. Elle aura pour mission, entre autres, d’orchestrer un commerce international qui profite à tous. En effet gardons à l’esprit que la libéralisation du commerce produit plus de gagnants que de perdants, et qu’on devrait donc être en mesure d’indemniser ces perdants. Cette gouvernance mondiale qu’on devrait tous appeler de nos vœux pourra alors faire face aux enjeux supranationaux que sont entre autres le changement climatique et l’accès à l’eau et à l’énergie. Ceci correspond à une approche « de haut en bas », il faut l’associer à une approche «de bas en haut » en venant donner directement une chance à chaque être humain d’utiliser le potentiel qu’il recèle. J’entends par là donner accès à tous au crédit, ce formidable levier économique dont même (surtout) les pauvres savent faire bon usage, comme l’a brillamment démontré le professeur Mohamed Yunus.

2. La seconde composante fondamentale caractérisant l’aventure humaine est l’essor incomparable que connaissent les sciences. Tout s’accélère frénétiquement. On a coutume de dire que les révolutions technologiques ont toujours deux penchants : une nouvelle façon de faire circuler l’information et un nouveau moyen de produire de l’énergie. C’est ce qui s’est passé avec le charbon et la machine à vapeur qui ont permis le développement du chemin de fer et des bateaux steamers (démocratisant l’émigration aux États-Unis) associé au télégraphe qui lui-même a permis l’émergence de grandes Bourses de commerce du fait d’un jeu entre l’offre et la demande qui pouvait alors s’exercer en temps réel avec un prix unique pour chaque marchandise. Les autres bouleversements, on les connaît, ce sont le moteur à essence et la voiture, le téléphone, la radio…et plus récemment la télévision, l’énergie nucléaire, le transistor, prélude à l’ordinateur et l’informatique, le numérique, les télécommunications par satellite, internet, la téléphonie sans fil, la géolocalisation, les nouvelles générations d’éoliennes et de cellules photovoltaïques permettant le véritable décollage des énergies renouvelables… Tout ceci modifie notre rapport au temps et à l’espace et poursuit le double objectif suivant : d’une part transporter hommes et marchandises partout et le plus rapidement possible, d’autre part communiquer avec n’importe qui et avoir accès à toute la connaissance humaine partout et tout le temps, le tout le moins cher possible ! Il est d’ailleurs important de souligner que c’est bien souvent l’armée américaine et la NASA qui ont été à l’origine des dernières percées scientifiques, dans un contexte où la maîtrise du ciel et de l’espace impliquaient de pouvoir réaliser des calculs prodigieusement compliqués. Cette puissance de calcul a très vite était déployée dans la finance permettant la mise au point de nouveaux outils à même de déceler les moindres imperfections du marché, partout, tout le temps. Et maintenant c’est le grand public qui en profite à travers les jeux vidéo, le cinéma d’animation 3D, etc.

S’il est un mot qui devait qualifier notre ère technologique, c’est bien « le réseau » : nous assistons à la mise en réseau progressive du monde à tout les niveaux. On le conçoit tout à fait du point de vue des NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information), mais apprêtons-nous à le voir arriver pour ce qui est de l’énergie : bientôt, les scientifiques nous disent, chacun sera producteur d’électricité car l’on saura récupérer toutes les énergies aujourd’hui autant gâchées qu’insaisissables (le vent qui balaye la façade de ma maison, le mouvement de portes que j’ouvre et je ferme des milliers de fois par an chez moi, etc), on saura stocker cette énergie dans des piles à hydrogène, et l’on pourra enfin en déverser le surplus dans un vaste réseau mondial, exactement à l’image d’internet…producteurs et consommateurs d’informations et d’énergie…

Mais là ne parle-t-on finalement que d’aujourd’hui, voire de demain matin. Voici les sciences de demain soir et d’après demain qui vont véritablement révolutionner nos vies au point de faire passer les scénaristes de « Matrix » pour d’ennuyeux conteurs à l’imagination limitée : nanotechnologies, biotechnologies, génie génétique, neurosciences, bionique, robotique et intelligence artificielle. Sans m’appesantir sur une de leurs conséquences remarquables que sera l’allongement et la meilleure compréhension de la vie, deux bouleversements majeurs sont à la clef pour l’humanité: d’une part….(la suite dans la deuxième et dernière partie!)

