Quand les rivières coulent de la mer vers la montagne!

Quand les rivières coulent de la mer vers les montagnes…c’est un peu ce qui se passe en matière d’aide et de flux financiers entre les pays développés et les pays pauvres depuis…Christophe Colomb, dont on dit que le premier voyage vers les Indes en 1492 fut le seul investissement que les Occidentaux eurent à faire, car depuis ce n’est qu’exploitation…

C’est bien sûr caricatural mais il y a malgré tout du vrai dans cette assertion.

Quand, pendant la première phase de la mondialisation (1850-1914), les empires coloniaux servaient de débouchés aux industries de la vieille Europe, c’étaient clairement des rapports en faveur de l’hémisphère Nord. C’était d’ailleurs un des combats de Gandhi, que de permettre à son pays de se passer des importations britanniques.

Les politiques d’ajustement structurel longtemps préconisées par le FMI ont maintenu pendant des décennies les pays en développement dans l’agriculture d’exportation (avec les conséquences sur la sécurité alimentaire que l’on connaît), et les excédents commerciaux ainsi dégagés ont servi non pas à financer des infrastructures ou le développement de l’industrie mais l’achat d’armes : là encore, et toujours, ce sont certains intérêts privés au sein des pays développés qui en profitent, et ce sont les populations des pays pauvres qui une fois de plus en pâtissent.

Parlons aussi du système des réserves. Quand une entreprise d’un pays pauvre emprunte par exemple à court terme (pour les rembourser assez rapidement) 100 millions de dollars à une banque américaine à un taux d’intérêt de 20%, les règles prudentielles bancaires imposent au gouvernement de ce pays d’ajouter 100 millions de dollars aux « reserves » de sa banque centrale pour couvrir l’emprunt de l’entreprise. Pour ne pas faire dormir cet argent dans la banque centrale, le pays le place en « achetant des bons du Trésor américain », c’est-à-dire en achetant de la dette américaine, c’est-à-dire en prêtant ces 100 millions de dollars aux États-Unis. Ce genre de prêt se fait à des taux très bas, soit 5%. Si on fait le calcul…les deux opérations s’annulent…enfin presque, car au final c’est le pays pauvre qui enverra de l’argent aux États-Unis, dans notre exemple 15 millions de dollars (20 millions d’intérêt à payer à la banque américaine par l’entreprise moins 5 millions payés par le gouvernement américain à la banque centrale du pays pauvre)

C’est aberrant mais c’est pourtant ainsi que cela fonctionne ! On marche sur la tête ! Joseph Stiglitz le décrit très bien dans son livre Un Autre Monde : contre le fanatisme du marché!

Ainsi en 2006, les pays pauvres et en développement détenaient dans leurs réserves 3 000 milliards de dollars de dettes américaines, de l’argent qu’ils avaient donc prêté aux États-Unis, alors que eux en manque cruellement ! Argent qui a d’ailleurs permis aux Américains de vivre et consommer au-dessus de leurs moyens avec la bulle immobilière que l’on a connu, argent qui a aussi servi à financer la guerre en Iraq…

Ces 3000 milliards de dollars prêtés le sont en moyenne à un taux de 1 à 2%, et s’ils ne l’avaient pas prêté à des taux aussi bas, ils l’auraient investi dans de grands projets d’infrastructure aux effets multiplicatifs sur l’économie et le secteur privé, on peut d’ailleurs estimer que ces 3000 milliards ainsi investis auraient eu un retour de 10 à 15% ! La différence entre les 1 à 2% et les 10 à 15%, c’est le coût des réserves, soit près de 300 milliards de dollars, 4 fois plus que l’aide à ces pays venue du monde entier ! Tout est dit !

Joseph Stiglitz propose ainsi dans son livre un nouveau système de réserves commun à plusieurs pays pauvres permettant à l’argent mis en provision de travailler à la réduction de la pauvreté par le biais d’investissements croisés dans ces pays, pour que les rivières coulent bien des montagnes vers la mer…

Encore une fois, les solutions aux échecs du capitalisme ont déjà été identifiées par de brillants esprits de notre temps…elles attendent juste que les décideurs s’en saisissent pour les mettre en œuvre…mais ceux-ci ne sont pas incités à le faire, car ce n’est pas ce qui les fera réélire…à dire vrai, c’est à nous, peuples des pays riches, qu’incombe cette responsabilité, c’est à nous de mettre ces sujets dont dépend le bien-être de millions d’autres êtres humains au cœur du débat public. C’est ce que j’essaie de faire humblement dans ce blog, c’est la raison d’être d’un appel que j’ai pu lancer et que je vous invite à lire ici!

Au fait…vous appréciez ce blog? Abonnez-vous aux articles via les flux RSS en cliquant ici!

Publicités

Une Réponse to “Quand les rivières coulent de la mer vers la montagne!”

  1. Qu’est-ce qu’un fonds souverain? « Blog de l’Appel du 18 janvier 2008 Says:

    […] Blog de l’Appel du 18 janvier 2008 La mondialisation et nous « Quand les rivières coulent de la mer vers la montagne! […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s