Archive for the ‘Econmie et mondialisation’ Category

Les trois composantes de notre temps (2/2)

septembre 12, 2008

Suite de l’article « Les 3 composantes de notre temps (1/2) »

Sans m’appesantir sur une de leurs conséquences remarquables que sera l’allongement et la meilleure compréhension de la vie, deux bouleversements majeurs sont à la clef pour l’humanité. D’une part on parviendra bientôt à reproduire parfaitement la dextérité manuelle de l’homme, sa capacité à se mouvoir aisément, à se lever, à marcher, courir, tourner, prendre un objet, le déposer, etc. D’autre part d’énormes progrès seront faits en intelligence artificielle qui permettront aux logiciels de comprendre le langage, d’analyser un texte, d’en déduire les points les plus importants, de les hiérarchiser, de résumer un texte à la longueur souhaitée. Les machines pourront bien sûr traduire parfaitement toutes les langues, ce qui aura pour délicieuse conséquence de faire tomber la dernière des barrières qui sépare encore les hommes et les blogosphères. Comme j’ai déjà pu le suggérer, la majore de promo d’Harvard en 2035 sera peut-être une étudiante africaine ne parlant que le swahili… Mieux encore, les machines pourront comprendre une question, et y répondre en parfait « français », « anglais » ou autre, en fonction du degré de concision attendu. Une véritable révolution vous dis-je, déjà évoquée dans ce précédent article. Le jour où ces deux phénomènes inévitables arriveront à maturité, possiblement avant 2100, certainement avant 2200 compte tenu de ce qu’on sait déjà faire (regardez donc la vidéo!) et de l’allure toujours croissante à laquelle avance le progrès scientifique, tous les métiers manuels et intellectuels seront condamnés, précipitant vers le chômage quasiment toute la population active.

Mais d’un autre côté, le coût des produits et services chutera drastiquement : tout deviendra abordable et ces Humains oisifs n’auront peut-être plus qu’à profiter « du pain et des jeux » gracieusement mis à disposition par un système autogéré. Un système optimal qui alliera ressources renouvelables et renouvelées à des coûts de conception, fabrication et distribution quasi nuls garantissant ainsi l’abondance. Sans doute aurons-nous alors dépassé le capitalisme, pour arriver au vrai communisme comme l’avait théorisé Marx. Les tâches les plus dures à imiter resteront l’humour et les arts, mais je pense qu’on y parviendra aussi, ne serait-ce que parce que composer, par exemple, « ce n’est que » créer une association inédite de notes avec une dose de hasard, paramétrée pour plaire à telle ou telle culture, telle ou telle oreille, un processus qu’il n’est pas à mon sens difficile d’imaginer un jour reproductible « mécaniquement ».

C’est pourtant ce qui arrivera, avant 2100 compte tenu de ce qu’on sait déjà faire et de la vitesse du progrès

3. Enfin la dernière des composantes qui, je crois, définit le monde d’aujourd’hui mais surtout de demain, c’est l’émergence et l’affirmation d’une nation humaine. La vie en société est un fait indissociable de l’homme, c’est inhérent à notre nature, nous n’avons pas besoin de le rechercher, c’est notre instinct, l’instinct grégaire. Par contre dimension et structure des sociétés n’ont toujours été que pures constructions de l’esprit humain. Les Hommes d’hier et d’aujourd’hui se sont divisés en langues, religions, pays, cultures…mais quelque chose nous dit que tout ceci reste « artificiel » : pourquoi une religion serait-elle mieux qu’une autre ? Nous savons tous qu’au fond nous appartenons à la même communauté, et que notre immense dénominateur commun, c’est le genre humain. L’Humanité me fait parfois penser à un simple être humain, ou plutôt à un enfant âgé de deux ans qui peine à comprendre que ce qu’il voit dans un miroir, c’est bien lui, c’est sa propre image. Oui, je pense que l’humanité en tant qu’espèce n’a que deux ans d’âge mental. Car elle prend à peine conscience se son unité, de son unicité, de ce qu’elle n’est qu’une. Cette prise de conscience, certains l’ont déjà eue, ont essayé et essaient de l’inculquer à nous tous : ce sont les visionnaires, les humanistes, les universalistes, les Prix Nobel de la Paix, les grands sages, les anonymes qui travaillent dans l’humanitaire, et tout ceux qui trouvent leur bonheur dans l’altruisme et le don de soi. MAIS si nous en sommes encore à nous entretuer dans certaines parties du monde, ou simplement à nous quereller alors qu’agir est notre devoir immédiat à tous pour aider à sortir de la pauvreté ceux qui s’y démènent encore, c’est bien parce que, collectivement, au niveau de l’espèce, le déclic n’a pas eu lieu, l’humanité dans sa majorité ne s’est pas encore reconnu dans le miroir, elle ne s’y voit aujourd’hui que de façon floue. Et pourtant, je suis convaincu que les traits se précisent, que nous ne nous autodétruirons pas.