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La Chine colonise-t-elle l’Afrique ? (3/3)

août 28, 2008

…suite et fin de l’article la Chine colonise-t-elle l’Afrique? (2/3)

Notre orgueil occidental conduit certains à dénoncer les dangers de cette Chine colonisatrice, qui reproduirait à bien plus grande échelle, avec les moyens industriels d’aujourd’hui et au mépris de l’environnement, les erreurs passées des Européens…qui prétendent maintenant se racheter une conduite en conditionnant leurs aides à des progrès dans la gouvernance et le respect des droits de l’homme.

Soyons clair : il y a du tout à fait bénéfique et du véritablement délétère dans l’action diplomatico-économique de la Chine en Afrique. Pour s’en faire une idée, plutôt que de s’épancher en une litanie de phrases bien tournées, énonçons plus sommairement les avantages et les inconvénients de cette Chinafrique ! Chacun sera alors à même de s’en faire une idée librement !

Les avantages :

  • Le financement et la construction clef en main de nombreuses infrastructures, partout (écoles, hôpitaux, autoroutes, réseau d’épuration et de distribution d’eau, zones résidentielles, etc), dont on connaît les effets multiplicatifs sur le secteur privé. Qui plus est ces projets reviennent moins chers grâce à une meilleure concurrence qui vient battre en brèche les anciennes situations de rente dont jouissaient certaines entreprises comme Bouygues.
  • Un pouvoir d’achat d’accru pour les populations africaines grâce aux nombreux produits importés en masse et proposés à un très bon prix
  • Une action parfois pacificatrice : en commerçant intensément avec tout le monde, la Chine se pose en intermédiaire efficace, elle a ainsi certainement contribué à calmer les tensions entre l’Egypte et le Soudan autour du débit du Nil. Sa présence au Congo refreine l’élan des rebellions à l’est du pays.

Les inconvénients :

