La mort de la Françafrique (2/2)

Suite de l’article La mort de la Françafrique (1/2)

Pour conclure cette épitaphe de la Françafrique entamée dans la première partie de l’article, je ne résiste pas à l’envie de dresser les apports positifs et négatifs de la politique de la France (et de l’Occident) en Afrique depuis la colonisation jusqu’à aujourd’hui, ensuite à chacun de juger…

Les moins :

  • Soutien à des autocrates dont certains ont beaucoup de sang sur les mains
  • Complicité dans de nombreux coups d’état, voire d’assassinat (Sankara au Burkina-Faso), exactions mortifères (Sétif en Algérie, 1945)
  • Pillage des ressources, équation coloniale classique : l’Afrique exporte à vil prix des produits primaires (les 3 C, Coton-Cacao-Café, entre autres) et importe tous les produits manufacturés. Le continent n’a jamais eu de ce fait ni l’occasion ni l’autonomie nécessaire pour s’industrialiser. En fait, comme je le disais dans l’article « Quand les rivières coulent de la mer vers les montagnes », les capitaux ont toujours coulé de l’Afrique vers le reste du monde !
  • Un regard condescendant sur les populations africaines, et par le passé, politique de ségrégation
  • Des grandes compagnies, pétrolières entre autres, qui n’hésitent pas à corrompre les fonctionnaires et dirigeants pour s’assurer des accès privilégiés aux ressources.
  • Une exploitation des ressources qui se fait/s’est faite parfois/souvent au mépris de l’environnement
  • Ventes d’armes
  • Des situations de rentes (pour des entreprises comme Bouygues et Bolloré par exemple) qui ne profitent pas au pays, puisqu’il y a moins de concurrence, moins de proposition…mais tout cela est terminé grâce aux dispositions prises par la Banque Mondiale obligeant les pays à passer des appels d’offre que remporte très souvent la Chine, prête parfois à travailler à perte…

Les plus :

  • Construction d’infrastructures qui bien qu’orientées vers l’exploitation des ressources profitaient aussi aux populations (chemins de fer, routes, etc)
  • Construction d’écoles, véritables efforts d’alphabétisation qui n’auraient été possibles sans l’abnégation de milliers d’instituteurs prêts à aller enseigner au fin fond du continent, sans oublier ces Pères Blancs et ces Sœurs au dévouement sans limites. Encore aujourd’hui, si de nombreux Africains viennent étudier en France, ce n’est pas un hasard, c’est le résultat (l’issue louable ?) d’une histoire commune. Et malgré l’essor de la présence chinoise, beaucoup parmi les élites préfèrent toujours envoyer leurs enfants étudier en Europe. Le brain drain que certains dénoncent profitent malgré tout au continent car d’une part même si certains partent, d’autres restent ce qui suffit à rentabiliser les investissements dans l’éducation, et d’autre part, ceux qui partent profitent des transferts de savoirs et ceux qui finissent par revenir le font avec des idées d’entreprises pour leur pays d’origine dans leurs bagages !
  • Construction de dispensaires à l’époque et encore aujourd’hui, volonté humaniste très forte d’aider ces populations comme en témoigne aussi maintenant l’essor des mouvements humanitaires et autres ONG occidentales (parfois jusqu’à l’excès, cf Arche de Noé)
  • Parallèlement à la démarche économique purement intéressée de la colonisation existait aussi de façon certaine le sentiment sincère de devoir aider ces populations à rattraper leur retard de développement. Tous ne le partageaient peut-être pas, mais il est indéniable que de nombreux Occidentaux ayant vécu là-bas se sentaient réellement proches des Africains au point de communier avec eux. Les liens culturels très forts qui subsistent, comme la Francophonie, sont là pour en témoigner. Les nombreux métissages aussi, contrairement aux Chinois qui n’envisagent les unions mixtes le plus souvent qu’avec dégoût.
  • Le vent de moralisme qui imprègne les politiques occidentales depuis l’effondrement de l’URSS indispose les dictateurs, et quoiqu’on en dise, cette pression a contribué a fait émerger une société civile très féconde et dynamique.

Voilà…à chacun de s’en faire une idée, mais l’objectivité chère aux historiens devrait prévaloir, sans parti pris, ni pour ni contre, l’essentiel étant d’appréhender les faits à leur juste mesure et dans leur globalité historique.

Au fait…vous appréciez ce blog? Abonnez-vous aux articles via les flux RSS en cliquant ici!

Et n’hésitez pas à faire un tour sur la page de l’appel!

2 Réponses to “La mort de la Françafrique (2/2)”

  1. P Jestin Says:

    Je souhaite en partie te contredire sur la première partie de ton article…
    La « françafrique » n’est pas du tout la définition de la politique africaine Française. Il s’agit de liens ou de réseaux établis entre les potentats locaux et certains mileux économiques et politiques français tel que le fameux « réseau Focart ».Il s’agissait pour ces milieux de préserver les monopoles économiques acquis lors de la colonisation. En particulier sur l’exploitation des matières premières.
    En échange de concessions minières ou forestières les dictateurs disposaient de la protection de ces réseaux d’influence.
    Il est dorénavant de notoriété publique que la Françafrique finançait abondemment les campagnes de plusieurs grands partis politique.
    Ainsi de véritables groupes de pression se sont imposés.
    Au début des années 60 fut institué sous la juridiction Gauliste le Service d’Action Civique pour lutter contre les mouvements d’extreme gauche. L’appartenance à ce service de nombreux mercenaires (Bob denard) et trafiquants fut alors un prétexte à toutes les exactions sans que les organismes étatiques (DGSE,DST) n’en furent mélés.
    Bien qu’il y ait eu de la part des gouvernements succesifs une certaine tolérance vis à vis de la françafrique durant la guerre froide, les années 80 et 90 signèrent le déclin rapide de tous les réseaux existants. Les menaces extérieures s’atténuant, le SAC est dissous en 1981 et la plupart des régimes imposés par les occidentaux s’écroulent(le plus emblématique des potentats « Mobutu Sese Seko Zabawanga », chef d’état de la RDC quitte le pouvoir en 1997). Tu n’as absolument pas relater la politique africaine américaine, (la guinée équatoriale deviendra dans un avenir très proche un de ses principaux fournisseurs pétroliers). L’Afrique a subi le jeu des puissances soviétiques et américaines durant la guerre froide.
    Ne fais pas l’amalgame entre la Françafrique et la coopération diplomatique, culturelle et scolaire, car tous ces Pretres, enseigant et médecins sont étrangers aux trafics!!!
    Tes propos sont particulièrement érronés vis à vis de la Cote d’Ivoire. Je voudrais connaitre tes sources pour affirmer que Houphouet est responsable de ce massacre. Je veux ensuite affirmer que cet homme politique offrit à son pays un modèle de dévellopement exceptionelle basé sur l’édification d’un secteur agroalimentaire puissant. Au pays on le surnomme affectueusement « le vieux », il reste très populaire pour un génocidaire!

  2. Fabrice Says:

    Très interessant cet article et les critiques faites à son encontre.
    Désolé, ne connaissant pas le sujet, je préfère lire et me taire.
    Merci pour ces réflexions.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s