Il me semble qu’à l’image de l’Union Européenne, les nations vont et devraient chercher à se regrouper en sous-ensembles régionaux sur des critères qui nous rassemblent et nous ressemblent (a priori en laissant donc à la sphère privée les religions) afin de faire face aux défis supranationaux et d’atteindre la paix perpétuelle. Cette mutation ne pourrait être d’ailleurs qu’une étape vers la constitution d’une vaste fédération mondiale. Ces sous-ensembles régionaux, préludes à un « ensemble mondial » fonctionneront d’autant mieux qu’ils se seront dotés d’un outil pour se comprendre au-delà d’un simple anglais d’aéroport, je parle d’une seconde langue commune.

D’après les démographes, L’Humanité atteindra son pic en 2050 avec 9 milliards d’individus, mais ne croîtra alors plus car toutes les sociétés auront achevé leur transition démographique. Et dire que ces neuf milliards que nous serons en 2050 ne sont les descendants que des quelques milliers d’Homo Sapiens qui vivaient il a de ça 100 000 ans, eux-mêmes seuls descendants de la lignée Homo à avoir survécu, ou plutôt à s’être imposés au détriment des espèces cousines et concurrentes ! Même pas de quoi remplir un virage du Stade de France ! Et c’est pourtant de là que tout est parti ! Tout ce que nous connaissons et dont nous profitons vient de ces milliers de bipèdes qui gambadaient nus ou presque dans une nature hostile. Temps et espace se sont ensuite efforcés de diviser cette communauté première. Celle-ci s’est diversifiée en petits groupes partis peupler les quatre coins du monde, se dotant chacun d’une culture, d’une langue, d’une cosmogonie et d’une religion. Le climat a donné à chaque groupe sa couleur de peau. Puis la vapeur s’est inversé, comme on l’a dit les progrès de la science et l’essor de l’économie de marché n’ont cessé de réduire temps et espace pour qu’aujourd’hui nous ne soyons à nouveau presque plus qu’un. Voici le village global dont parlait Marshal MacLuhan ! La boucle est bouclée.

Enfin presque ! Car ce dépassement des nations ne sera possible que si au préalable a été effacé ce que l’historien Marc Ferro appelle le « ressenti historique », qui affecte les peuples humiliés. Toutes les minorités bafouées à qui on a nié le droit à l’autodétermination devront d’abord pouvoir choisir leur destin. Cela va poser d’immenses problèmes à la Chine et la Russie dont l’intégrité territoriale sera très certainement remise en question le jour où le niveau de vie, l’opinion et la pression publiques seront tels qu’il leur deviendra intenable de réprimer les velléités autonomistes. Je vois d’abord pour les états et régions où l’ethnie au pouvoir impose ses volontés aux minorités (les Kurdes, les Tibétains, les Tchétchènes, Palestiniens, etc) une fragmentation en nations libres et enfin souveraines ; on pourra alors ensuite assister au processus inverse de rassemblement, mais cette fois fondé sur l’équité et le respect, où tous les états traiteront d’égal à égal. Et quand toutes les plaies aurons été pansées et les humiliations apaisées, l’on pourra bâtir cette nation humaine à partir d’un éventail de briques culturelles reconnues et respectées de tous. Enfin cela laisse en suspens la question fondamentale avancée par Christophe Barbier dans un de ses éditos de l’Express: « A quel niveau de fragmentation tribale la revendication identitaire cesse-t-elle d’être légitime? »