  • Un soutien peu regardant apporté à un certain nombre de dirigeants kleptocrates, dictateurs confirmés, autocrates et autres chefaillons… (Mugabe au Zimbabwe, …), une indifférence au respect des droits de l’homme.
  • Une complicité flagrante dans certaines tentatives de putsch (contre Idriss Déby au Tchad par exemple)
  • La destruction de l’artisanat local et du petit commerce du fait de la déferlante de jouets, biens d’équipements, vêtements et autres objets industriels bons marchés importés massivement de Chine. Ainsi en 2005 le Swaziland, petit pays d’un million d’habitants, a perdu 12 000 emplois dans le textile, soit plus de 40% de ses effectifs sur ce secteur du seul fait de la concurrence chinoise ! Cependant cet inconvénient est en train de devenir un avantage pour certains pays africains: le Sénégal a mis fin à la distribution généreuse de visas aux Chinois tout en s’assurant de l’inverse en Chine, résultat ce sont maintenant les commerçants sénégalais qui y émigrent pour aller y importer directement les marchandises chinoises. Il ya maintenant plus de commerçants sénégalais en Chine que le contraire ! Si ce n’est pas une entrée dans la mondialisation ça !
  • La Chine prête des milliards de dollars à l’Afrique mais souvent l’argent ne quitte même pas la Chine, il sert à payer les entreprises chinoises choisies pour réaliser des projets pharaoniques, certes utiles, mais en employant des Chinois (d’où une sous utilisation de la main d’œuvre locale), qui mangent des légumes Chinois, parfois produits par des agriculteurs Chinois que l’on fait venir en Afrique…
  • Des normes environnementales largement bafouées, des parcs naturels défigurés par l’exploitation forestière et minière (Gabon, Congo, etc), des dégâts incommensurables par exemple sur le cheptel d’éléphants du fait de la demande chinoise en Ivoire (6000 à 12 000 bêtes seraient abattues chaque année au Soudan, en Centrafrique et au Tchad)
  • Des ventes d’armes qui alimentent des guérillas, des milices et des rebellions qui se rendent ensuite responsables d’atrocités et de crimes contre l’humanité. La Chine ne serait certes que le troisième fournisseur d’armes du continent, les Etats-Unis étant les premiers, mais il faut bien voir que même si la vente d’un avion de chasse équivaut peut-être à celle de 300 000 armes à feu, le résultat sur les populations ne sera pas le même. Ainsi seuls 12% des kalachnikovs en circulation dans le monde seraient de fabrication russe ! Le reste étant des faux chinois. De même, une grande portion des centaines de milliers de machettes utilisées lors du génocide rwandais venaient de Chine. Au Liberia, d’énormes stocks d’armes sont parvenus aux mains de Charles Taylor en 2001, en violation totale de l’embargo de l’ONU, en échange …de bois ! Des armes impliquées dans la mort de 300 000 personnes.
  • Enfin il faut bien avouer que la Chine reproduit l’équation coloniale : importations de produits primaires (bois, minerais, pétrole, coton, etc) contre exportation de biens industriels (à ceci près qu’aujourd’hui la hausse des cours des matières premières font la richesse de l’Afrique). Ce qui empêche l’Afrique de s’industrialiser. Et comme le soulignent Serge Michel et Michel Beuret : « A certains égards, elle commence à ressembler aux autres acteurs, avec ses cohortes de gardes de sécurité, ses chantiers qui s’enlisent, ses scandales de corruption et quoiqu’elle en dise, son mépris parfois, pour la population locale. »

Conclusion

La Chine met le pied à l’étrier de l’Afrique pour la faire monter sur le destrier de la mondialisation….c’est indéniable. Le renouveau de l’Afrique ne serait envisageable sans la force de frappe chinoise. Si les grands projets d’infrastructures, qui sont ce qu’il y a de plus positifs dans l’action chinoise, se poursuivent, on peut commencer dès maintenant à rêver d’une Afrique pacifiée, unifiée, où les ponts, routes, chemins de fer et réseaux de télécommunications permettront de désenclaver toutes les régions et de faire circuler librement hommes, capitaux, biens, services…et idées !

Là enfin où j’émets une réserve par rapport à la thèse défendue par les auteurs de « La Chinafrique » , c’est qu’ils excluent toute notion de néocolonialisme préméditée (qu’ils ont pourtant largement étayée par des exemples probants rapportés ici) en se contentant d’asséner qu’il n’y a que 900 entreprises chinoises dispersées en Afrique, contre 2000 à Singapour par exemple où la question du néocolonialisme est totalement absente de tout débat. Je crois au contraire qu’on assiste à une certaine forme de néocolonialisme, du moins d’emprise politico-économique, car ces entreprises ne sont peut-être qu’au nombre de 900, mais on y trouve entre autres les grandes compagnies d’Etat qui manient les milliards de dollars et peuvent façonner ce continent vierge à leur guise, en fonction des besoins de l’Empire du Milieu. Les Chinois apportent une aide incommensurable à l’Afrique malgré toutes les menaces sociales et environnementales qu’ils y font peser. Ils mettent les dirigeants africains dans la position inconfortable de leur être redevables de tout plus tard. Qui sait comment tout cela se terminera, à l’heure où certains experts considèrent comme inéluctable une guerre sino-américaine pour les ressources africaines dans les années 2020-20230 !

