La Chine colonise-t-elle l’Afrique ? (2/3)

…suite de l’article la Chine colonise-t-elle l’Afrique? (1/3)

Quelles sont les raisons du succès de la Chine en Afrique ?

  • D’abord le déclin de l’influence occidentale en général, et de la France en particulier, couplé au conditionnement des aides aux efforts de bonne gouvernance et de transparence (depuis la fin de la guerre froide), ce qui a le don d’irriter les potentats africains. Mais combien même la France souhaiterait-elle conserver une influence en Afrique, qu’elle ne le pourrait plus, elle n’en a plus les moyens, ni économique, ni militaire (l’opération Licorne de maintien de la paix en Côte d’Ivoire était très proche de la capacité maximale de projection de toute l’armée française). A la rigueur l’Union Européenne pourrait rivaliser avec la Chine, mais de là à ce qu’elle se mette d’accord sur une politique étrangère commune, il y a loin de la coupe aux lèvres. Aujourd’hui, les Occidentaux se complaisent à regarder ce continent qu’ils croient à tort en perdition avec misérabilisme, paternalisme et condescendance….alors qu’il se réveille justement, aidé par une Chine qui y voit de merveilleuses opportunités là où nous ne voyons que les ruines de l’époque coloniale, symbole de notre grandeur passée. Pour approfondir ce point je vous recommande l’article précédent « La mort de la Françafrique»
  • L’état dans lequel se trouvent certains pays, acculés à la misère et à la désorganisation chronique à cause des politiques ultralibérales du consensus de Washington (pour lequel le FMI reconnaît aujourd’hui s’être trompé) : privatisation sans avoir mis en place un environnement suffisamment concurrentiel, ouverture aux capitaux volatils, décentralisation sauvage (dont on a prouvé qu’elle a conduit à la famine de 2005 au Niger). Le Niger, pour reprendre cet exemple, se retrouve avant-dernier pour l’indicateur de développement humain, après 25 ans de politiques dictées par le FMI ! On a aussi du mal à imaginer que la moitié des parlementaires nigériens ne savent pas lire ! La Chine n’avait plus qu’à se baisser pour ramasser la confiance de ces pays.
  • L’obligation imposée par la Banque Mondiale (grâce lui soit rendue pour une fois) pour les pays africains de passer des appels d’offres pour tout projet d’infrastructures. Ce qui a permis à la compétitivité chinoise de s’exprimer à plein !
  • Car Pékin ne pose aucune condition politique à ses aides et prêts et s’abstient de tout discours moraliste. La Chine joue même la partition du grand frère également meurtri par la colonisation occidentale (les Occidentaux avaient forcé militairement la chine à s’ouvrir au commerce international dès 1858 ) et fait toujours en sorte de se mettre au niveau de ses interlocuteurs en se présentant comme un pays en voie de développement, ce qu’elle n’est plus. En effet elle est passée au niveau supérieur, c’est désormais un pays émergent, et non des moindres : la Chine, c’est 325 Singapour de plus, ou une bonne dizaine de Japon…
  • Car la Chine dispose d’énormes réserves de changes résultant de ses excédents commerciaux (plus de 1500 milliards de dollars fin 2007, les plus élevées au monde). Cet argent lui permet d’investir massivement sur le continent noir dans de vastes projets d’infrastructures, parfois tout simplement offerts aux pays africains. La Chine n’a ainsi aucun mal à trouver des partenaires avec qui traiter, et elle retourne un à un les pays qui s’étaient d’abord alliés à Taïwan. Comme l’écrit le président sénégalais Wade à son homologue taïwanais, juste après avoir changé son fusil d’épaule au profit de la Chine populaire : « Entre pays, il n’y a pas d’amis, que des intérêts »
  • Car la chine n’est pas une démocratie ! Elle peut donc allouer les milliards comme bons lui semble sans avoir à rendre de compte aux électeurs ou à leurs représentants. C’est ce qui la distingue de l’Inde qui reste plus frileuse en matière d’investissements : là où le Parlement indien rechigne à entériner le financement de certains projets en Afrique jugés peu rentables, la Chine n’a pas ce problème et n’hésite pas s’engager à perte, du moment que cela lui permet de mettre un pied dans le pays. La Chine mène d’une main de maître une stratégie de long terme et PREND des risques.
  • Car la Chine est capable de répondre à tous les appels d’offre et de projeter rapidement des dizaines de milliers d’ouvriers qui finissent les chantiers en un temps record, au grand dam des Bouygues et consorts. Elle propose des packages clé en main « barrage + usine, ce dont sont incapables les entreprises occidentales. Ses ouvriers et ingénieurs sont prêts à vivre chichement et ne réclament pas d’être logés à l’hôtel comme les Occidentaux. La « mentalité » chinoise et la relation au travail sont un atout de poids. Les Africains hallucinent devant leur capacité de travail que n’obère pas leur corpulence pourtant chétive : « Nous ne sommes pas comme eux. Nous avons une autre façon de vivre. Les Chinois, quand ils sont pressés, ils font les trois huit. Ils travaillent la nuit, mais les Congolais ne suivent plus… » Ou encore, pour le ministre des travaux publics algérien : « Les chinois sont une race à part. Nous aurions besoin de leur culture du travail rigoureuse ». Enfin les Chinois sont discrets, et ça les Africains apprécient, contrairement aux Occidentaux : « Les Américains surtout nous parlent de family values à longueur de journées mais quand ils arrivent à Luanda, ils se bourrent la gueule et sautent des putes. Les Chinois sont disciplinés, modestes, respectueux. S’ils touchent une Angolaise, ils sont renvoyés chez eux, et c’est très bien ainsi. »
  • Car la Chine ne laisse rien au hasard et entreprend une vraie stratégie de rapprochement en cherchant à circonvenir et amadouer les élites africaines par les ruses les plus convenues, dignes des romans d’espionnage. Un élu congolais raconte : « Je ne sais pas comment ils font, ils étudient chaque cadre, chaque ministre. Ils s’arrangent pour créer des relations amicales Une fois à table, j’ai fait la connaissance d’un grand patron du ministère du Commerce. Il m’a parlé de jazz et d’architecture gréco-romaine. Mon Dieu c’est exactement ce que j’aime ! Alors j’ai compris que tout était monté. Après on s’est rendu compte qu’ils avaient fait la même chose pour tous les ministres congolais…chacun son Chinois ! Attention, dans 10 ans le monde est à eux ! » (La Chinafrique, p. 132-133)
  • Enfin car la Chine pousse les cadres de ses grandes compagnies d’état à s’établir à leur compte pour mieux profiter des opportunités constatées sur place. Cette souplesse propre à l’initiative individuelle, soutenue par les capitaux prêtés par le gouvernement est un moteur indéniable de la « conquête » rampante des marchés africains.

…dans le prochain article: suite et fin, quels sont les points positifs et négatifs de la présence en Afrique?

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