Mais ne nous lamentons pas trop sur le sort qu’une telle utopie réserve aux nations, ces entités fictives résultant d’un « nation-building »  plus ou moins long (de quelques millénaires pour les plus anciennes, à quelques dizaines d’années, voire mois pour les plus jeunes !). Les mythologies nationales ne sont bien souvent le fait, il faut bien l’avouer, que d’une « propagande » nécessaire à la cohésion de la société. Trop d’États sont de toute façon artificiels. Entre autres, la Belgique et l’Iraq. Sans parler de tous les pays d’Afrique où la Nation n’a pas de sens, où l’ethnie prévaut et continue de miner les démocraties naissantes, puisqu’on y choisit d’abord l’homme se son clan. Le Congo ex-Zaïre est un exemple parmi tant d’autres, à qui on a donné à l’indépendance un drapeau, un hymne, des frontières, mais tout cela ne veut rien dire dans ces contrées multiethniques, et il ne faut pas craindre de voir l’échelon national perdre de l’importance au profit de l’échelon régional, continental et même mondial. Je suis Français certes, mais je me sens surtout Terrien francophone.

Nous sommes décidemment les heureux contemporains d’une époque incroyable tant elle nous réserve de surprises. Nos ancêtres étaient habitués à l’immuable, à l’éternelle succession des saisons et des ans, sans que rien ou presque ne change et ne soit remis en question. Je peine à réaliser qu’il y a moins de différences entre l’enfance rurale de mon grand-père et celle de son ancêtre du moyen-âge, qu’entre la sienne et la mienne ! C’est dire ! Je souhaite vivre le plus longtemps possible en partie pour voir jusqu’où nous mènera cette aventure fantastique, guidée par ces trois axes que sont l’économie de marché, la science, et leur corollaire commun, l’unification de l’Humanité. J’espère aussi pouvoir tout au long de ma vie et à mon modeste niveau œuvrer à cette prise de conscience collective. Car plus nous attendons, plus de gens auront à souffrir encore inutilement.

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Les trois composantes de notre temps (1/2)

septembre 7, 2008

Notre monde est en pleine mutation : jamais les repères n’ont bougé aussi vite, jamais les idées n’ont autant circulé, jamais les Hommes n’ont eu une telle conscience d’eux-mêmes. Et jamais autant de Terriens ne sont sortis aussi vite de la pauvreté, 400 cents millions ces 30 dernières années, surtout en Chine.

Nous vivons une époque fascinante et dans ce dédale d’implications complexes, trois grandes composantes définissent à mon sens la situation dans laquelle se trouve l’Humanité : l’avènement de l’économie de marché au niveau mondial, l’accélération du progrès technique et la dernière, conséquente des deux premières, l’émergence d’une Nation humaine.

1. L’économie de marché s’est imposée aux yeux de tous comme la façon la plus efficace de créer et répartir la richesse depuis la chute de l’Union Soviétique, épuisée par une « guerre des étoiles » que le fiasco communiste ne pouvait plus financer. Malgré les errements du FMI des années 90 qui a voulu imposé sa doctrine ultralibérale à tort, tous les pays qui ont adopté les canons de l’économie de marché (liberté d’entreprendre, respect de la propriété privée, accès au crédit, liberté de fixer les prix, liberté de choisir son travail, maintien d’un contexte concurrentiel, état de droit, etc), par étape et sans tomber dans l’excès (sans s’ouvrir complètement par exemple aux flux de capitaux à court terme particulièrement déstabilisateurs) ont largement amélioré leur sort. Hormis l’Occident qui domine le monde (même si c’est bientôt terminé) parce qu’il a été le premier à appliquer ces principes, c’est le Japon qui a ainsi inauguré ce vent nouveau de modernisation, ont suivi les quatre dragons asiatiques (Taïwan, Hong-Kong, Singapour et la Corée du Sud), puis la Chine, et l’Inde, le Brésil…ce souffle de modernité ne tardera pas à balayer le monde islamique contrairement à ce que prophétisent les Cassandres obnubilées par une menace terroriste exagérée, et ce en passant par le pivot que constitue le Pakistan. L’Afrique aussi, qui sort de la décennie du chaos, fait preuve d’une dynamique encourageante.