Sources : La Chinafrique; l’article « La revanche de l’Afrique », par Sylvie Brunel dans le trimestriel janvier 2008 des collections de L’Histoire ; interview de Lionel Zinsou, Le Monde, 30 sept 2007.

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La Chine colonise-t-elle l’Afrique ? (2/3)

août 21, 2008

…suite de l’article la Chine colonise-t-elle l’Afrique? (1/3)

Quelles sont les raisons du succès de la Chine en Afrique ?

  • D’abord le déclin de l’influence occidentale en général, et de la France en particulier, couplé au conditionnement des aides aux efforts de bonne gouvernance et de transparence (depuis la fin de la guerre froide), ce qui a le don d’irriter les potentats africains. Mais combien même la France souhaiterait-elle conserver une influence en Afrique, qu’elle ne le pourrait plus, elle n’en a plus les moyens, ni économique, ni militaire (l’opération Licorne de maintien de la paix en Côte d’Ivoire était très proche de la capacité maximale de projection de toute l’armée française). A la rigueur l’Union Européenne pourrait rivaliser avec la Chine, mais de là à ce qu’elle se mette d’accord sur une politique étrangère commune, il y a loin de la coupe aux lèvres. Aujourd’hui, les Occidentaux se complaisent à regarder ce continent qu’ils croient à tort en perdition avec misérabilisme, paternalisme et condescendance….alors qu’il se réveille justement, aidé par une Chine qui y voit de merveilleuses opportunités là où nous ne voyons que les ruines de l’époque coloniale, symbole de notre grandeur passée. Pour approfondir ce point je vous recommande l’article précédent « La mort de la Françafrique »
  • L’état dans lequel se trouvent certains pays, acculés à la misère et à la désorganisation chronique à cause des politiques ultralibérales du consensus de Washington (pour lequel le FMI reconnaît aujourd’hui s’être trompé) : privatisation sans avoir mis en place un environnement suffisamment concurrentiel, ouverture aux capitaux volatils, décentralisation sauvage (dont on a prouvé qu’elle a conduit à la famine de 2005 au Niger). Le Niger, pour reprendre cet exemple, se retrouve avant-dernier pour l’indicateur de développement humain, après 25 ans de politiques dictées par le FMI ! On a aussi du mal à imaginer que la moitié des parlementaires nigériens ne savent pas lire ! La Chine n’avait plus qu’à se baisser pour ramasser la confiance de ces pays.
  • L’obligation imposée par la Banque Mondiale (grâce lui soit rendue pour une fois) pour les pays africains de passer des appels d’offres pour tout projet d’infrastructures. Ce qui a permis à la compétitivité chinoise de s’exprimer à plein !
  • Car Pékin ne pose aucune condition politique à ses aides et prêts et s’abstient de tout discours moraliste. La Chine joue même la partition du grand frère également meurtri par la colonisation occidentale (les Occidentaux avaient forcé militairement la chine à s’ouvrir au commerce international dès 1858 ) et fait toujours en sorte de se mettre au niveau de ses interlocuteurs en se présentant comme un pays en voie de développement, ce qu’elle n’est plus. En effet elle est passée au niveau supérieur, c’est désormais un pays émergent, et non des moindres : la Chine, c’est 325 Singapour de plus, ou une bonne dizaine de Japon…
