Les approximations sur l’Afrique de Guy Sorman

Cher Monsieur Sorman,

J’apprécie votre plume, vos idées, vos analyses, la façon dont vous mettez ici en perspective l’actualité…mais je ne peux m’empêcher de relever les quelques approximations constatées dans votre revue du livre de Dambisa Moyo, Dead Aid : Why Aid Is Not Working and How There Is a Better Way for Africa, et plus particulièrement dans les critiques que vous formulez à son encontre.

« Moyo fails to acknowledge the role played by the artificial geography of African states. The borders inherited from colonialism have doomed most sub-Saharan nations to tribal warfare. All African countries since independence have been disrupted by civil wars. »
En gros, les guerres civiles qui affligent l’Afrique seraient dues au tracé des frontières qui n’aurait pas fait correspondre à chaque pays une ethnie, autrement dit c’est la diversité ethnique des pays qui serait la principale raison des guerres civiles.
C’est INEXACT: Paul Collier, l’éminent spécialiste de la pauvreté en Afrique (et dit en passant le directeur de thèse de Dambisa Moyo) nous dit « Let’s move to another illusion: that all civil war is based in ethnic strife. This may seem self-evident if you go by newspaper accounts, but I have come to doubt it. Most societies that are at peace have more than one ethnic group. And one of the few low-income countries that is ethnically pure, Somalia, had a bloody civil war followed by complete and persistent government meltdown. Statistically, there is not much evidence of a relationship between ethnic diversity and proneness to civil war. We do find some effect: societies that have one goup that is large enough to form a majority of the population, but where other groups are still significant -what we call « ethnic dominance »- are indeed more at risk. But this effect is not huge, and most of societies that make up the bottom billion (the poorest billion people on Earth) are too diverse for any one group to be this dominant. People from different ethnic groups may not like each other, and there may be a noisy discourse of mutual accusation. But there is a big gap between interethnic dislike and civil war. »
La pauvreté est, il est vrai, souvent due à la guerre civile, mais celle ci ne découle que rarement, finalement, de la diversité ethnique, mais plutôt justement de bas revenus, d’absence de croissance (un cercle vicieux donc, Paul Collier parle de « conflict trap ») et/ou de l’existence de ressources naturelles, autant de rentes stables que conférerait la prise du pouvoir.

Vous devriez aussi savoir, cher Guy Sorman, que s’il avait fallu donner à chaque ethnie son pays, ce n’est pas une quarantaine de pays africains qu’on aurait, mais des milliers, et qui peut croire que cela arrangerait la situation, à l’heure où on essaie justement de dépasser le cadre des nations pour tenter de répondre péniblement aux enjeux globaux de ce siècle? Avec des milliers d’états africains, les pays enclavés seraient encore plus nombreux, sans accès à la mer, pris dans le piège « landlocked with bad neighbors » mis en évidence par Paul Collier. En termes de lutte contre la pauvreté d’après lui, l’histoire n’aurait jamais dû permettre à ces zones enclavées (Burkina Faso, Rwanda, etc.) de devenir des nations, car sans accès direct à la mer, elles sont entièrement dépendantes de leurs voisins qui n’ont aucun intérêt direct à fournir ces biens publics régionaux que sont les infrastructures de transport. Et par une curieuse ironie de l’histoire on peut sans doute arguer que le découpage colonial favorisait en fait la formation d’ensemble ayant un accès à la mer (puisque fondé sur les exportations), alors que c’est la résistance des sociétés et tribus retranchées dans l’arrière-pays qui a conduit à l’apparition d’états enclavés. Quand un continent peuplés de milliers d’ethnies les plus diverses accède à l’indépendance et doit entrer dans le cadre westphalien des nations, les frontières héritées de la coloniation sont sans doute la moins pire des solutions. Et félicitons nous de ce que la plupart des chefs d’états africains aient eu jusqu’ici la sagesse d’y adhérer. Gardons aussi à l’esprit que cette règle aléatoire du « tracé à la règle », qui semble ne pas se soucier des carcatéristiques géologiques, hydrauliques et forestières, avait été adoptée à la conférence de Berlin en 1885 notamment pour maximiser les chances de répartition équitable des ressources naturelles, qui pourraient être ensuite découvertes, entre les acteurs européens, et dont d’ailleurs ne parviennent pas à profiter aujourd’hui les pays africains (mal hollandais, corruption, etc.). C’est précisément cette stratégie qui a présidé au découpage des Etats-Unis en patchwork d’états quadrilatéraux (même s’il est vrai que c’était plus simple dans ce cas, l’Ouest américain étant alors quasi inhabité).

