« The Bottom Billion » – Le Piège du conflit récurrent

« The Bottom Billion : why the poorest countries are failing and what can be done about it ». C’est le titre de l’ouvrage écrit par Paul Collier,  professeur d’économie et directeur du Centre pour l’Étude des Économies Africaines à Oxford, également ancien directeur de la recherche sur le développement à la Banque Mondiale. Ce livre, publié en 2007, fait autorité dans le milieu, c’est  déjà devenu un classique pour tous ceux qui s’intéressent de près  ou de loin à la cause du développement et de la lutte contre la pauvreté.

Par « bottom billion » (ci-après BB), l’auteur désigne le milliard d’êtres humains habitant dans les pays les plus pauvres.

En termes de développement, Paul Collier affirme que le plus gros du travail a été fait ces 40 dernières années et un grand nombre de pays dont l’Inde et la Chine  se sont définitivement placés sur les rails de la prospérité. Mais le plus dur reste à faire pour le BB, dont les revenus ont diminué de 5% lors des années 90 quant ceux du reste de l’humanité augmentaient.

Première idée reçue, la croissance économique du pays n’est pas un des moyens les plus efficaces de réduire la pauvreté. C’est faux, « en général, la croissance économique profite aussi aux petites gens. Le problème du Milliard d’en bas n’est pas qu’il a eu le mauvais type de croissance, ni qu’il n’a pas eu une croissance pro-pauvre ou durable, mais qu’il n’a pas eu de croissance du tout ! »

Le problème de la pauvreté persistante du BB est en fait moins compliqué à résoudre que ceux que l’humanité a péniblement affrontés au cours du XXème siècle, mais sa résolution suppose une refonte en profondeur des stratégies d’aide ainsi que la mise en œuvre de coopérations inédites entre les gouvernements et les institutions internationales.

Les pays du BB sont empêtrés dans au moins un des 4 pièges à pauvreté identifiés par Paul Collier. Voici dans cet article un résumé du chapitre traitant du premier piège, celui du conflit récurrent, balayant un certain nombre d’idées toutes faites.

Le piège du conflit récurrent

Paul Collier a prouvé statistiquement quels étaient les facteurs favorisant le plus la survenue d’une guerre civil : de bas revenus, une croissance faible,  l’importance des matières premières dans l’économie du pays, et très accessoirement la diversité ethnique et la géographie (un grand pays avec une population dispersée et des zones montagneuses est un peu plus à risque, car il offre des refuges naturels aux guérillas). Il a aussi déterminé les facteurs qui ne changeaient rien, et son travail vient ainsi tordre le cou à de nombreuses idées préconçues ! Il a notamment mis à jour que répression politique/ethnique, fortes inégalités de revenus ou passé colonial n’augmentaient pas les risques de guerre civile !

On apprend également qu’un conflit interétatique dure en moyenne 6 mois, contre 7 ans pour une guerre civile,  réduisant en moyenne sur cette durée le PIB du pays d’environ 15%, et que « la moitié des pays sortant d’une guerre civile y replongent dans les dix ans qui suivent (la chute du prix des kalashnikovs consécutif à une guerre y est pour beaucoup), les pays à bas revenus étant particulièrement exposés ».  La moitié des coûts d’une guerre civile apparaissent après sa fin, sous forme de pertes économiques ou de dégradation de la santé publique (malnutrition, maladies). Le recrutement pour les rébellions découle rarement de l’adhésion à une volonté de restaurer un ordre juste mais concerne le plus souvent des hommes jeunes, sans éducation et sans famille, ce sont les trois principaux facteurs. Une personne lésée par l’action/l’inaction de l’état ne serait en fait étonnamment pas plus encline qu’une qui ne le serait pas à faire usage de la violence. Il n’y aurait par ailleurs aucune relation tangible entre la propension d’une région à basculer dans la violence et le degré d’équipement en infrastructures sanitaires, routières, etc.

Paul Collier nous dit par exemple : « Un pays comme la République Démocratique du Congo (ancien Zaïre) a besoin de 50 ans de paix continue, au rythme de croissance actuel, pour seulement retrouver son niveau de revenu de 1960. Ses chances de connaître une telle stabilité sont des plus minces, compte tenu de ses bas revenus, de sa croissance faible, de son passif en termes de conflits et de son excessive dépendance des exportations de matières premières. »

Les coups d’état sont l’autre forme de violence affectant les pays pris dans le « piège du conflit récurrent ». Les principaux facteurs sont de bas revenus, une croissance faible et le fait d’en avoir déjà subi dans un passé pas trop lointain, vient ensuite la présence d’un groupe ethnique dominant. Par contre, l’existence de larges ressources naturelles ne joue pas de rôle significatif. Cela peut s’expliquer par le fait que pour fomenter un coup d’état, nul besoin de se reposer sur la richesse naturelle du pays, car c’est bien souvent le fait de personnalités proches du pouvoir parvenant à instrumentaliser l’armée et renversant le gouvernement de façon expéditive, alors qu’une guerilla, elle, prend du temps et ne peut germer bien souvent que parce qu’elle est en mesure de se financer en prenant le contrôle d’une mine ou de champs de pétrole.

Enfin, il se trouve que le caractère démocratique d’un état ne le met aucunement à l’abri d’une guerre civile ou d’un coup d’état, c’est la capacité à créer les conditions d’une croissance économique soutenue qui compte le plus. On parle ici de « piège » car plus un pays est pauvre, plus il aura tendance à se reposer sur ses seules richesses naturelles, et plus il risquera de connaître une guerre civile, et les pays en guerre s’appauvrissent encore plus, ont plus de chance de rechuter, etc. Paul Collier en conclut que ces pays du BB pris dans le piège du conflit ne pourront s’en sortir seuls.

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