  • Car la Chine dispose d’énormes réserves de changes résultant de ses excédents commerciaux (plus de 1500 milliards de dollars fin 2007, les plus élevées au monde). Cet argent lui permet d’investir massivement sur le continent noir dans de vastes projets d’infrastructures, parfois tout simplement offerts aux pays africains. La Chine n’a ainsi aucun mal à trouver des partenaires avec qui traiter, et elle retourne un à un les pays qui s’étaient d’abord alliés à Taïwan. Comme l’écrit le président sénégalais Wade à son homologue taïwanais, juste après avoir changé son fusil d’épaule au profit de la Chine populaire : « Entre pays, il n’y a pas d’amis, que des intérêts »
  • Car la chine n’est pas une démocratie ! Elle peut donc allouer les milliards comme bons lui semble sans avoir à rendre de compte aux électeurs ou à leurs représentants. C’est ce qui la distingue de l’Inde qui reste plus frileuse en matière d’investissements : là où le Parlement indien rechigne à entériner le financement de certains projets en Afrique jugés peu rentables, la Chine n’a pas ce problème et n’hésite pas s’engager à perte, du moment que cela lui permet de mettre un pied dans le pays. La Chine mène d’une main de maître une stratégie de long terme et PREND des risques.
  • Car la Chine est capable de répondre à tous les appels d’offre et de projeter rapidement des dizaines de milliers d’ouvriers qui finissent les chantiers en un temps record, au grand dam des Bouygues et consorts. Elle propose des packages clé en main « barrage + usine, ce dont sont incapables les entreprises occidentales. Ses ouvriers et ingénieurs sont prêts à vivre chichement et ne réclament pas d’être logés à l’hôtel comme les Occidentaux. La « mentalité » chinoise et la relation au travail sont un atout de poids. Les Africains hallucinent devant leur capacité de travail que n’obère pas leur corpulence pourtant chétive : « Nous ne sommes pas comme eux. Nous avons une autre façon de vivre. Les Chinois, quand ils sont pressés, ils font les trois huit. Ils travaillent la nuit, mais les Congolais ne suivent plus… » Ou encore, pour le ministre des travaux publics algérien : « Les chinois sont une race à part. Nous aurions besoin de leur culture du travail rigoureuse ». Enfin les Chinois sont discrets, et ça les Africains apprécient, contrairement aux Occidentaux : « Les Américains surtout nous parlent de family values à longueur de journées mais quand ils arrivent à Luanda, ils se bourrent la gueule et sautent des putes. Les Chinois sont disciplinés, modestes, respectueux. S’ils touchent une Angolaise, ils sont renvoyés chez eux, et c’est très bien ainsi. »
  • Car la Chine ne laisse rien au hasard et entreprend une vraie stratégie de rapprochement en cherchant à circonvenir et amadouer les élites africaines par les ruses les plus convenues, dignes des romans d’espionnage. Un élu congolais raconte : « Je ne sais pas comment ils font, ils étudient chaque cadre, chaque ministre. Ils s’arrangent pour créer des relations amicales Une fois à table, j’ai fait la connaissance d’un grand patron du ministère du Commerce. Il m’a parlé de jazz et d’architecture gréco-romaine. Mon Dieu c’est exactement ce que j’aime ! Alors j’ai compris que tout était monté. Après on s’est rendu compte qu’ils avaient fait la même chose pour tous les ministres congolais…chacun son Chinois ! Attention, dans 10 ans le monde est à eux ! » (La Chinafrique, p. 132-133)
  • Enfin car la Chine pousse les cadres de ses grandes compagnies d’état à s’établir à leur compte pour mieux profiter des opportunités constatées sur place. Cette souplesse propre à l’initiative individuelle, soutenue par les capitaux prêtés par le gouvernement est un moteur indéniable de la « conquête » rampante des marchés africains.