Pour ce qui est des investissements chinois dans les infrastructures, ils sont bienvenus, mais on peut s’interroger par exemple sur la robustesse des barrages construits, quand même chez eux les Chinois ne respectent pas les normes de sécurité, on peut aussi se demander si les inconvénients de la Chinafrique ne dépassent pas les avantages.

Pour en revenir à la thèse de Dambisa Moyo, je crois qu’elle aurait mieux fait de rester dans les pas de son directeur de thèse, à savoir que, certes, l’aide est insuffisante, elle cesse en fait d’être efficace (quand elle l’est!) au-delà de 16% du PIB, mais qu’elle est loin d’être inutile, elle reste même fondamentalement nécessaire, mais doit être couplée à trois autres stratégies:
1. Interventions armées immédiates en cas de conflits ou d’abus, maintien d’une force d’occupation internationale le temps nécessaire.
2. Edification de chartes de bonne conduite et de classements faisant pression sur les mauvais dirigeants; préparation de plans d’action prêts à l’emploi, adaptés à ces pays, dont pourraient se saisir facilement et rapidement les hommes politiques disposés à faire changer les choses, avant que les intérêts menacés n’aient le temps de se mobiliser pour faire échouer les velléités de réforme.
3.Révision des accords comemrciaux entre l’Afrique et le reste du monde.
Ces mesures doivent être associées intelligemment, s’enchaîner de façon opportune, dans des proportions et un ordre précis.

Avant de donner des leçons sur la pauvreté en Afrique, Guy Sorman, vous devriez peut-être commencer par lire le livre qui fait autorité en la matière, « The Bottom Billion: why the poorest countries are failing and what can be done about it« .

Amicalement,

TJ

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Une Réponse to “Les approximations sur l’Afrique de Guy Sorman”

  1. Rolland Lambert Says:

    Concurrence déloyale ?

    Comme vous le dites, M. Sorman, « tout homme sur la planète connaît désormais des perspectives de progrès qui n’existaient pas naguère, comme producteur et comme consommateur ». Comment pouvez-vous affirmer alors que la Chine pratique une concurrence déloyale ? Le « partage des tâches » entre la Chine et l’Occident est de plus en plus déséquilibré. Mais qui en sont les responsables si ce ne sont pas nos pays ?
    L’exploitation de la main d’œuvre Chinoise prive les Occidentaux d’emplois pour des raisons immorales. Est-ce qu’il était moins immoral pour les pays d’Europe, la France, la Grande-Bretagne, l’Espagne d’envahir l’Amérique et de s’y répandre en cherchant à en chasser les premiers résidents. Ce sont les blancs qui ont fait cela et ils n’ont jamais fait de la place permettant aux gens de couleur (africains ou chinois) de venir s’installer en Amérique.
    Une de mes filles est médaillée olympique et c’est en France qu’elle a remporté médaille, à Albertville, en patinage de vitesse, courte piste. Elle a deux filles adoptives chinoises. Ce qui suit plus bas sont des extraits de la section « Les déesses s’amusent » du site web qui suit plus loin.
    Comme tous les textes, romans, contes, récits et chansons, qui se trouvent sur ce site n’intéressent pas nos maisons d’édition, vous pouvez en faire des copies, les imprimer, les éditer à votre guise. – Rolland Lambert http://www.lesdeessesetleperenoel.com ….au secours de la planète

    COMMENT EXPLIQUER CETTE DIFFÉRENCE DANS LES SALAIRES?
    (Entre ceux d’ici et ceux de ces pays où l’économie est en expansion ?)

