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Et si l’Europe se dotait d’une langue commune ?

mai 5, 2008

À l’heure de l’hégémonie américaine et de l’avènement des géants asiatiques, il faut nous doter, nous Européens, d’un outil de communication commun pour créer les conditions de l’émergence d’une véritable Europe plurielle, plus ambitieuse que la simple entité économique.

Une Europe politique d’une part qui puisse accorder ses violons et parler d’une seule et même voix dans le concert des nations. Et on peut raisonnablement affirmer que tant qu’on ne partagera pas tous une même langue, on ne choisira pas de président européen au suffrage universel, car comment voter pour quelqu’un qu’on ne comprend pas ?

Et une Europe culturelle d’autre part de façon à faire rayonner la diversité et l’altérité européenne, à faire briller les nombreuses facettes de nos cultures et à mieux promouvoir les valeurs humanistes et universalistes, à l’édification desquelles nous avons eu l’honneur de prendre part dans notre longue histoire.

Cet outil s’appelle le bilinguisme, c’est-à-dire l’apprentissage d’une deuxième langue commune par tous les Européens. Cette seconde langue unifiante viendra d’autant plus rapidement qu’elle résultera d’une volonté politique, ce qui exclue pour longtemps encore (malheureusement ou non ?) l’anglais. En effet comment un consensus pourrait-il apparaître au sein de l’Union autour de la langue d’une nation eurosceptique par nature, qui guette la moindre opportunité de torpiller toute velléité de bâtir une Europe politique et ne voit dans l’Union qu’une machine économique, satellite des États-Unis ?

Cette langue, c’est une proposition, pourrait être l’esperanto, car c’est une langue neutre, construite sur des racines latine et germanique, et surtout simplissime à apprendre et maîtriser (les deux premières heures d’étude de cette langue permettent déjà de comprendre l’essentiel du sens d’un texte de base).

Face à cette suggestion iconoclaste à première vue, ne nous braquons pas et ne tombons pas aussitôt dans le travers de croire que cette langue, parce qu’elle est simple à apprendre, lisserait les cultures et annihilerait les nuances qui font la richesse d’une langue. Car ce qui en fait la richesse, c’est l’art d’associer les mots de façon originale et inédite, c’est le nombre de personnes qui se l’approprient pour exprimer chacune leurs différences et les rendre de fait intelligibles aux autres. Enfin, la richesse d’une langue ne doit pas, ne peut pas résider que dans ses exceptions orthographiques, sa complexité grammaticale ou dans la perplexité que suscite sa conjugaison.

D’aucuns dénoncent l’artificialité de l’esperanto qui ne s’appuie soi-disant sur aucune littérature! De Gaulle lui-même disait que ce qui fait l’Europe, ce qui fait sa civilisation, c’est que Dante, Goethe et Chateaubriand se soient exprimés en italien, allemand et français. Certes, c’est clairement ce qui constituent nos racines, et il n’est certainement pas question d’en faire table rase mais quid de notre avenir ? Eh bien de même qu’à partir de leur nouveau langage hérité du latin les Français se sont inventés au fil des siècles leur propre littérature, pourquoi les Européens n’en feraient-ils pas autant ? Sommes-nous donc si peu confiants envers l’avenir ? Craindrions-nous de ne soudainement plus voir naître chez nous les artistes, écrivains et cinéastes qui sauraient mettre en scène notre éventuelle langue commune ?

Loin de dénaturer les cultures, une deuxième langue commune les rendra au contraire accessibles et interactives. Qui peut dire que les cultures mexicaine et espagnole sont identiques ? Grâce à un tel outil commun à tous les Européens, un Portugais pourra par exemple communiquer et échanger avec un Letton, et chacun pourra ainsi véritablement découvrir et apprécier la culture de l’autre. En effet, aujourd’hui un Français fait peut-être partie de la même Union Européenne qu’un Lituanien, mais il n’en demeure pas moins que ce Français reste techniquement bien plus proche d’un Marocain et d’un Vietnamien francophones…

En tant que vecteur de l’art et des cultures, cette langue favoriserait l’émergence de références culturelles communes qui résulteraient du brassage des cultures nationales. De ce creuset pourra jaillir entre autres un cinéma européen, qui pourra rayonner mondialement et donnera à l’Europe ce « soft power » qui lui manque encore pour lui permettre de contester l’ogre culturel américain. Ces références communes confèreront enfin aux Européens un sentiment palpable d’appartenance à une entité commune : la Nation européenne sera née, en tant qu’étape peut-être vers l’édification encore lointaine d’une Nation Humaine qui serait enfin le cadre d’un monde de paix et de prospérité partagée par tous les Hommes.

Une telle deuxième langue commune permettrait par ailleurs une réelle mobilité géographique et professionnelle dont on sait qu’elle est un facteur essentiel de la croissance économique et du métissage culturel du fait des échanges et surtout des mariages mixtes qu’elle occasionne.

À l’heure de la révolution des technologies de l’information, dans un monde où les communications sont instantanées et tendent à devenir gratuites et illimitées, la mondialisation des échanges culturels et intellectuels, des échanges humains donc, n’est entravée que par la barrière de la langue. Ce qui freine la propagation des velléités démocratiques et des idéaux droit-de-l’hommistes en Chine, ce ne sont pas tant les barrières que le parti communiste chinois entend imposer à la libre circulation de l’information (aisément contournables par la transmission télévisée satellitaire et l’équipement en petite paraboles de fortune) que l’ignorance et l’imperméabilité aux médias étrangers télévisés, techniquement accessibles on l’a dit, mais rendu inaccessibles par la barrière de la langue : si le Pékin moyen comprenait l’anglais, il regarderait volontiers les chaînes anglo-saxonnes, comprendrait mieux le sort qui lui est fait et revendiquerait plus hardiment encore sa soif d’équité, en un mot sa soif de démocratie !

La pensée biblique veut que Dieu ait donné aux Hommes des langues différentes pour les punir de leurs fautes et les diviser. Il est temps de renverser la vapeur et d’entreprendre au plus vite les efforts qui doivent nous conduire à célébrer un jour une communauté internationale réunie autour de valeurs humanistes et universalistes.

L’Europe, parce qu’on y est libre, et parce qu’elle en a les moyens, se doit d’initier ce long cheminement en se prenant en main dès aujourd’hui.

L’adoption du bilinguisme, l’apprentissage d’une deuxième langue neutre et simple par tous les petits Européens permettra en une génération de cimenter l’Europe de ce liant linguistique qui lui fait encore défaut, la Belgique en est la triste illustration. En effet, ce n’est pas là-bas un problème tant économique que linguistique qui y prévaut, car le Flamand riche se sentira toujours plus solidaire du Flamand pauvre que du Wallon riche !

Et si d’ailleurs cette langue commune à l’Europe n’était qu’une étape avant son adoption par tout le reste de l’Humanité? Cela n’appartient qu’à nous de le réclamer !

Venez lire l’appel du 18 janvier 2008 et signer la pétition pour une mondialisation plus juste!