Même si les Hommes aiment repousser toujours plus loin les limites du capitalisme en éprouvant de nouveaux instruments financiers (les Américains les premiers, ces apprentis-sorciers du capitalisme !), force est de reconnaître que les nombreux retours de flamme et autres crises économiques traversées ont considérablement apporté à notre compréhension de tous ces mécanismes complexes, et les économistes en ont développé une connaissance suffisamment poussée pour ne pas reproduire les erreurs majeures du passé. Ainsi par exemple c’est après la crise de 29 que l’on s’est rendu compte que le budget pouvait être plus qu’un simple moyen de faire fonctionner l’État : auparavant jamais politiques budgétaire et monétaires n’auraient été conçues comme moyens de sortir d’une crise, en baissant les impôts et en diminuant les taux d’intérêts, et ce pour favoriser l’emprunt des entreprises et particuliers et donc la reprise (ce qu’on appelle des politiques keynésiennes). Aujourd’hui, même si la débâcle des subprimes peut sonner comme le réquisitoire du capitalisme, n’oublions pas que c’est l’action concertée des principales banques centrales, en injectant des liquidités, qui a évité un assèchement préjudiciable du crédit, raison première de la propagation de la crise de 1929. La crise serait donc bien pire sans cette intervention…et les États-Unis que tout le monde voyait en récession ne le sont pas en fin de compte…contrairement à l’Europe qui va y rentrer : car l’économie américaine est bien plus dynamique, le travail bien plus flexible, l’immigration plus importante (n’oublions pas que d’ici à 2050 l’Amérique va gagner 100 millions d’habitants, et l’Europe en perdre 20 !).

Néanmoins,  « l’économie de marché consacrée » est encore bien loin d’avoir porté tous ses fruits. De la même manière qu’au XIXème siècle elle n’a pu s’épanouir dans chaque pays que parce qu’un État fort y faisait respecter des lois jugées équitables, notre économie mondialisée devra tôt ou tard se doter d’une gouvernance digne de ce nom. Cette gouvernance devra être transparente, représentative, garante des intérêts de tous et dotés de réels moyens coercitifs. Elle aura pour mission, entre autres, d’orchestrer un commerce international qui profite à tous. En effet gardons à l’esprit que la libéralisation du commerce produit plus de gagnants que de perdants, et qu’on devrait donc être en mesure d’indemniser ces perdants. Cette gouvernance mondiale qu’on devrait tous appeler de nos vœux pourra alors faire face aux enjeux supranationaux que sont entre autres le changement climatique et l’accès à l’eau et à l’énergie. Ceci correspond à une approche « de haut en bas », il faut l’associer à une approche «de bas en haut » en venant donner directement une chance à chaque être humain d’utiliser le potentiel qu’il recèle. J’entends par là donner accès à tous au crédit, ce formidable levier économique dont même (surtout) les pauvres savent faire bon usage, comme l’a brillamment démontré le professeur Mohamed Yunus.

2. La seconde composante fondamentale caractérisant l’aventure humaine est l’essor incomparable que connaissent les sciences. Tout s’accélère frénétiquement. On a coutume de dire que les révolutions technologiques ont toujours deux penchants : une nouvelle façon de faire circuler l’information et un nouveau moyen de produire de l’énergie. C’est ce qui s’est passé avec le charbon et la machine à vapeur qui ont permis le développement du chemin de fer et des bateaux steamers (démocratisant l’émigration aux États-Unis) associé au télégraphe qui lui-même a permis l’émergence de grandes Bourses de commerce du fait d’un jeu entre l’offre et la demande qui pouvait alors s’exercer en temps réel avec un prix unique pour chaque marchandise. Les autres bouleversements, on les connaît, ce sont le moteur à essence et la voiture, le téléphone, la radio…et plus récemment la télévision, l’énergie nucléaire, le transistor, prélude à l’ordinateur et l’informatique, le numérique, les télécommunications par satellite, internet, la téléphonie sans fil, la géolocalisation, les nouvelles générations d’éoliennes et de cellules photovoltaïques permettant le véritable décollage des énergies renouvelables… Tout ceci modifie notre rapport au temps et à l’espace et poursuit le double objectif suivant : d’une part transporter hommes et marchandises partout et le plus rapidement possible, d’autre part communiquer avec n’importe qui et avoir accès à toute la connaissance humaine partout et tout le temps, le tout le moins cher possible ! Il est d’ailleurs important de souligner que c’est bien souvent l’armée américaine et la NASA qui ont été à l’origine des dernières percées scientifiques, dans un contexte où la maîtrise du ciel et de l’espace impliquaient de pouvoir réaliser des calculs prodigieusement compliqués. Cette puissance de calcul a très vite était déployée dans la finance permettant la mise au point de nouveaux outils à même de déceler les moindres imperfections du marché, partout, tout le temps. Et maintenant c’est le grand public qui en profite à travers les jeux vidéo, le cinéma d’animation 3D, etc.