…dans le prochain article: suite et fin, quels sont les points positifs et négatifs de la présence en Afrique?

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La Chine colonise-t-elle l’Afrique ? (1/3)

août 4, 2008

Un blog sur la mondialisation n’aurait pas de sens ni de saveur sans un billet sur ce phénomène Sud-Sud en marche sous nos yeux médusés ! Ce billet, le voici donc!

D’après Nicolas Sarkozy (ou plutôt Henri Guaino, sic) l’Homme africain ne serait pas encore entré dans l’Histoire (discours de Dakar, juillet 2007). Première mise au point : la vérité c’est qu’on l’y avait fait entrer manu militari : du début du XVIème à la mi-XIXème siècle, la traite Atlantique a arraché à leur terre 11 millions d’Africains, et du VIIème au XIXème, la traite musulmane en a déporté 17 millions vers l’Andalousie, l’empire ottoman, le Proche et Moyen-Orient ainsi que la Chine (force est d’ailleurs de constater que cette dernière traite n’a « curieusement » pas laissé de descendants).

Deuxième mise au point : l’Homme africain ENTRE dans l’histoire et la mondialisation ! Les investissements directs étrangers ont doublé depuis 2005. Ayons-en conscience, cela se passe sous nos yeux…et cela est largement dû à l’engagement très récent de la Chine sur le continent. Serge Michel et Michel Beuret le décrivent très bien dans « La Chinafrique » (livre que je ne saurais que trop vous recommander de lire), nouvelle chimère qui enterrerait la Françafrique ! La Chine offre à l’Afrique qui sort de la « décennie du chaos » (1991-2001) un horizon que nul n’aurait pu soupçonner il y a peu. Mais a priori, la Chine voudrait-elle coloniser l’Afrique qu’elle ne s’y prendrait pas autrement, en témoignent les données suivantes : au moins 450 000 Chinois en Afrique (contre 300 000 Français, mais à relativiser toutefois au regard des 100 millions de Chinois de la diaspora!), au moins 48 milliards de dollars d’argent public chinois investi, prêté ou donné, et un commerce bilatéral multiplié par 50 entre 1980 et 2005, par 5 entre 2000 et 2006 pour arriver à 55 milliards de dollars, chiffre qui devrait doubler d’ici à 2010. La Chine est désormais le deuxième partenaire commercial de l’Afrique à la place de la France.

Suite à ce déluge de chiffres, il convient maintenant de tenter de répondre clairement à la question inaugurale, « la Chine colonise-telle l’Afrique ? ». A cette fin je me propose de décomposer cette interrogation en trois problématiques : pourquoi la Chine s’intéresse-t-elle à l’Afrique ? Quelles sont les raisons de son succès ? Enfin quelles sont les points positifs et négatifs du « Grand Bond » de la Chine en Afrique ? Car il serait aberrant de dire que ce que fait la chine en Afrique est globalement positif, ou plutôt négatif…comme en toutes circonstances, nous sommes face à une situation complexe aux multiples facettes.

Pourquoi la Chine s’intéresse-t-elle à l’Afrique ?

  • Pour sortir de l’isolement diplomatique dans lequel la répression de Tiananmen de 1989 l’avait placée, la Chine voit dans les dirigeants africains des partenaires et alliés idéaux. En effet ils représentent un quart des voix à l’ONU et craignent eux-mêmes la contagion démocratique, synonyme de remise en cause de leurs privilèges léonins.
  • En 1995, Jiang Zemin proclame le nouveau mot d’ordre : « Sortez ». Les entreprises chinoises sont incitées à partir à la conquête des marchés extérieurs, et pour s’aguerrir, l’Afrique constitue le tremplin idéal, tant tout y est à faire. Le gouvernement n’hésite pas à financer toutes sortes de projets, de l’infrastructure monumentale type barrage à la simple exploitation forestière. En même temps de nombreux petits entrepreneurs multiplient les boutiques: l’Afrique constitue un marché de choix où écouler jouets, camelote, petite quincaillerie chinoise, motos : bref, toute la production industrielle chinoise.
  • Car elle a absolument besoin d’accroître ses approvisionnements en matières premières pour soutenir sa très forte croissance. Au premier rang desquelles le pétrole : on comptait 3 millions de voitures en 1999 en Chine, plus de 8 millions ont été vendues en 2007, et on s’attend à un parc de 100 millions de voitures en 2015, ce qui nécessitera d’importer l’équivalent…de la production pétrolière africaine. Les récentes découvertes de gisements en Afrique en font un eldorado : grâce à cette manne dans les douze ans à venir, les pays du golfe de Guinée devraient encaisser 1000 milliards de dollars de revenus, soit eux fois plus que ce que l’Occident a pu apporter à l’Afrique en cinquante ans !
  • Car les vague d’émigration chinoise qu’entraîne la politique africaine de Pékin demeure potentiellement un moyen d’atténuer la pression démographique et la trop forte croissance inflationniste se faisant au mépris de l’environnement. Certains scientifiques chinois vont même jusqu’à dire, sous couvert d’anonymat : « Nous avons 600 rivières en Chine, 400 sont durablement polluées…nous ne nous en sortirons pas sans envoyer 300 millions de personne en Afrique » (François Hauter, Figaro, 7 août 2007)