    Excusez-moi, mes petites-filles, mais permettez-moi de retourner à cette époque où la construction de nouveaux barrages hydroélectriques a permis d’aller porter l’électricité dans toutes les demeures, non seulement dans nos villes mais dans les campagnes, et cela jusque dans les régions les plus éloignées. C’est ce qu’on a appelé l’électrification rurale. Et c’est ce qui a permis d’ajouter graduellement dans nos demeures tout le confort possible, avec l’installation de systèmes de chauffage, d’appareils électriques, poêles, réfrigérateurs, chauffe-eau, laveuses, sécheuses et autres, sans compter tous ces autres petits appareils consommateurs d’électricité que sont les systèmes de son, téléviseurs, etc.. À cela s’ajoutèrent des salles de bains modernes, des éclairages extérieurs aussi bien qu’intérieurs, dans des arénas, sur des terrains de jeu et on pourrait continuer encore et encore à tout énumérer…..

    Cependant, pour ajouter tout ce modernisme dans nos demeures, il fallait, bien sûr, plus d’argent. C’est là qu’on a commencé à exiger des salaires plus élevés afin de pouvoir se payer tout ça. Et, bien entendu, les syndicats n’ont pas manqué d’entrer dans la ronde, pour le bénéfice de leurs membres. C’est ainsi qu’on en est venu peu à peu à considérer tout cela comme une nécessité et à inclure, je ne sais trop par quel mode d’interprétation, l’usage de ces appareils dans le coût de la vie. Parallèlement, il y a eu aussi l’usage de l’automobile qui s’est multiplié et de nouveaux moyens de transport qui ont fait leur apparition. Les autobus ont peu à peu pris la place des tramways et le métro s’est ajouté comme moyen plus rapide servant aux divers déplacements des gens.

    Cela contribuait à créer de nouveaux emplois, des emplois mieux rémunérés parce que ça demandait de nouvelles aptitudes. Et pour ceux qui consacraient plusieurs années de leur vie à occuper ces emplois, il fallait bien une récompense, d’où sont nés les fonds de pension et les plans de retraite. Mais la chance n’était pas égale pour tout le monde. Dans la petite industrie et le commerce principalement il y avait le risque, pour les travailleurs, après quelques mois ou peut-être quelques années de bons services, de perdre aussi leur emploi, pour diverses raisons, dont les fermetures. Sans pension ajouté. Et sans tous ces avantages accordées aux employés syndiqués.

    C’est ainsi que, pour le bien-être de tous, s’ajoutèrent peu à peu l’assurance-chômage, l’assurance-maladie, les coûts des médicaments, des déplacements, plus de jours de vacances, des jours de maladie, des congés de maternité et de paternité et combien d’autres avantages sociaux. Et là on a jugé bon d’en faire payer une partie par les employeurs, comme si tout cela était de leur responsabilité. Sans penser que cela contribuait à augmenter les coûts de production ou de services et que cela constituait des coûts additionnels pour nos diverses institutions gouvernementales, des coûts payés par qui ?
    Par les contribuables.

    C’est ainsi que, d’année en année, tout cela ne formait plus qu’une spirale ascendante, les salaires suivant l’augmentation du coût de la vie et contribuant, à leur tour, à l’augmentation des prix pour tout ce que nous consommons et pour tous les services que nous recevons. Comme vous pouvez le voir, mes petites-filles, ce sont aussi les employeurs qui devaient casquer en bonne partie.
    …..Et cela comprend l’état qui est devenu le principal employeur. ….Au bout du compte, c’est finalement nous tous, acheteurs, contribuables, usagers qui payons la note. Même ceux qui n’ont pas d’emplois, cela via les taxes.

    Par ailleurs, pendant ce temps, dans des pays comme la Chine et l’Inde, et ailleurs dans tous ces pays du tiers-monde où les gens n’avaient pas les moyens de se permettre d’ajouter un tel confort dans leur foyer, les salaires demeuraient à peu près les mêmes. Cela pendant que dans nos pays, ils augmentaient d’année en année. Mais oui, il faut bien comprendre que dans des pays où les populations peuvent dépasser le milliard d’habitants, il soit impossible de satisfaire à la demande d’électricité à tout l’ensemble de la population. Pas besoin de fournir plus de détails pour cela. Et sans électricité, qu’est-ce qu’on fait ? On se contente du peu qu’on a. Et ces gens-là vivent quand même.