S’il est un mot qui devait qualifier notre ère technologique, c’est bien « le réseau » : nous assistons à la mise en réseau progressive du monde à tout les niveaux. On le conçoit tout à fait du point de vue des NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information), mais apprêtons-nous à le voir arriver pour ce qui est de l’énergie : bientôt, les scientifiques nous disent, chacun sera producteur d’électricité car l’on saura récupérer toutes les énergies aujourd’hui autant gâchées qu’insaisissables (le vent qui balaye la façade de ma maison, le mouvement de portes que j’ouvre et je ferme des milliers de fois par an chez moi, etc), on saura stocker cette énergie dans des piles à hydrogène, et l’on pourra enfin en déverser le surplus dans un vaste réseau mondial, exactement à l’image d’internet…producteurs et consommateurs d’informations et d’énergie…

Mais là ne parle-t-on finalement que d’aujourd’hui, voire de demain matin. Voici les sciences de demain soir et d’après demain qui vont véritablement révolutionner nos vies au point de faire passer les scénaristes de « Matrix » pour d’ennuyeux conteurs à l’imagination limitée : nanotechnologies, biotechnologies, génie génétique, neurosciences, bionique, robotique et intelligence artificielle. Sans m’appesantir sur une de leurs conséquences remarquables que sera l’allongement et la meilleure compréhension de la vie, deux bouleversements majeurs sont à la clef pour l’humanité: d’une part….(la suite dans la deuxième et dernière partie!)

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Qu’est-ce qu’un fonds souverain?

juillet 9, 2008

Ratan Tata, industriel indien, a racheté en mars 2008 deux fleurons de l’industrie automobile britannique, Jaguar et Land rover pour 2,5 milliards de dollars. On ne peut pas s’empêcher de savourer avec lui ce moment quand on sait que son grand-père, avant l’indépendance, s’était vu refuser l’entrée dans un hôtel à Bombay par les Britanniques du fait de sa couleur de peau…En réponse à cette avanie, le grand-père avait d’ailleurs fait bâtir le Taj Mahal Palace, l’hôtel le plus beau de la ville.

Cette anecdote illustre parfaitement ce qui est en train de se produire en notre bas monde : le Sud se paye le Nord. Et encore ne s’agit-il ici que d’un industriel aux marges de manœuvre financière somme toute réduites par rapport aux nouveaux géants de la finance que sont les FONDS SOUVERAINS !

Que l’ex-Tiers Monde – eh oui depuis l’effondrement de l’URSS, l’expression Tiers-Monde inventée par l’économiste français Alfred Sauvy en 1952 n’a plus de sens – que l’ex-Tiers-Monde, disais-je, finance les pays occidentaux n’est pas nouveau en soi. En effet comme j’ai pu brièvement l’exposer dans l’article précédent « Quand les rivières coulent de la mer vers les montagnes », il est un fait que d’un point de vue macroéconomique, à quelques exceptions près, les capitaux n’ont eu de cesse de couler des pays pauvres vers les pays riches…et ce pour caricaturer depuis le premier voyage de Christophe Colomb ! Il est cocasse de souligner une fois de plus que ce sont les pays qui comptent le plus de pauvres sur notre planète qui désormais créent le plus de richesses. La Chine, l’Inde et la Russie sont à l’origine à eux trois de la moitié de la richesse mondiale créée chaque année! Ces pays, la Chine en tête, financent ensuite le train de vie démesuré des Occidentaux, Américains en tête (les Chinois sont les premiers banquiers des Etats-Unis avec 450 milliards de dollars de créances), Américains qui ne vivent plus qu’à crédit, pour acheter la production chinoise…la boucle est bouclée.