…dans le prochain article: quelles sont les raisons du succès de la Chine en Afrique?

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Est-ce la fin du « Modèle Américain »?

juillet 30, 2008

Suite à la crise des subprimes, le candidat démocrate Barack Obama a affirmé dans un communiqué de presse en juin dernier que le pays était entré en récession. L’augmentation du chômage, l’inflation, la baisse du dollar , le creusement de la dette publique et du déficit commercial laissent craindre aux spécialistes internationaux que la première économie du monde s’essouffle.

Est-ce la fin du modèle américain ?

Plusieurs signes portent à inquiéter les observateurs :

Les déficits budgétaires et commerciaux se creusent d’année en année (cumulés ils atteindraient 764 milliards de dollar en 2006).La dette publique américaine, grandie par les efforts de défense au Moyen-Orient se chiffre actuellement à 70% du PIB. Le coût total de la guerre en Irak atteindrait en 2007. 1000 milliards de dollars minimum, selon l’économiste américain Joseph Stiglitz.

L’invasion des produits à bas prix, en provenance d’Asie, a ruiné l’industrie de base américaine (textile, automobile, métallurgie). Les sénateurs des états de « l’Iron Belt » au nord-est des Etats-Unis, région particulièrement sinistrée par le déclin du secteur secondaire, forment actuellement un lobby prêchant l’augmentation des barrières douanières à l’encontre des produits asiatiques. Le président Bush a alors préconisé à la Chine la réévaluation du Yuan, accusant le pays de sous évaluer sa monnaie afin de favoriser l’exportation.

La crise des subprimes, qui a éclaté en 2007, a pour origine l’octroi de prêts immobiliers à taux variable à des ménages pauvres peu solvables. L’augmentation graduée des taux à partir de 2001 a placé ces ménages en situation de cessation de paiement. Leurs maisons confisquées par les banques sont revendues en nombre sur le marché conduisant à l’éclatement de la bulle immobilière en 2007. La classe moyenne, ayant profité de l’augmentation des prix immobiliers, avait effectué des prêts hypothécaires basés sur la valeur de leur patrimoine et se retrouve alors en difficulté financière suite à la crise immobilière. De plus, les banques, par titrisation (un procédé qui consiste à découper des créances par tranche de risque, puis à les regrouper pour former des tires échangeables sur les marchés financiers), ont inondé le circuit bancaire de ces créances douteuses transformées en actif. L’effondrement de la valeur de ces actifs, causé par l’insolvabilité des ménages provoque une crise financière sans précédent. Les cours de la bourse sont en chute libre et les banques refusent les unes les autres de se recapitaliser. La crise des subprimes est à la fois sociale et financière, elle associe le banquier de Wall Street ruiné au travailleur pauvre du Michigan expulsé de son logement.

La baisse constante du dollar s’affirme face à l’euro (le seuil des 1,70 dollar pour 1 euro a été franchi en juin). La faiblesse du billet vert renchérit le prix de l’essence et de la nourriture aux USA pénalisant l’ensemble de la population.