    On peut donc réaliser pourquoi ces gens ne se sont vraiment jamais préoccupés du coût de la vie et n’ont pas pensé, non plus, à exiger qu’on ajuste leurs salaires en conséquence. Parce que ces charges additionnelles, s’ajoutent aux coûts de fabrication des articles divers destinés à la consommation ou des services offerts à la population. Et aussi parce que ces charges additionnelles faussent la valeur du travail exécuté, pour la fabrication des divers articles de consommation. Eux, ils comprennent ça. C’est pour le bien de tous.
    …..« S’ajoutant aux coûts de production, cela ne contribue qu’à augmenter les prix de revient et les rendre de moins en moins concurrentiels. Dépassé une certaine limite, cela ne peut conduire qu’à des fermetures et des pertes d’emploi. Des prix non concurrentiels ne peuvent faciliter l’exportation des produits ».
    ****************************

    Si des êtres vivant sur une de ces planètes lointaines, dont l’existence de vie nous apparaît de plus en plus possible, pouvaient avoir une vision de ce qui se passe sur notre planète, ils seraient tout simplement sidérés de voir comment s’y est réalisée la répartition des êtres humains.

    D’un côté de la planète, la population est dominée par des hommes blancs qui se sont répandus partout sur le continent, celui qu’on appelle l’Amérique…. De l’autre côté, les hommes blancs occupent la partie nord d’un continent qu’on a désigné sous le nom d’Europe. La partie plus au sud est divisée en deux continents séparés portant les noms d’Afrique et d’Asie et elle est occupée majoritairement par des gens de couleur. Et il y a l’Océanie où le métissage est plus prononcé, mais ce sont encore les blancs qui dominent, si on pense à l’Australie et à la Nouvelle-Zélandre.

    Tout pourrait sembler normal, s’il n’y avait pas cette énorme disproportion dans les populations occupant les différents territoires de la planète, d’un côté comme de l’autre. Et sachant cela, ils pourraient se demander comment les Terriens ont pu en arriver à une telle répartition qui ne tient plus du hasard. C’est là une question à laquelle les Terriens eux-mêmes seraient incapables de répondre car ils ne peuvent s’entendre entre eux, les uns accusant les autres d’être les principaux responsables du réchauffement de la planète et de la pollution de l’air….Tout est centré sur l’activité humaine.

    …….Et il y a le Québec qui est parmi les pays (?) de tête de cette situation….. N’avons-nous pas toujours cherché à limiter l’immigration, parce qu’on tenait à ce que ceux qui venaient s’installer chez nous soient des gens qui nous ressemblent, qui parlent notre langue et qui pratiquent la même religion que nous? …C’est pourquoi, sans doute, nous ne sommes encore que sept millions et qu’il y a un manque de couleurs dans les régions.

    Au cours des siècles qui ont suivi la découverte de l’Amérique, par des hommes blancs, on a empêché les gens d’Extrême Orient de venir s’y installer, parce qu’on les considérait comme venant d’une autre planète et il ne fallait pas qu’ils viennent se mêler aux êtres vivant de ce côté-ci de notre planète. C’est ainsi que ces blancs venant des pays d’Europe se sont répandus peu à peu sur tout le territoire de l’Amérique, cherchant à déloger ceux qui y vivaient pour s’y installer et se multiplier. On a bien fait venir un certain nombre de noirs et d’asiatiques, mais c’était pour les faire travailler, soit comme esclaves, soit à la construction de chemins de fer, là où cela demandait une main d’œuvre captive. Un bon nombre de ces gens sont demeurés chez-nous par la suite, mais il n’y a qu’en certains endroits (à Vancouver, par exemple) où on a vu le nombre des asiatiques augmenter de façon appréciable. ….

    C’est ainsi que les populations sont devenues de plus en plus nombreuses, de l’autre côté de la planète et cela au point de voir les gens s’entasser les uns sur les autres, comme c’est le cas dans ces pays asiatiques, des pays qui étaient aussi fermés aux blancs, cela il faut bien l’avouer.
    ……Mais alors que ces pays veulent maintenant s’ouvrir au monde, est-il possible, de notre côté, de laisser nos portes fermées, comme si nous vivions sur des planètes séparées? Cela devient de plus en plus un pari risqué.

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