Mais aujourd’hui, c’est un fait nouveau qui apparaît : les pays qui ont de l’argent à investir, soit du fait de leurs colossaux excédents commerciaux (la Chine), ou de la hausse du prix du pétrole et autres matières premières (pays du Golfe, Russie, etc), – et qui ont constitué avec cette manne ce qu’on appelle donc fonds souverains (SWF : Sovereign Wealth Fund) – ne se satisfont plus de titres de créances des pays occidentaux, ils veulent des titres de propriété et ainsi devenir actionnaire ! En clair, acheter de la dette américaine, ça va un temps (surtout quand le dollar n’arrête pas de se déprécier!), maintenant ces pays veulent acquérir des biens, de l’immobilier, des entreprises, high tech si possibles, avides de technologies qu’ils sont !

Cette tendance s’est amplifiée depuis l’éclatement de la bulle immobilière américaine l’été dernier : les grandes banques américaines ayant trop prêté à des ménages peu solvables ont dû assumer au final les défauts de paiement. Concrètement elles ont dû rapatrier dans leur bilan des créances qu’elles avaient externalisées. Or plus une banque détient de créances plus elle doit avoir de fonds propres pour respecter ce qu’on appelle les ratios prudentiels. Elles se sont donc rapidement retrouvées décapitalisées, et donc à la recherche de capitaux. Et ce sont les banques américaines elles-mêmes qui ont sollicité les fonds souverains, ces investisseurs providentiels ! Ainsi la deuxième banque d’affaire américaine Morgan Stanley a été sauvée grâce aux 5 milliards de dollars d’investissements du China Investment Corp, le fonds souverains chinois qui serait de doté de 200 milliards de dollars. Le plus gros fonds, c’est celui des Emirats Arabes Unis, Adia, qui gère 875 milliards de dollars, et qui a pu prendre une participation de 4.9% dans Citigroup, qui a été pendant longtemps la première banque américaine et qui reste la première marque mondiale, en y investissant 7,5 milliards de dollars, soit la production de pétrole d’une vingtaine de jours. En France par exemple, le fonds souverain norvégien, dépositaire de la manne pétrolière évaluée à 300 milliards de dollars, est le deuxième actionnaire du CAC 40, le premier actionnaire étranger après CNP Assurance. En Allemagne, pire, 53% de la valeur des trente premières entreprises est aujourd’hui en 2008 détenue par des actionnaires étrangers, et dire que c’était moins de 50% en 2005!

Ces fonds souverains, techniquement des fonds public de placement, ne sont pas nouveaux, pour tout dire le premier est apparu en 1953. Ils ont pour mission de placer tantôt l’épargne du pays, tantôt les pétrodollars, dans une optique de long terme. Ils recherchent la stabilité et une rentabilité raisonnable (…a priori), à la différence des « hedge funds », ces fonds d’investissement spéculatifs qui ne gardent les titres qu’ils achètent que pendant deux mois en moyenne tout en exigeant des retours sur investissement de l’ordre de 20% ! S’ils se font plus remarquer aujourd’hui, c’est surtout du fait de leur nationalité extra-occidental et de leur capitalisation : en 1990 ils ne représentaient « que » 500 milliards de dollars, aujourd’hui ils valent 3000 milliards de dollars (soit assez pour acheter tout le CAC 40), et certains experts tablent sur 15000 à 20000 milliards en 2012, assez pour acquérir les 400 plus grandes entreprises américaines !

Voilà pour le tableau ! Maintenant qu’en est-il des réactions ? Certains les accueillent à bras ouverts, dont les banques on l’a vu, leurs détracteurs s’en méfient comme de la peste, leur prêtant les plus mauvaises intentions prédatrices. Comme tout phénomène humain n’est jamais ni tout noir, ni tout blanc, voici un petit panorama de leurs principales caractéristiques classées en avantages et craintes, ensuite au lecteur de se faire son avis!