Il faut pourtant nuancer ces données, les USA sont au centre d’un vaste prisme financier et commercial qui garantit le refinancement du pays. Depuis le milieu des années 1970 la balance des paiements du pays est chroniquement déficitaire (764 milliards en 2006). Les déficits les plus lourds sont engrangés avec l’Asie. La surconsommation des ménages américains permise par l’endettement provoque une augmentation de l’importation en produit à bas prix (vêtements, électronique, électroménager), en provenance, en grande partie, de Chine. Les pays exportateurs dégagent des excédents commerciaux colossaux qu’ils réinvestissent en majorité en rachetant des emprunts d’état américain. De nos jours les fonds souverains (voir l’article « qu’est-ce qu’un fonds souverain »), qui gèrent une partie non négligeable des excédents, fructifient leur bien en s’introduisant dans le capital des entreprises les plus cotées du Dow Jones (la Chine possède actuellement 242 milliards de dollars de titres américains et le Japon en possède près de 800 milliards). Suite à la crise des subprimes, ce sont les fonds souverains qui ont recapitalisé les grandes banques américaines.

Le déficit de la balance des paiements et le creusement de la dette publique est alors financé par les excédents commerciaux des pays émergents. C’est ainsi que la première économie du monde finance aussi sa croissance .Il est alors vital pour les USA de maintenir leurs entreprises compétitives et créatives afin d’assurer la pérennité du système. Le déficit de la balance de paiement n’est au final qu’une donnée comptable qui n’illustre en rien l’influence économique des Etats-Unis sur le monde.

Les multinationales américaines sont l’illustration de la suprématie du pays sur le monde : elles organisent la spécialisation internationale du travail et promeuvent le modèle américain.

En effet une part non négligeable du déficit commercial est générée par celles-ci .Elles sous-traitent ou délocalisent leur production dans les pays à bas salaire pour ensuite la faire importer aux Etats-Unis (Apple fait construire intégralement ses produits en Chine). De plus leur influence, qui s’étend par l’intermédiaire de filiales et de franchises sur tous les continents, permet à ces entreprises d’exporter dans le monde entier le mode de vie américain, tel que l’illustre bien la multiplication des restaurants MacDonald du Mexique à l’Inde. Ces firmes produisent alors de la richesse sans pour autant exporter des USA un bien ou un service, et contribue par là au rayonnement du pays. Voilà ce que dit l’historien Maurice Sartre…à propos de l’empire romain : « derrière l’apparente superficialité de ces aspects de la vie quotidienne se cache la réalité d’une culture commune. Certes les identités régionales ne disparaissent pas, mais elles sont partiellement masquées par l’adhésion d’un grand nombre au mode de vie gréco-romain qui devient l’un des ciments de l’empire »…troublant, on pourrait dire presque la même chose de l’américanisation de nos sociétés, il poursuit en disant : « Il ne suffisait sans doute pas plus à un Gaulois de fréquenter les thermes pour devenir un « Romain » qu’à un adolescent japonais de manger un hamburger pour être « américain ». Mais dans l’un ou l’autre cas, il y a un effort d’identification, conscient ou non, une volonté de s’inscrire dans une culture mondiale jugée plus valorisante que la tradition locale. »

En conclusion la première économie du monde s’est adaptée sans conteste à la mondialisation des échanges. Le leadership américain reste assuré pour longtemps par la suprématie technologique du pays dans les domaines à forte valeur ajouté (aéronautique, informatique, Internet) permise par l’importance des crédits alloués à la recherche et développement, et la prévalence d’une économie de marché hyperconcurrentielle. Des multinationales tel que Boeing, Microsoft, Google, IBM représentent dans le monde la puissance commerciale des Etats-Unis. La crise des subprimes qui a ébranlé le pays n’affecte en aucun cas son potentiel créatif et économique, les Etats-Unis continuent en effet et continueront encore longtemps à attirer les investissements et les hommes.

Le « modèle américain » a encore de beaux jours devant lui…

Cet article a été écrit par Pierre, guest star sur le blog de l’appel du 18 janvier

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