Avantages et points positifs :

  • Voici par exemple ce que dit Bader Al-Saad, directeur de la Koweit Investment Authority (213 milliards de dollars de capitalisation) : « Nous sommes des investisseurs passifs positionnés sur le long terme. Nous sommes très régulés : je vais devant le parlement trois à quatre fois par an. Nous n’avons aucune directive politique pour nos investissements. Nos objectifs sont uniquement financiers. »
  • Beaucoup de fonds ne demandent pas à siéger au conseil d’administration, ce qui signifie qu’ils ne cherchent pas ni ne peuvent alors influer sur la stratégie des entreprises.
  • En sauvant les banques américaines, ils ont sauvé le système financier international et se sont révélés être en fin de compte d’incontournables éléments stabilisateurs.
  • Les Chinois, que beaucoup craignent, n’ont en fait pas de visées impérialistes, sauf pour le Tibet, Taïwan, et en ce qui concerne leur approvisionnement en matières premières. Ils n’ont donc aucune raison de vouloir racheter tout Wall Street.
  • On dénonce leur manque de transparence, or, aujourd’hui cette opacité peut en fait être vue comme un atout, car cela les affranchit de la pression des marchés : ils ne sont pas sous la férule du court-terme et n’ont pas à gérer leur portefeuille dans le seul souci d’en optimiser la valeur dans l’instant…contrairement aux hedge funds.
  • Les Chinois investissent dans les grandes banques américaines…cela ne peut que mieux les armer pour bientôt prendre pied dans l’immense système financier chinois qui ne devrait plus tarder à s’ouvrir aux entreprises étrangères.
  • Certains disent qu’ils pourraient se servir de leurs actifs pour attaquer les monnaies occidentales. Cela veut dire que si ces fonds se mettaient tous à vendre leurs titres de créances (dette qu’ils détiennent) ou de propriété (actions) libellés en dollars, le dollar pourraient alors sombrer vers les abîmes les plus profonds, permettant alors à ces mêmes fonds de racheter toute l’Amérique pour une bouché de pain ! C’est impossible, car la Chine, pour ne pas la nommer, détient tellement d’actifs libellés en dollars, que si elle en vendait soudainement une bonne partie, le dollar baisserait tant que la grosse partie restante perdrait instantanément énormément de valeur : la Chine n’a donc aucun intérêt à le faire…

Maintenant les craintes, risques et autres inquiétudes :

  • Il y a autant de politiques menées que de fonds souverains
  • Ne peut-on pas craindre que ces actionnaires longtemps restés passifs ne nourrissent pas en secret une stratégie industrielle ? Et qu’ils se réveillent pour dicter leurs choix stratégiques aux entreprises, soufflés par les Etats qu’ils représentent ?
  • Comme dit Joseph Stiglitz : « Nous devons être très vigilants sur leurs pratiques. Achètent-ils un fabricant de crayons pour son rendement financier ou pour supprimer les crayons ? »

Certains enfin craignent les transferts de technologies…mais ne faut-il pas s’en réjouir, tant que cela ne concerne pas les actifs stratégiques (technologies militaires, infrastructures vitales) ? En effet, les pays du Sud ont un tel retard technologique que dans l’intérêt de tous il serait bon qu’ils le rattrapent au plus vite, et si ces fonds souverains comptaient s’y employer, eh bien tant mieux !

Alors bien sûr, il faut tout de même se méfier : Berlin par exemple entend ainsi pouvoir intervenir, même rétroactivement, contre tout investissement considéré comme étant hostile.

Finalement ne peut-on pas dire que l’entrée de ces fonds souverains dans le capital des grandes entreprises occidentales n’est que le juste retour des choses ? Ce mouvement de balancier n’est-il pas somme toute normal compte tenu de la mondialisation des marchés auxquelles s’adressent justement ces entreprises, et compte tenu de la délocalisation de la production bien souvent d’ailleurs dans ces pays du Sud à forte épargne ? C’est du moins ce que je crois humblement.

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